La seconde partie de la séance du Question Time à l’Assemblée nationale hier après-midi, marquée au début par les excuses du ministre du Tourisme Michael Sik Yuen au whip de l’opposition Rajesh Bhagwan à la suite du vulgaire échange de propos avant l’ajournement pour le déjeuner, a permis au nouveau Deputy Speaker Pradeep Peetumber de faire ses premières armes à la présidence. Même s’il n’a pas eu de gros efforts à déployer pour maintenir le décorum, certains ministres en ont pris pour leur grade face aux interpellations de l’opposition.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval a été rattrapé par le différend au sujet des projections de la croissance prévues dans le dernier document officiel de la Banque mondiale. Des parlementaires du MSM de leur côté, en particulier Maya Hanoomanjee et Leela Devi Dookun-Luchoomun, profitant d’une interpellation portant sur les problèmes des enfants en situation de rue inscrite au nom de la parlementaire du MMM Lysie Ribot, ont mené une véritable guérilla parlementaire contre leur ex-collègue Mireille Martin, actuellement de l’Égalité des Genres, du Développement de l’Enfance et du Bien-être de la Famille.
Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo ne s’attendait pas à passer un mauvais quart d’heure au nom du backbencher du MMM, le Dr Reshad Sorefan, sur le rond-point de Phoenix, plus particulièrement les heures d’ouverture de la troisième voie.
Avec les premiers échanges lors de l’interpellation de Pravind Jugnauth, partenaire de l’alliance de l’opposition MSM-MMM, au sujet du National Resilience Fund de Rs 7,3 milliards, annoncé dans le budget 2012 en vue de soutenir des entreprises affectées par la crise économique dans la zone euro, le vice-Premier ministre et ministre des Finances a annoncé que pas moins d’une vingtaine de schemes bénéficieraient du financement nécessaire. Xavier-Luc Duval a rappelé que le gouvernement a prévu la gestion de neuf nouveaux schemes alors que les neuf autres existent depuis le précédent stimulus package de 2008 et deux autres sous l’Economic Reconstruction and Competitiveness Programme (ERCP) de 2010.
« Compte tenu de la multitude de ces schemes, nous avons pris la décision de procéder à la rationalisation pour que le programme soit plus efficient », fait comprendre le vice-Premier ministre et ministre des Finances à Pravind Jugnauth avant que le député Kee Cheong Li Kwong Wing n’enchaîne avec une première pique au sujet du budget de Rs 550 millions prévu sous le National Resilience Fund au chapitre de la promotion et des fonctionnaires concernés passant le plus clair de leur temps en mission à l’étranger au lieu d’être au bureau.
« Je m’inscris en faux à ces allégations de l’honorable membre à l’encontre des fonctionnaires », riposte Xavier-Luc Duval, qui ajoute que ce budget de Rs 550 millions viendra compléter le budget alloué normalement au cas où le besoin de promotion se ferait sentir en période de crise économique. Toutefois, sans crier gare, l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances monte au créneau et propulse à l’avant-plan des échanges la question de la croissance économique pour cette année.
Pravind Jugnauth : Avec un taux de croissance économique inférieur à 3 % peut-il nous révéler quelles sont les solutions prévues dans le National Resilience Fund ?
Xavier Duval : This is not the case. If there is a tsunami, such thing can happen. La croissance en 2012 devrait être de l’ordre de 3,6 %. D’autres institutions prévoient une croissance de 3,8 % alors que la Chambre de commerce et d’industrie vient de réviser son taux à la hausse à 3,9 %. Nobody has a crystal ball to predict what will happen in the next three weeks.
Les prévisions de la croissance ne cessent d’être modifiées dans le monde entier. Et même du côté du Fonds monétaire international. Je répète que la croissance économique variera dans la fourchette de 3,6 % et 4 % cette année.
Li Kwong Wing : Avec des fonds de Rs 7,3 milliards, le ministre a-t-il mis en place un système de surveillance pour éviter des répétitions de ce que nous avons vécu avec les Jean Suzanne, les Infinity BPO ou encore RS Denim ?
Xavier Duval : Dans aucun de ces cas de l’argent a été perdu. Il y a un comité. Je suis disposé à révéler les noms des membres de ce comité, qui comprend des représentants du gouvernement et du secteur privé ?
Pravind Jugnauth (brandissant un document) : Mais dans le document pour le Development Policy Loan avec la Banque mondiale, mention est faite que « growth rate is likely to be below 3% » en raison de l’évolution du niveau des investissements privés et publics et des répercussions sur la création d’emplois. I’m very surprised. Il n’est pas question de tsunami dans ce document où l’on évoque une croissance inférieure à 3 % ?
Xavier Duval : Je n’y peux rien si vous ne comprenez pas les affaires. You have to make a case to get a loan…
Paul Bérenger : Combien la langue li ena sa…
Xavier Duval : Vous avez à faire votre cas pour obtenir un prêt…
Une remarque de la parlementaire Nita Deerpalsing fait Paul Bérenger sortir de ses gonds.
Paul Bérenger : Ka ka ka kuma enn canard-la… Ale okip bann briani to fer bien. Ziska ler to ti rest trankil…
Devant le rappel à l’ordre du Deputy Speaker, le leader de l’opposition ajoute que la remarque a été initiée par la backbencher de la majorité.
