Les accros aux débats parlementaires en direct à la télévision peuvent déjà se frotter les mains : la nouvelle saison parlementaire, qui démarre à partir de mardi, s’annonce particulièrement animée. À l’instar des grandes finales de boxe, les principaux protagonistes se sont déjà engagés dans une joute verbale afin d’impressionner psychologiquement leurs principaux adversaires. Les déclarations faites par les uns et les autres dans notre présente édition en dit long.

Déjà, les principaux partis de l’opposition sont d’attaque avec une salve d’interpellations parlementaires couvrant pratiquement tous les scandales et tous les problèmes qui ont surgi durant les trois derniers mois de vacances parlementaires. La commission de la drogue qui, selon Paul Bérenger, aurait coûté Rs 30 millions au gouvernement, et dont la mise en œuvre des recommandations est toujours étudiée par un comité ministériel ou par une “task force” qui fait figure de bouledogue sans dents, fait déjà l’objet de plusieurs interpellations parlementaires. D’autres questions épineuses seront aussi au menu comme la situation dans l’industrie sucrière, la situation dans le secteur financier, le rapport ESAAMLG et ses conséquences, les pertes encourues par la SBM lors des transactions au Kenya ou à Dubaï ainsi que d’autres scandales qui couvent encore sous les cendres, de même que les recommandations des Fact Finding Committees qui ont été confiées à l’ICAC, et dont les publications se font attendre.

La situation dans les “shelters”, qui a défrayé la chronique, ainsi que la possibilité de l’entrée en opération d’Uber sont autant de questions sur lesquelles le gouvernement devrait éclairer le public mauricien.

Le gouvernement, pour sa part, a déjà annoncé la présentation de quelque 11 projets de loi majeurs. Les plus attendus sont ceux concernant la réforme électorale. Après la levée de bouclier de la part des partis de l’opposition, qui considèrent que les propositions gouvernementales constituent une « non-réforme électorale », la question est de savoir si le Premier ministre acceptera d’amender ses propositions à la lumière de celles faites par les partis de l’opposition ou s’il présentera un texte de loi afin de démontrer sa volonté de procéder à une réforme électorale pour corriger les imperfections du système “First to past the post” et d’assurer une représentativité de femmes au Parlement qui soit conforme aux normes internationales et dans le respect de l’égalité des genres. Les partis de l’opposition souhaitent d’ailleurs vivement que cette question, qui figure déjà dans la Local Government Act, fasse l’objet d’une législation séparée. On se demande toutefois comment le gouvernement s’y prendra pour interdire les “bases” sans porter atteinte à la liberté constitutionnelle des partisans de se réunir sans perturber l’ordre public.
Autre texte de loi qui est attendu avec beaucoup d’intérêt : le financement des partis politiques. Si, comme beaucoup le croient, la réforme électorale gouvernementale est morte née, on ne sait à quel moment le gouvernement choisira de présenter l’amendement constitutionnel permettant aux candidats aux élections générales qui le souhaitent de ne pas déclarer leur communauté.

Beaucoup de téléspectateurs gardent un souvenir plutôt décevant de la performance des parlementaires durant la première partie des travaux parlementaires cette année. Ces derniers avaient été marqués par des affrontements répétés entre la majorité et l’opposition, mais aussi des altercations avec la Speaker de l’Assemblée nationale, accusée par l’opposition de faire le jeu du gouvernement. À tort ou à raison, cette dernière s’était retrouvée quelquefois dans l’obligation d’expulser des parlementaires récalcitrants du Parlement. La situation risque d’être pire dans la mesure où les partis reconnaissent que le pays est déjà entré dans une période de campagne préélectorale avec, pour résultat, que de part et d’autre, les nerfs seront à fleur de peau. Les actions des uns et des autres au sein de l’hémicycle pourraient en fin de compte nous donner une indication sur les mouvances qui se dégageront en 2019, qui sera l’année des élections générales.