Intervenant samedi à la Sal Travayer, lors d’une session du Parlement populaire consacrée à « la bonne gouvernance et l’accountability », Joseph Tsang Mang Kin, ancien ministre travailliste de la Culture, a fait un vibrant plaidoyer pour l’institution d’une Commission nationale de gouvernance à Maurice. Ce rendez-vous au siège de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) à l’arrière du marché de Rose-Hill, a été marqué par la présence d’Arvin Boolell du Parti travailliste.
« Le National Economic and Social Council (NESC) n’est pas outillé pour faire l’autoévaluation de toutes les branches (exécutive, législative et judiciaire) du gouvernement, ainsi que le secteur privé, la société civile et les médias, dans le cadre du Mécanisme africain d’évaluation des pairs (MAEP), institué par l’Union africaine. La priorité du gouvernement en matière de gouvernance devrait être la constitution d’une Commission nationale de gouvernance (CNG), ne serait-ce que pour mettre à jour le Rapport d’évaluation de 2013 », a estimé Joseph Tsang Mang Kin, ancien ministre de la Culture et membre des Éminentes Personnalités du MAEP. Il faisait une analyse circonstanciée du processus du MAEP que Maurice a effectué de 2003 à 2010 et qui a abouti à un Rapport d’évaluation rendu public en 2013.
L’orateur avait auparavant expliqué que les pays membres de l’Union africaine ont recours au MAEP pour évaluer tous les aspects de leur gouvernance et de leur développement socioéconomique. C’est un mécanisme de partage d’expérience, de promotion de meilleures pratiques, d’identification des points faibles et d’évaluation des besoins de renforcement des capacités afin d’encourager l’adoption de politiques, de normes et de pratiques visant à promouvoir la stabilité politique, une forte croissance économique, le développement durable et une intégration économique accélérée au plan sous-régional et continental. Les parties prenantes de l’Union africaine (dont Maurice) participent ainsi à l’autoévaluation de toutes les branches (exécutive, législative et judiciaire) du gouvernement, ainsi que le secteur privé, la société civile et les médias. Le Processus d’évaluation du MAEP, a poursuivi Joseph Tsang Mang Kin, offre par conséquent aux États membres un espace pour le dialogue national sur la gouvernance et les indicateurs socioéconomiques et également l’opportunité de parvenir à un consensus sur la voie à suivre.
« Maurice a signé le Protocole d’entente d’adhésion au MEAP le 9 mars 2003, indiquant ainsi qu’elle s’engage à respecter les principes de démocratie, de développement socioéconomique et de bonne gouvernance politique, économique et d’entreprise, tels qu’inscrits dans la déclaration de l’UA, volonté à traduire par la soumission à des revues périodiques par ses pairs africains », précise dans son « résumé analytique » de Rapport d’Évaluation sur Maurice rendu public en juillet 2010.
« Ce rapport est une mine d’informations analytiques sur Maurice et ses recommandations resteront valables pour des années encore et doivent être révisées périodiquement suivant l’engagement pris par Maurice?! », a ajouté Joseph Tsang Mang Kin.
En attendant la constitution officielle par le gouvernement d’une Commission nationale gouvernance, l’intervenant a proposé la création d’un Réseau national de gouvernance. « Ce serait une Commission nationale de gouvernance informelle qui sera composée des représentants de tous les secteurs politiques et socio-économiques du pays. Et pourquoi pas même d’artistes, de poètes et d’écrivains. L’objectif étant de se donner l’opportunité de dégager un consensus sur notre devenir commun?! », s’est-il félicité.
Joseph Tsang Mang Kin a également plaidé pour que les recommandations du Rapport d’évaluation du MAEP soient inscrites dans le plan de développement du pays et aient force de loi. « Le Mauricien souffre d’un déficit aigu d’information. Si on veut construire Maurice, on ne peut pas laisser dormir dans un tiroir un rapport qui a nécessité tant d’investissement en termes de ressources humaines et de finance afin d’avoir une analyse globale de nos forces et nos faiblesses?! », a-t-il soutenu.
Patrice Curé a, lui, longuement évoqué le Processus du MAEP à Maurice entre 2003 et 2010. Il a regretté le manque de moyens du NESC pour mener à bien ce processus. « Mais c’est un document qui restera valable des années encore?! », a-t-il lancé.
Dans une courte intervention, Arvin Boolell, qui était à l’époque ministre des Affaires étrangères, a déploré, entre autres, le « préjugé anti-africain » des Mauriciens. Il a également évoqué « divers manques de volonté » pour expliquer les difficultés rencontrées pour la mise en oeuvre de cette auto-évaluation de la gouvernance à Maurice. Dans le même souffle, il a regretté la récente dissolution du NESC. « Le NESC était le précurseur d’un Sénat à Maurice, une instance qui prendrait la distance nécessaire pour évaluer nos grandes orientations?! », a-t-il expliqué.
La prochaine session du Parlement populaire aura lieu le 4 juillet prochain. Les participants ont décidé à l’unanimité d’inviter le ministre Roshi Bhadain et Amédée Darga pour débattre de l’élaboration d’une méthodologie pour promouvoir la bonne gouvernance.