Du jamais vu et du jamais entendu à l’Assemblée nationale. Un Premier ministre qui lance à Roshi Bhadain :  “Yesterday, the honorable Member was licking my hand and other parts…” Il est debout, furieux, des allégations de son ancien collègue qui parle de commissions à verser lors des tractations dans le bureau d’un conseiller autour de la vente de l’hôpital Apollo Bramwell à Omega Ark mais, en dépit de la gravité du propos, la Speaker ne bronche pas mais elle voit quand même le député visé, assis à la dernière rangée de l’opposition sur sa droite, indiquer son postérieur et l’ordonne de quitter immédiatement l’hémicycle pour “geste obscène”. Roshi Bhadain se retire à contre-coeur mais il n’est pas suivi par le reste de l’opposition PMSD, MMM, MP et indépendants.
C’est la Private Notice Question de Xavier Duval sur les négociations autour du projet de vente d’Apollo Bramwell à Omega Ark qui a mis le feu aux poudres, d’autant que le leader de l’opposition a évoqué des documents montrant qu’il y a eu échanges de correspondance indiquant  des faveurs à l’acquéreur potentiel, que dès qu’il y a eu le rôle curieux d’un intermédiaire, Megacom, et que c’est à la demande de la partie gouvernementale que c’est la notaire Wenda Sawmynaden qui rédige l’acte notarié de la transaction.
Un PM hors de lui
 Déjà mécontent des allégations du leader de l’opposition qui a évoqué un “kitchen cabinet” et des échos qu’il trouvait chez Roshi Bhadain, Pravind Jugnauth lançait des “shut up, shut up !” à la ronde sans essuyer le moindre rappel à l’ordre de la part de Maya Hanoomanjee. Et lorsque son ancien collègue du MSM s’est mis de la partie, le ton est monté encore d’un cran, d’autant qu’il a fait des allégations directes en ces termes : “The commission of 4% was an essential element of the deal and that’s why Omega Ark was reimbursed USD 200,000 which he has not stated to this House today.” Il en rajoutera une couche en affirmant que des commissions ont aussi été mentionnées pour le rachat de la MauBank par le même groupe.
Hors de lui, le Premier ministre a parlé de “Pepsi Party” avant de rejeter ce qu’il a qualifié d’allégations “gratuites” et de “challenge him to say this outside the House and then he will see…of what metal I am made of”.  Roshi Bhadain le traitera de “menteur”, ce qui lui vaudra un rappel à l’ordre immédiat de la présidence, qui exigera qu’il retire ce mot. Roshi Bhadain persistera dans ses accusations et c’est alors que le Premier ministre lui rappellera son baisemain en y ajoutant des grossièretés.
 Et lorsque Paul Bérenger se mettra de la partie pour soutenir les allégations sur la saga Omega Ark qui avait fait l’objet d’une PNQ de sa part l’année dernière, pas plus satisfait, Pravind Jugnauth rétorquera alors “requin moustache” et, ce, plus d’une fois, sans que cela ne dérange la Speaker.
 Les esprits continuent à s’échauffer jusqu’à ce que la Speaker décide de suspendre la séance, ce qui permet de mettre un terme à la retransmission en direct des débats. À la reprise, quelques minutes plus tard, dans une ultime question, le leader de l’opposition demande l’institution d’une commission d’enquête sur toute cette affaire, ce qu’a rejeté le Premier ministre qui l’a renvoyée à la police.
 Le Prime Minister’s Question Time a été dominé par deux interpellations, celle sur le régime salarial de Rita Veerasamy, soeur de Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui est directrice par intérim de la State Investment Corporation, et de Shakeel Mohamed sur les compagnies qui se sont prévalues des services de la notaire Wenda Sawmynaden. Dans sa réponse à la question de Rajesh Bhagwan sur la SIC, Pravind Jugnauth a indiqué que le package mensuel de Rita Veerasamy se monte à Rs 289 479 et qu’elle siège sur 35 conseils d’administration.
 Deux questions supplémentaires sur cet organisme et sur son ancien directeur Iqbal Mallam-Hasham venant du Chief Whip Maneesh Gobin et de Ravi Rutnah ont trouvé des réponses toutes prêtes du Premier ministre et, là, pas de “I need notice” ni de “I’ll look into it”, mais des faits et des chiffres très précis. L’ancien directeur nommé par le PTr touchait, selon Pravind Jugnauth, Rs 476 075 par mois et, lui, siégeait sur 53 conseils d’administration. C’est apparemment ce qu’on appelle le “changement”.
 Si l’enveloppe salariale de l’Acting CEO de la SIC, qui est en poste depuis plus de deux ans, du temps où c’est son frère qui était le ministre tutelle, celui des Finances a provoqué quelques grincements dans les bancs de l’opposition, la question du chef de file du PTr sur les services notariaux visant Wenda Sawmynaden va, elle aussi, susciter quelques réactions indignées des rangs de la majorité.
 Shakeel Mohamed avait posé une question  générale avant de prendre en exemple quelques organismes publics comme la NHDC ou le State Investment Trust qui aurait retenu les services de l’épouse du ministre des TIC et colistier de Pravind Jugnauth au N°8, mais le Premier ministre, qui a initialement répondu que cela prendrait du temps d’aller vérifier pour chaque compagnie publique, s’en est tenu à sa réponse liminaire sans donner le moindre détail comme souhaité par l’auteur de la question.
