Séance express pour une reprise. Tout avait été fait du côté de la majorité pour que la reprise des travaux parlementaires se déroule sur un ton plus apaisé, les plus controversés de ses membres, à l’instar de Kalyan Tarolah ayant démissionné la veille de son poste de PPS, tandis que Ravi Rutnah qui s’est lui aussi fait remarquer pendant les vacances parlementaires a été prié de faire un peu plus profil bas. L’entame des travaux s’est d’ailleurs déclinée sur une note des plus solennelles avec le vivant hommage rendu par l’hémicycle à deux anciens parlementaires, Premier Nababsing et Lutchmeeparsadsing Ramsahok.
Même la Private Notice Question du jour que tous croyaient dur comme fer qu’elle allait être axée sur le sujet brûlant et urgent du moment, la grève de la fin des femmes cleaners et leurs conditions d’emploi précaire avait démarré sur un ton des plus corrects. D’autant que Xavier Duval avait, une nouvelle fois, choisi le Metro Express. Nando Bodha, le ministre répondant, semblait l’avoir attendu au tournant puisqu’il a abordé l’exercice avec une bonne dose de méchanceté.
Le ministre des Infrastructures publiques a, d’abord, choisi de fournir une longue déclaration liminaire au leader de l’opposition, épuisant pas moins de vingt minutes des trente qui sont généralement imparties à cet item. Et dès que les supplémentaires de Xavier Duval ont commencé à tomber, Nando Bodha a commencé à titiller leur auteur.
Le ton est monté d’un cran lorsque le ministre, qui répondait à une question sur la fréquentation du métro et sa corrélation avec l’utilisation de la voiture. Perfide, Nando Bodha a commencé par dire que le volume quotidien de passagers escompté est de 53 800, tandis que le précédent rapport sur le métro léger rédigé par les consultants singapouriens alors que « vous étiez dans le gouvernement » évoquait un chiffre de 160, 000 passagers. « Do you know what you did ? If you go on the report, SCE says we  should have a congestion fee, we should have toll and we should have parking rates to discourage people so that 160, 000 people would take the Metro. Do you know what you did ? If you go on the report, SCE says we should… cut 100 lines bus routes… and put taxes so that people cannot buy cars ! » a martelé Nando malgré les protestations véhémentes du leader de l’opposition.
Le rappel du passé
On ne sait pas si c’est ce rappel qui a, en quelque sorte, déstabilisé Xavier Duval, mais les choses ont commencé à dégénérer à partir de là. Avant de poser ses supplémentaires, l’ancien ministre des gouvernements et du PTr et du MSM s’est justifié en lançant « whatever mistake may have been made in the past gives him the blank cheque to make the same mistake ! ».
Intervenant alors, la Speaker a indiqué que le leader de l’opposition avait droit à deux autres questions supplémentaires, ce qui a eu le don de provoquer la colère du leader de l’opposition. « No, Madam Speaker, I will not accept… I have hardly asked any question », a répliqué Xavier Duval. Debout, Maya Hanoomanjee lui intime de « sit down » à plusieurs reprises. « I am on my feet ! You know the regulations of this House », répète la Speaker, cette fois, sur le ton de la supplique « please sit down ! ».
Le leader de l’opposition n’obtempère pas. La Speaker renchérit : « You are a seasoned Member of this House, you know the rules and by continuing to stand up with me then you are confronting the Chair…I am making an ultimate appeal to you. You know the rules of this House. You know that when you continue to stand and confront the Speaker this is against the rules of the House. I am making an appeal to you not to confront the authority of the Chair otherwise I will have to take appropriate measures ! »
Réagissant enfin, le leader de l’opposition décide d’enfoncer le clou en lançant à la présidence  : « I have no respect  for you, Madam Speaker. » Après cette dernière réplique, le couperet tombe : « If you don’t have respect, I order you out ! » Elle répète la sanction, mais Xavier Duval ne bronche pas. Il reste debout dans un premier temps, puis se rassoit sans donner la moindre indication de son désir de se retirer. 
Maya Hanoomanjee décide alors de suspendre la séance. Il est 12 h 22.
Lorsque la séance reprend à 13 h 42, coup de théâtre. alors que tout le monde a pu penser que l’incident était clos même si les plus aguerris supputaient une action étant donné les pourparlers engagés entre la présidence, le Premier ministre, son adjoint Ivan Collendavelloo. Maya Hanoomnajee annonce « Honourable Leader of the Opposition, in view of your conduct towards the Chair, I am naming you ».
