La poésie a toujours fait partie de l’oeuvre d’Ananda Devi à un point tel qu’il lui a été reproché d’écrire sous l’emprise d’une sorte de fascination de la langue dans ses oeuvres romanesques. Pourtant, la part poétique demeure dans ses romans une clé fondamentale et même indispensable à l’évolution de ses personnages à leur destinée et leur caractère unique. En attendant la sortie en octobre du récit méditatif et autobiographique qu’elle publie chez Gallimard, l’auteur du Sari vert nous propose un petit recueil édité par Bruno Doucey, disponible au Bookcourt et à L’Atelier.
En vers et en prose, ces textes ont été écrits peu après le récit autobiographique, qui faisait corps avec un moment difficile. Les hommes qui me parlent pour le récit et Quand la nuit consent à me parler pour le recueil poétique… les titres de ces ouvrages se font écho, soulignant tous deux l’écoute attentive de l’écrivain, avant qu’il ne transmette de lui même dans son oeuvre. Quand la nuit consent à me parler est en soi un long poème méditatif en 30 strophes, sur la vie, les souffrances et la mort.
« À l’aube, tu descendras pieds nus Boire à la rivière Comme ces chats muets Aux pattes cramoisies » La première strophe offre une métaphore juste et étrange par son symbolisme. Puis quelques vers plus loin : « Tu tends l’oreille Aux voix des absents Jusqu’à ce que la nuit enfin Consente à te parler. » Ce dernier vers ressemble considérablement à son auteur qui n’a cessé tout au long de son oeuvre de revendiquer la nécessité pour l’écrivain de puiser toujours plus loin, au fond de lui et de sa conscience, les ressources qui donneront sa densité au texte. Beaucoup d’images symboliques d’une justesse remarquable émaillent ce texte qui puise dans le lien à la nature, dans les vies humaines, parfois déchirées par l’existence.
Suivent une série de poèmes en prose, à commencer par Les mots meurent de mort lente, puis Poétique des îles, qu’il faut entendre comme un cri de colère, face à la source de révolte que sont les si envahissants et soporifiques clichés de la culture îlienne tropicale dont nous abreuvent continuellement les médias et les industriels du divertissement. Encore un vers d’elle volé au passage : « L’écriture n’aura jamais été que le plus bref des mystères. »