Le sens de l’humour et l’esprit caustique, dont a fait preuve Pascal Dayez-Burgeon à l’Institut français de Maurice la semaine dernière ne permettra peut-être pas de sauver Astérix… sauf si cette bande dessinée et les innombrables produits dérivés qu’elle a généré connaissait une remise en question profonde apte à l’inscrire dans l’humour et le monde d’aujourd’hui, histoire d’évoluer avec son temps. Aussi faut-il peut-être s’inquiéter de ce que nous dit ce personnage d’une France où les journaux continuent de se référer à des clichés vieux comme les Romains, et plutôt chauvins.
Lorsqu’il officiait comme conseiller culturel de l’ambassade de France en Corée ou encore aux Fidji, sans doute Pascal Dayez-Burgeon transmettait un peu de son propre sens de l’humour grâce à ses explications, même si un non-francophone ne saisit pas toujours le sens d’une plaisanterie made in France ou in Wallonie-Bruxelles… En ce qui concerne Astérix, le conférencier rappelle que ces albums ne peuvent guère être appréciés que par le public francophone et démontre que seules les générations qui connaissent les références contextuelles auxquelles ces albums font allusion peuvent en rire pleinement.
Diplômé d’histoire et Professeur de civilisation française dans les grandes écoles, Pascal Dayez-Burgeon aime instruire le public non-français auquel il livre quelques clés indispensables pour comprendre les moeurs, us et coutumes des habitants de l’hexagone. Auteur de plusieurs livres sur la Corée qu’il s’est attaché à mieux faire connaître en France, il a également écrit des fictions et plusieurs essais sur la Belgique où il est né. Il revient sur ce sujet en fin d’année… Pascal Dayez-Burgeon sait aussi bien tenir une assistance en haleine sur les monuments de Paris comme il l’a fait dans une conférence privée qu’interroger la pertinence d’Astérix dans le monde d’aujourd’hui.
Le thème du héros qui se bat contre le reste du monde n’était pas nouveau en France lorsque le premier album Astérix le Gaulois — sans son grand benêt d’Obélix — est paru en 1959. Le héros populaire existe déjà dans la littérature romanesque du XIXe dans Les mystères de Paris (Eugène Sue), également avec Rocambole, Fantomas, Arsène Lupin ou même Rouletabille dans Les mystères de la chambre jaune. Certaines grandes figures du cinéma ont aussi incarné des personnages de ce type sous les traits de Jean Gabin, Alain Delon et d’autres.
Astérix a en quelque sorte pris leur relève pour quelques décennies sur un ton farceur et potache.
Des albums comme Astérix et Cléopâtre, ou encore Astérix chez les Bretons, déclencheront véritablement ce que la presse qualifie alors comme un phénomène d’édition. Mais si leur diffusion totale atteint aujourd’hui le chiffre faramineux de 350 millions d’exemplaires vendus, leur succès à l’étranger ne représente qu’une petite part de ce gros gâteau, malgré les quarante langues dans lesquelles ils ont été traduits. Pascal Dayez fait remarquer au passage que la version flamande a été un flop commercial.