Après son ‘Ile Maurice: vingt-cinq leçons d’histoire’ (1998) et «Ile Maurice: Récits de son histoire contemporaine’ (2000), Benjamin Moutou, plus que jamais passionné d’histoire, puise dans sa riche collection d’articles parus dans la presse locale pour sortir «un troisième volet de pages d’histoire» sous le titre «Pages d’histoire d’ici et d’ailleurs», que l’auteur survole lui-même dans un avant-propos en ces termes: «Ce recueil comprend 32 articles choisis traitant de sujets variés tels Le vécu de la Révolution française dans l’ancienne Isle de France en passant par La folle histoire de la canne à sucre, Le phénomène des castes et ses implications aux Indes et dans la diaspora indienne, ou encore L’évolution de la propriété foncière à Maurice».» De ces sujets, il dira qu’ils «ont un lien direct ou indirect avec notre évolution au seuil du troisième millénaire.» Les lecteurs constateront eux-mêmes la pertinence de ce propos en parcourant ce troisième tome en vente dans les bonnes librairies à Rs 450 l’exemplaire.
Laissons le perspicace préfacier qu’est Jean-Claude de L’Estrac en dire plus: «Ces «Pages d’histoire d’ici et d’ailleurs», dans lesquelles Benjamin Moutou s’est intéressé autant aux grands moments et courants de l’Histoire qu’aux écheveaux des petites histoires, contribuent  à une meilleure connaissance de notre île, voire même du monde (Les folles histoires du pétrole et du tabac, L’épopée du peuple Sikh) et de l’humanité (L’animisme, Les grands pèlerinages et leur histoire, Au nom du nom, L’euthanasie).»Les lecteurs sont amenés à regarder au-delà de la frontière insulaire qui les cloisonne car ‘»l’auteur n’invite pas le lecteur à se plonger dans l’histoire d’un seul peuple, d’un seul territoire ou d’une seule époque.» Au contraire, «le sommaire est comme un florilège d’invitations à remonter le temps, à survoler le monde, à décrypter des us et coutumes, à questionner l’humanité, ses systèmes de croyance et de gouvernance.»
Diversité et variété pour un texte hétérogène
La diversité et la variété des sujets abordés font de cet ouvrage un texte hétérogène  où, outre la dizaine de sujets mentionnés plus haut, on en trouve une vingtaine d’autres où chaque lecteur trouvera son compte – «Port-Louis, capitale délaissée», «L’histoire des conversions religieuses», «Et si le Traité de capitulation du 3 décembre 1810 n’avait pas été honorable?», «Il y a deux cents ans, l’Isle de France était cédée à la Couronne Britannique», «Le rêve brisé de la République de Haïti»,»Il y a 150 ans , la percée de l’Isthme de Suez faisait pâlir l’étoile et la clé de la mer des Indes», etc., Toutefois, il ne faut pas s’attendre à trouver dans le nouvel ouvrage de Benjamin Moutou l’oeuvre d’un conteur ou d’un simple récitant qui se contente d’une simple énumération des faits. Comme le dit le préfacier: «Il raconte pour prouver, il se fait pédagogue pour expliquer, il se fait chroniqueur pour dénoncer mais toujours en restant au plus près des faits.» Aussi, poursuit-il, il faut s’attendre à ce que le lecteur soit «peut-être même chahuté dans ce qu’il croit lorsque l’auteur abandonne toute neutralité pour faire savoir ce qui l’interpelle, ou même l’indigne, en préambule de ses éclairages.» Et de conclure: «L’Histoire est faite pour être racontée peut-ètre,» (selon l’historien du premier siècle Marcus Fabius Quintilianus que  Jean-Claude de L’Estrac cite au début de sa préface, «l’histoire est écrite pour raconter, non pas pour prouver».) «mais Benjamin Moutou se donne ici le droit de s’indigner, ce qui rend son ouvrage un brin subversif et contestaire.» Ce qui ne veut nullement dire que l’auteur verse dans la démagogie facile et perd de son objectivité. Pour preuve, dans le sujet  «Au nom du nom!», où il aborde la problématique des noms dénigrants donnés par les maîtres à leurs esclaves, Benjamin Moutou brasse large lorsqu’il écrit: «Force est cependant de souligner que ce phénomène est loin d’être le propre de l’esclavage tel que pratiqué durant la période servile dans les colonies. En effet, dans quasiment toutes les civilisations et à travers les millénaires, les noms et prénoms des individus restent enrobés de tant de considérations d’ordre religieux, ethnoculturel, social et historique qu’il est passionnant, ne serait-ce que d’une façon succinte, d’en faire état.»