S’enchaîne alors la présentation d’une série de motions de la part de Pravind Jugnauth pour donner un sens concret à la décision de la Speaker.
Deux minutes pour exclure XLD pour deux séances
Dans l’ultime motion, le Premier ministre propose « in view of your decision to name the Leader of the Opposition, I beg to move that the hon. Leader of the Opposition be suspended from the service of the Assembly for today’s and the next sitting unless he tenders his unreserved apologies to the Chair ».
La motion est approuvée en deux minutes avant que la séance ne soit de nouveau suspendue pour le déjeuner. La Speaker convoque le leader de l’opposition dans son bureau pour lui demander de faire amende honorable, de présenter des excuses et de reprendre son siège, mais il refuse. Il sera donc absent de l’hémicycle jusqu’au 7 novembre, si séance il y a ce jour-là.
Après le déjeuner, les travaux reprennent sans l’opposition qui décide de boycotter la suite des travaux en raison de la manière dont les choses ont été concoctées pour exclure le leader de l’opposition. Elle crie au complot. Chacun, PMSD, MMM et PTr a tenu un point de presse, même le Premier ministre pour justifier la décision prise. Il aura par contre un surprenant « mo ena inpé konsiderasyon pou lider MMM, mo pa pou komante saki line dir ! », alors qu’il était invité à réagir aux propos de Paul Bérenger tenus quelques minutes plus tôt.
Le seul moment solennel de cette séance mouvementée aura été l’hommage rendu à deux anciens élus qui, à leur manière, ont marqué l’histoire du Parlement post-indépendance et qui ont caractérisé l’émergence du MMM, Prem Nababsing et Lutchmeeparsadsing Ramsahok.
C’est le Premier ministre qui a ouvert la séquence des hommages en rappelant le parcours du Dr Prem Nababsing, un des membres fondateurs du MMM, scientifique, ambassadeur, leader de l’opposition, vice-Premier ministre et conseiller entre 2000 et 2005 : « Dedicated to service to the country and the people, Dr Nababsing had been a model of the perfect gentleman » dira Pravind Jugnauth. Xavier Duval a, pour sa part, rappelé avoir eu l’occasion de travailler avec lui pendant une année en 1995 et avoir été impressionné par « his calm manner and his extensive experience. »
Visiblement plus ému pour avoir partagé de longues années de lutte avec celui qui est décédé à 76 ans le 21 octobre dernier, Paul Bérenger a, d’emblée, observé que « celui qui s’en est allé était quelqu’un d’intègre jusqu’au bout des ongles ; une personnalité politique toujours à cheval sur les principes ; quelqu’un qui n’a jamais fait honte — bien au con-traire — à cette Assemblée… Je perds, quant à moi, un vrai ami; un ami de longue date ». Poursuivant, il dira aussi « qu’ensemble, comme vient de le dire le Premier ministre, en 1969, avec son épouse Vidula Nababsing aussi et d’autres, nous avions fondé le MMM ». Et de dire que ses pensées vont à Vidula et à ses filles. 
Même hommage à Lutchmeeparsad Ramsahok décédé le 20 juillet à âge de 69 ans. Le syndicaliste de la General Works Federation avait aussi été député du MMM du No 12 en 1976 et 1982, ministres Administrations régionales en 1983 sous la bannière du MSM avant de fonder le Part Action Libérale en 1991 et participer à toutes les élections générales depuis.
Après un bref discours de Xavier Duval, Paul Bérenger a évoqué les circonstances de la disparition de Lutchmeeparsadsing Ramsahok qui « s’en est allé sans crier gare, subitement, nous prenant tous par surprise ». ll a ensuite rappelé comment il y a 47 ans, lui-même, son collègue défunt et d’autres avaient commencé à organiser les travailleurs dans l’industrie du thé, secteur ou travaillait Ramsahok. Le leader du MMM a évoqué son engagement, les grèves, les grèves de la faim entamées pour que les droits des travailleurs soient respectés. Evoquant les visites qu’il lui rendait, Paul Bérenger dira aussi garder le souvenir d’un « good joker ».
La Speaker s’est associée à ses deux hommages avant de transmettre les condoléances de la chambre aux familles endeuillées.