Le Premier ministre le dit, le ministre Rajesh Jeetah le prétend : la Tertiary Education Commission est un organisme indépendant. Mais c’est manifestement le contraire qui est vrai. Une affaire récente vient établir, si c’était encore vraiment nécessaire, qu’il y a bel et bien ingérence du ministère de l’Enseignement supérieur dans le fonctionnement de la TEC.
C’est le directeur contesté, Anil Kumar Bakshi, qui vient apporter la preuve flagrante qu’il danse au son de la musique jouée par le ministère qui s’avère vraiment «de tutelle» puisqu’il écrit, dans une lettre en date du 3 juin 2014, que «the Commission has received formal instructions»du ministère. C’était dans l’affaire tragi-comique des visas où la TEC pensait pouvoir usurper les prérogatives des services de l’immigration qui sont celles du Bureau du Premier ministre.
On sait que suite au tollé soulevé au sein même du personnel de la TEC quant à cette responsabilité délicate qui lui était confiée de procéder au traitement des visas à être octroyés aux étudiants étrangers, le directeur de la commission a dû rapidement battre en retraite et annuler sa décision prise sur instruction du ministère de l’Enseignement supérieur qui, selon des sources autorisées, a été vertement réprimandé par le Bureau du Premier ministre pour avoir pris des libertés avec un dossier aussi sensible que l’admission d’étrangers sur le sol mauricien.
Si le souhait du ministère de Rajesh Jeetah n’avait pas rencontré la forte résistance des employés de la TEC, Maurice aurait été le seul pays au monde à voir un «junior ministry» et un des organismes dont il a la charge s’arroger les pouvoirs de délivrer des visas qui, comme on le sait, est une activité très spécialisée dans ce monde obsédé par la sécurité, la protection de ses frontières et la luttecontre le terrorisme.
Tout le monde sait que, derrière la manoeuvre, il y avait en fait une volonté de grossir rapidement et lucrativement les rangs des «universités marron», vidées et tombées en disgrâce avec leurs diplômes qui ne sont reconnus que chez nous et qui n’ouvrent même pas la voie à un job dans une firme respectée de Maurice ni à des études post-universitaires à l’étranger.
À la TEC, on évoque ce qui est également considéré comme une autre preuve de l’ingérence ministérielle dans les affaires de la commission la décision in extremis prise le 19 mai de reconnaître les diplômes de certaines «universités» dont l’Eastern Institute for Integrated Learning in Management de la famille Jeetah.
C’était, dit-on, le cadeau d’adieu de l’ancien président du conseil d’administration, le Professeur Donald Ah Chuen, qui avait signé alors sa toute dernière décision à ce poste et avant que son remplaçant, Éric Nig Ping Chuen, ne prenne la barre. À la TEC, on ne se fait pas trop d’illusions sur un éventuel changement de mindsetavec l’arrivée du nouveau conseil d’administration, ces nominés politiques ne pouvant tenir tête à ceux qui les ont désignés à ces postes.
Même si la Tertiary Education Commission Act définit et délimite clairement les pouvoirs du ministre ences termes à la section (13) (1) «The Minister may give such directions of a general nature to the Board not inconsistent with this Act as he considers necessary in the public interest and the Board shall comply with those directions (2) The Commission shall provide the Minister with such information in relation to its activities, and shall furnish him with such documents, as he may require.»
C’est parce que la loi est claire que le personnel de la TEC ne comprend pas que le directeur puisse obtempérer aux injonctions et aux instructions au lieu de «directives» du ministère sans passer par le board. Mais on est là dans un cercle vicieux puisque le ministère a aussi une mainmise sur ce board !