Si l’habit ne fait pas le moine, notre patrie non plus. Faute d’être logés à la patrie du moine, nous sommes au pays du Sheikh Spear et du scout Baden du groupe « Les Smarties », menés à la baguette du magicien, en véritable chef d’orchestre. Revenant d’une levée de fonds, en comble, armés de leurs lances ils créent une véritable levée de boucliers tant ils veulent « Kase ranze ».
« Adding insult to injury », la nouvelle capitale administrative s ‘appellerait « Heritage city », ou « la cité du patrimoine »… À moins que le mot « heritage » soit dans le sens financier ; petits prêts entre princes pas tout à fait charmants, surtout lorsque mis devant des factures non-accomplies.
Alors que notre ministre de tutelle, ’emmuré’ dans l’ancienne Prison centrale, au coeur de notre capitale patrimoniale, ne pipe mot depuis sa pathétique tentative d’élocution, il laisse pourrir le plus ancien théâtre de l’hémisphère sud qu’il pourrait voir de sa fenêtre, s’il osait lever la tête, bien entendu.
N’espérons pas la moindre considération pour les bâtiments privés comme les rares bâtisses tout en bois qui ont échappé à l’incendie de septembre 1816 à la Rue de la Corderie (à ne pas confondre avec la Rue de la Connerie qui débute au Champ de Mars). Mais le strict minimum serait de restaurer, d’entretenir et de reconvertir les trop nombreux bâtiments publics qui s’écroulent. Citons l’hôpital Labourdonnais, les théâtres, la municipalité de Curepipe, les cours de justice de Souillac, Mapou, Moka et ailleurs, les postes de police de Trou-Fanfaron ou Rivière-Noire pour faire très court. Plutôt que d’avoir une police archaïque dans des bâtiments neufs, nous pourrions l’informatiser, et abriter les rares vrais enquêteurs dans des bâtiments anciens restaurés. Favoriser le fond plutôt que la forme en quelque sorte. Le laisser-aller n’est d’ailleurs pas le seul problème ; leur enlaidissement déterminé mène au même résultat, à l’instar du four-à-chaux de Belle Mare ou l’abreuvoir de Mahebourg.
Le patrimoine en péril ne se limite d’ailleurs pas qu’aux monuments et bâtiments. Si l’inclusion de la langue Créole au parlement est un pas dans la bonne direction, nos archives nationales sont dans des états miteux. Piteux ! Quant aux photos, gravures et estampes, c’est grâce aux efforts privés que l’on sauve les murs; le Musée de la photographie, Vintage Mauritius et le Musée de la petite collection en sont de beaux exemples.
Patrimoine et Patrie ont la même racine et il ne peut y avoir de patrie sans patrimoine. Si le concept de la patrie ne faisait pas l’unanimité chez les grands penseurs de la liberté, Voltaire en a conservé l’essentiel lorsqu’il l’a défini ainsi : « La Patrie est là où l’on vit heureux ». Pour nous c’est rappé !
Qu’on n’y voit pas de passéisme à vouloir sauvegarder un patrimoine national et historique car « Le passé doit conseiller l’avenir ». (Sénèque). Or le patrimoine est le passé tangible et visible. Si nous voulons avancer et construire notre pays sur des bases solides, nous nous devons de maintenir son histoire quelle qu’elle soit, intacte. La nôtre est riche malgré sa jeunesse et si elle a pour trame les souffrances issues du colonialisme et de l’esclavage, c’est une raison de plus pour ne pas l’occulter et en faire notre devoir de mémoire. « Il faut envisager le passé sans regrets, le présent sans faiblesse, et l’avenir sans illusions » disait de Ségur. Pas de quoi nous « séguriser ».
Mais voilà, « Les Smarties » ont tout faux. « Putting their mouth where the money is » plutôt que l’inverse. En recherchant l’aide du génie ils ont atterri au pays voisin de celui d’Aladin, où ils ont rencontré Alice. Après une soirée chicha ils se croient au pays des merveilles où, à la place de cette maudite eau qui inonde, il tombe des pluies de pastilles chocolatées, toutes colorées, comme dans la pub d’il y a quarante ans. Encore heureux qu’ils n’aient pas embarqué pour l’Italie, autre terre sainte qui ne cache pas seulement ses seins patrimoniaux derrière des caisses pour ménager ses nouveaux amis, mais aussi la moins sainte « Lucy » qui est « in the sky with diamonds » depuis un jour de décembre 2014. S’ils l’avaient rencontré, on aurait vu de toutes les couleurs.