Al’orée de l’émergence d’une nouvelle génération d’éco-citoyens à l’image de la jeune Greta Thunberg, 2019 a été l’année de grands débats écologiques. L’heure est au bilan. Mega Cleaning Campaign, manifestations des Fridays for Future, la visite du pape sous le signe de l’écologie, ou encore des Assises de l’environnement, les initiatives ont été nombreuses à Maurice. Mais vont-elles perdurer ? Pascal Laroulette garde espoir. A 34 ans, ce jeune père de famille évoluant dans le monde de la finance et élu Oustanding Young Person de l’année par la Jeune chambre internationale, a escaladé vingt montagnes de l’île, a participé à plusieurs campagnes écologiques, dont “Plantons 100 000 arbres”, les programmes “Zardin drom” et “100 000 gourdes”. Il a choisi de faire de l’écologie son mode de vie. Entretien.

◆ Pascal Laroulette, quel est votre bilan écologique de cette année ?

– Je dirais que tout n’est pas rose. Le constat est clair, il n’y a pas de personne au niveau de l’État qui puisse incarner une certaine idéologie écologique. Il n’y en a pas d’icône de l’écologie à Maurice. On est bien d’accord que “Become and people will come’”, mais il n’y a pas au gouvernement. Et c’est dommage ! Il n’y a pas un plan global pour montrer l’engagement du gouvernement sur la citoyenneté écologique. En ce qui me concerne, le bilan est assez positif. Premièrement, concernant le projet de société initié par Malenn Oodiah, dont je suis membre. Il y a eu beaucoup d’initiatives autour du projet “Plantons 100 000 arbres”. On peut dire fièrement que l’on a mobilisé la société civile pour planter “200 000 arbres”. L’initiative des “100000 gourdes” commence aussi à porter ses fruits, avec notamment les scouts qui sont très motivés. D’autres projets initiés cette année, tels que “Save our Common Home” et “Zardin Drom” prennent aussi de l’aplomb.

◆ Et pourtant, l’État mauricien semble tendre la main à la société civile, aux ONGS, etc., avec notamment la récente tenue des Assises de l’environnement où le ministre de l’Environnement s’est montré à l’écoute. Qu’en pensez-vous ?

– Oui, c’est une bonne initiative, mais ce ne sont que de belles paroles. Que fait-on après les Assises ? Quelles en sont les déclinaisons ? Quelle est la suite ? Est-ce que, par exemple, les ministres s’engagent à rouler dans des voitures hybrides ? Utilisent-ils une gourde pour donner l’exemple et décourager l’utilisation de plastique à usage unique ? Au final, c’est ce que le peuple veut. Il veut avoir un role model, il veut voir un engagement au plus haut sommet de l’État.

◆ Selon vous, le combat écologique est-il politique ?

– Je n’aime pas le mot “combat”. Ce n’est pas un combat, que ce soit écologique ou politique. Il faut désormais changer de stratégie et travailler de concert avec tous les acteurs. J’aime bien la phrase de Nelson Mandela : “Quand tu ne peux pas combattre ton ennemi, fais de lui ton allier.” Ainsi, je n’ai pas l’intention de combattre les grandes industries productrices de plastique à usage unique, mais j’ai l’intention de leur faire changer de mode de production. Pourquoi ne pas produire plus de gourdes ou proposer des fontaines à eau, etc ? Les enjeux écologiques sont énormes, l’heure n’est pas au combat.

◆ Que pensez-vous de l’émergence collectifs éco-citoyens, à l’instar de Fridays for future ?

– C’est tout à fait légitime. Ils ont le droit de demander aux industriels d’arrêter de produire en ligne, mais de produire en cycle. En gros, le message est : Imitez la nature quand vous produisez. Il n’y a qu’à prendre le temps d’observer les fourmis et l’on comprendra. Par ailleurs, ces jeunes réclament l’installation de panneaux solaires dans les écoles. Pourquoi pas, après tout ? On est entouré de soleil. Pourquoi ne pas capitaliser là-dessus ?

◆ Pensez-vous qu’on ne les prend pas assez au sérieux ?

– Honnêtement, je pense que oui. On les a invités aux Assises, sans plus. Pour moi, c’est purement transactionnel. Il n’y a pas vraiment eu d’échanges concrets. Et pourtant, il faut les prendre au sérieux, ils ne font que demander ce qui est légitime, soit le droit de vivre dans un pays géré correctement avec une politique de gestion des ressources marines et terrestres. Il ne faut pas oublier qu’on est un petit pays, mais qu’on a un territoire marin qui fait 1 250 fois le territoire terrestre. Il faut mettre en place une politique élargie, bien pensée. On n’a pas le temps pour des projets bric-à-brac.

Je rejoins Malenn Oodiah sur ce point, qu’il faut tailler l’offre selon la demande du public. Et le public est jeune, très jeune. C’est sur la jeunesse qu’il faut capitaliser. Par exemple, je travaille sur le projet des gourdes et pour attirer les jeunes, j’utilise des outils et modes de communication qu’ils comprennent, notamment le street art ou la musique. On ne doit pas être tout le temps négatif. En somme, l’éco-citoyen ne doit pas projeter l’image d’un râleur, qui est tout le temps en colère. Il faut essayer de trouver les mots qu’il faut pour faire passer le message.

◆ Comment voyez-vous la société de Maurice dans dix ans ?

– Maurice a tout pour réussir et tout pour échouer. Le système capitaliste qui prévaut dans le pays favorise l’individualisme; par exemple, la réussite se mesure à l’accumulation de la richesse. Une personne dans sa BMW n’hésitera pas à jeter son mégot de cigarette en pleine rue. Lui, il est confortable dans la voiture, mais qu’en est-il des autres personnes ? Qu’en est-il de son environnement ? L’État est en panne de leadership écologique. Et pourtant, on a tous les ingrédients pour réussir. Notre pays est entouré de vert et de bleu. Nous avons un territoire maritime énorme. S’il est capitalisé correctement peut devenir un centre de recherche pour le monde scientifique. Il y a du potentiel pour développer une industrie autour de l’économie bleue qu’il faut relancer avec tous les acteurs du secteur. Il y a beaucoup d’initiatives écologiques privées à Maurice. Il y a donc un désir pour réussir et il faut juste que l’Etat valorise ces initiatives, que l’Etat sache converger tous ces petits ruisseaux vers la grande rivière, et il faut que les Mauriciens mettent leur ego de côté.

◆ La Terre s’épuise, le niveau de la mer augmente, la température aussi. La crise écologique est là. Y a-t-il de l’espoir ?

– Il y a toujours de l’espoir. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, dit le dicton. Je raconte cette anecdote à chaque fois : quand Maurice Piat a été ordonné cardinal, il y avait un cardinal italien qui avait fait le déplacement à Maurice. Il avait dit une phrase qui m’avait interpellé : “La Terre se renouvelle toujours pour s’adapter à sa situation. Il y a toujours de l’espoir.” Pour s’en sortir, il faut impérativement revoir le système éducatif et le modèle économique, qui doit se développer autour des écosystèmes marins et terrestres. Et c’est nous qui devons faire cela. Il faut que la force vienne de la société civile. C’est nous les patrons et nous sommes les seuls à définir la politique de développement. Messieurs les décideurs, vous êtes là pour servir et pas pour vous servir !