Le ministre Roopun  sèchement recadré
 Et c’est le pauvre Pradeep Roopun qui fera les frais du courroux de la présidence. Le ministre des Arts et de la Culture, qui, croyant bien faire, a invoqué un point de procédure pour dire que les questions supplémentaires doivent être en relation avec la question d’origine. Mais Maya Hanoomanjee ne l’a pas entendu de cette oreille.
 Le ministre a été brutalement interrompu et sèchement recadré par la Speaker qui lui a lancé : “It seems that you are giving me a lesson and I will not accept that. I am sorry, I will not accept that. I know what I have to do and I do not want you to draw my attention;” “ Une posture qui a laissé non seulement les bancs de la majorité circonspects mais également ceux de l’opposition.
 Plus épiques les échanges sur Heritage City entre le gouvernement et l’opposition suivant une question en ce sens du député Aadil Ameer Meea. Sudhir Sesungkur va, pour ne pas changer, s’emmêler les pinceaux après avoir indiqué que le gouvernement avait déjà payé Rs 39,7 millions à la firme Stree Consulting. Il confond le siège de Heritage City à Minissy avec l’autre projet de ville administrative de Highlands qui date de 2002-03 après l’obtention des terres d’Illovo.
 La preuve que ce sont deux projets distincts est qu’à un moment donné, le Conseil des ministres avait décidé de confier la présidence de l’un à Roshi Bhadain et de l’autre à Vishnu Lutchmeenaraidoo. Le ministre de la Bonne gouvernance dont on a pu apprécier la prestation en direct a aussi été embarrassé lorsque des députés de l’opposition ont évoqué le “government to government agreement” sur ce projet alors qu’il voulait vraisemblablement jeter le blâme de toute cette coûteuse saga sur Roshi Bhadain.
 Les conseillers politiques de Vishnu Lutchmeenaraidoo étaient aussi dans le collimateur de Rajesh Bhagwan cette semaine. Ils sont trois, Shakuntala Devi Jugmohun, Akilesh Roopun et Vivekanand Lochun, à l’avoir suivi du ministère des Finances à celui des Affaires étrangères. Dans sa réponse, le ministre a indiqué que sa conseillère spéciale Shakuntala Jugmohun touchait un total de Rs 135 000 par mois, Vivekanand Lochun Rs 106 500 par mois et l’attaché de presse Akilesh Roopun Rs 113 350 par mois.
 Le mentor envoie  Danielle Selvon à la « fumette »
À la question supplémentaire de Rajesh Bhagwan sur les conseils d’administration où siège Vivekanand Lochun et si, parmi, il y a SBM Holdings, Vishnu Lutchmeenaraidoo a répondu par l’affirmative en ajoutant qu’il est aussi sur le board du Sugar Insurance Fund Board sans être en mesure de dire quel est le montant des allocations qu’il touche pour ces activités-là. Vivekanand Lochun est, en fait le président du Credit Committee de la SBM qui a approuvé l’Euroloan de $ 1 million  de son ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo.
 La question initiale de Sudesh Rughoobur portait sur la drogue synthétique et c’est Yoguida Sawmynaden qui a répondu. Or, à une question supplémentaire de la député indépendante Danielle Selvon sur un recours à la dépénalisation du gandia pour lutter contre la drogue synthétique qui fait beaucoup de victimes, le ministre mentor, SAJ, visiblement mécontent de cette question, lui a demandé si elle voulait aller “fumer”. Pas de réaction de la Speaker tandis que le ministre a lui rappelé que du temps où il était ministre des Sports, il menait campagne contre la cigarette. ?Autre moment de tension lors du Question Time de ce mardi, celui qui a opposé le leader de l’opposition au Premier ministre adjoint Ivan Collendavelloo sur les compagnies privées mises sur pied par le CEB suivant une question de Bashir Jahangeer sur une d’elles, CEB Fibre Net Ltd. Xavier Duval voulait savoir si c’était un subterfuge pour contourner les appels d’offres, ce qu’a démenti le ministre, qui a affirmé qu’elles seront soumises au même régime que le CEB.
 « You go and play lamarelle »
 Le leader de l’opposition, loin d’être convaincu, a questionné la raison d’être même de telles entités alors qu’Ivan Collendavelloo est très vite devenu personnel en lançant “the Leader of the Opposition might save us from his theatricals…  don’t  get  excited  with  me ! Keep  cool ! Wait a minute ! You keep quiet. Guet sa, zenfant alle jouer dehors ! To konn tout alle jouer dehors.If the hon. Member does not like my explanation, he can go and play outside. You can go and play  lamarelle”.
 Pas content du tout, le ministre des Services Publics poursuivra : “These are not the days when you could take money of  Government and give them to CT Power.” Et, encore plus personnel : “Stop interrupting me, Leader of the Opposition ! You are not worth what you say you are ! You are wasting the time of the House every week.” Ce qui lui a valu enfin un rappel à l’ordre de Maya Hanoomanjee.
 Pour le reste de la longue séance qui a duré jusqu’aux petites heures du matin, conclusion des débats et vote de la Land Drainage Authority Act et de la Higher Education Act, et le rejet de la motion d’Adrien Duval réclamant l’annulation de la décision de la FSC d’autoriser les tranferts d’actions sans son autorisation préalable.