Xavier Duval : You have to put the worst case scenario. Je n’y peux rien si vous ne comprenez pas comment présenter un cas pour obtenir un prêt. There is no slump in tourism. L’offshore a progressé de 10 % depuis le début de l’année. There is no tsunami. La Chambre de commerce et d’industrie a révisé à la hausse son taux à 3,9 %. C’est mon rôle de m’assurer que le pays dispose des ressources financières nécessaires pour faire face à toute éventualité. Nous avons conclu un accord de crédits avec la Banque africaine de développement au cas où nous en aurions besoin.
Pravind Jugnauth : Le ministre veut-il nous faire comprendre que cette projection de croissance inférieure à 3 % dans le document du ministère est fondée sur des « false facts and figures » ? C’est ce que vous voulez dire ?
Xavier Duval : Je n’ai pas de leçon à prendre. Si l’honorable n’arrive pas à saisir cela, je n’y peux rien…
À ce stade, le leader de l’opposition se retourne vers les parlementaires du MMM pour s’interroger à haute voix sur l’approche adoptée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances. Le Deputy Speaker met fin aux échanges en citant une longue liste de parlementaires, qui ont été relevées du Question Time à la demande des parlementaires concernés.
À la reprise des travaux parlementaires après le lunch, la ministre Mireille Martin a été la cible d’une véritable guérilla parlementaire de la part des députés du MSM sur la question des problèmes des enfants en situation de rue à Maurice, 6 000 selon une récente étude de l’ONG Safire. Elle a ajouté que le ministère n’a pas effectué de relevé sur ce phénomène social dans le pays.
La ministre Mireille Martin a été soumise à un feu roulant de questions alimentées par les parlementaires Maya Hanoomanjee et Leela Devi Dookun-Luchoomun et relayées par Steeve Obeegadoo et Lysie Ribot. La ministre s’est tenue à sa position que « in Mauritius, there are chilldren on the streets. They spend their time on the street and then they go home. Ils ne dorment pas dans les rues » même si elle concède que « one child on the street is one child too many ».
Les préoccupations de l’opposition touchent aux mesures prises par le ministère pour faire enlever ces enfants en situation de rue et les renvoyer à l’école dans le cadre de l’éducation obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. La parlementaire du MMM Lysie Ribot a situé l’envergure de la détérioration du problème des enfants en situation de rue en rappelant que selon le chiffre du ministère le nombre était de 182 pour s’établir à 6 000 aujourd’hui.
Mireille Martin a résisté à l’assaut des parlementaires du MSM principalement et s’est même permise en guise de flèche du Parthe à l’encontre de Leela Devi Dookun-Luchoomun en lui lançant : « I’m afraid the honourable member has not been listening to my answer. »
Par contre, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo n’a pas su faire preuve de sang-froid parlementaire face aux attaques incisives du député du MMM Reshad Sorefan au sujet de la troisième voie menant au rond-point de Phoenix-IVTB. Le député du MMM, dentiste de profession, n’a pas apprécié de son côté le fait que des parlementaires du gouvernement avaient lancé à son encontre « ale rass ledan to fer bien ».
Anil Bachoo a tenté de justifier contre vents et marées les maigres heures d’ouverture de la troisième voie menant à ce rond-point, dont le coût initial était de Rs 133,2 millions avant d’ajouter les Rs 50 millions supplémentaires pour compléter les travaux. « The opening hours is determined by the density of the traffic », s’est évertué à expliquer le VPM et ministre des Infrastructures publiques.
Ce à quoi le député Sorefan devait rétorquer dans son style propre à lui que « the minister has backpedalled on the issue of the 24 hour by-pass ». La claque sonore sur l’asphalte de cette troisième voie a été administrée par le député du MMM Joe Lesjongard, qui a trouvé que pour « seulement deux heures par jour, Rs 50 millions venant des poches des contribuables ont été gaspillées ».
« Les heures où cette troisième voie au rond-point de Phoenix est praticable ne sont pas de deux heures mais les suivantes, soit tous les jours jusqu’à 7 heures, ensuite de 11 heures à 14 h 30 et en début de soirée de 19 h 30 à 21 h 30. Il y a eu une demande en ce sens de la part des habitants de la région. Tout se passe bien sauf pour des forces mystérieuses, qui ne voient rien de bon ».
Rajesh Bhagwan : Le ministre a parlé de forces mystérieuses. Fait-il allusion au PPS et député de la circonscription Patrick Assirvaden, qui avait voué aux gémonies publiquement le ministre, la Road Development Authority ou encore les ingénieurs du ministère pour un travail mal ficelé ?
Anil Bachoo : Tous ceux qui utilisent ce tronçon sont satisfaits. Everybody is feeling happy. They are happy…
Steeve Obeegadoo : Pena simin.
La demande du député Sorefan au vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques pour qu’il soumette sa démission, vu l’échec de ce projet, est accueillie par un énorme brouhaha envahissant l’hémicycle avec le ministre de la Santé Lormus Bundhoo lançant un « pa touss nou Bachoo » des plus hilarants.