Les pluies torrentielles qui ont   frappé   Port-Louis, la capitale,  samedi  30 mars 2013,  faisant au moins 11  morts  et étant responsable  des dégâts sans précédent dans le centre ville, nous rappelle que le pire aurait pu se produire si le cataclysme avait eu lieu à la même heure un jour de semaine. Mais Port-Louis a connu pire dans son histoire vieille de 280  ans ; ce bref rappel vise à nous donner à réfléchir sur les solutions qui s’imposent  en vue de minimiser les dégâts.  
 Une chose est sûre : aucune agglomération portuaire  ne peut sortir indemne – bien qu’elle soit dotée de voies de canalisation sophistiquées – après avoir essuyé des pluies diluviennes  d’une telle intensité  en l’espace de deux heures seulement. Les pluies torrentielles qui ont frappé la Rio de la Plata en Argentine nous en offrent  un exemple  vivant.
Au demeurant on connaît la structure géologique sur laquelle s’est bâti Port-Louis ; cet ancien chef-lieu de l’Isle de France n’est qu’une cuvette, une caldeira avec comme ceinture la rangée de montagnes de Moka,  l’autre partie  de la ceinture volcanique  ayant sombré dans  l’océan  plus de 100,000 ans de cela (National Geographic Magazine avril 1956).
Lorsque le gouverneur Maupin décide en 1732 de transférer  le chef-lieu  de   la nouvelle colonie, du Port Sud-Est  (Mahébourg) à  Port-Louis pour des raisons stratégiques, le spectacle  qu’offre l’emplacement où doit s’élever la future ville n’est guère encourageant. « Un ravin marécageux que le ruisseau du Pouce a creusé  au milieu  de cet emplacement  se sépare en deux parties bien distinctes. Celle de gauche s’étend jusqu’au pied du Morne de la Découverte ; plus tard cette partie deviendra le principal quartier résidentiel. Celle de droite  s’étend jusqu’à la rivière des Lataniers ; c’est cette région qui deviendra plus tard le centre du commerce des affaires.»
On peut s’interroger sur la vétusté des canots avec des infrastructures dignes d’une époque  révolue  dans le centre ville pour l’écoulement des eaux venues de la montagne du Pouce et ailleurs. Malgré les innombrables débordements  causés par des pluies diluviennes  lors des  ouragans et autres averses causant mort d’hommes et d’énormes dégâts à  travers le temps, la ville, écrit en 1953 le professeur Thorton White dans son rapport, est restée pratiquement inchangée depuis le 18e siècle et ne repond plus aux exigences modernes ; et il fallait le revoir de fond en comble.
 Le Port des Mollusques, plus tard Port Nord-Ouest, qui fut préféré  au Port Sud-Est  (Mahébourg) et qui deviendra le chef-lieu de l’Isle de France, est un port naturel qui offre un accès aux navires de l’époque  vu l’absence de barrière de corail. En sus des eaux du Ruisseau du Pouce et autres ruisseaux subsidiaires, deux rivières à haut débit déversent leurs eaux dans la Grande Rivière Nord Ouest  et celle de Baie du Tombeau dans la baie. L’eau douce accompagnée de sédiments qui se retrouvent dans la baie ne favorisant pas la pousse de coraux, en cas de forte marée ou de mini-tsunami  vu l’absence de barrière de corail,  les vagues  pénètrent en profondeur dans le littoral en périodes de vive eau atteignant des distances bien au delà  l’Hôtel du Gouvernement.
 Bien des lieux du centre ville n’étaient que des marécages ; le Jardin de la Compagnie  qui borde le Ruisseau du Pouce  ne fut-elle pas connue comme Jardin de l’enfoncement ?  La chaussée Tromelin  du nom de l’ingénieur Tromelin est une des premières routes pavées construite après l’assèchement de cette région marécageuse.
Au demeurant, les canaux des Ruisseaux du Pouce  ont une double fonction : premièrement ils offrent  un  débouché pour que les eaux emportées par le ressac puissent  y pénétrer ; ce phénomène peut être observé deux fois par jour à marée haute.  C’est dire qu’en cas de forte marée ou d’ouragans  ces canaux qui traversent Port-Louis conservent toute leur importance.  Le pire se produit dans le centre ville lorsque des  pluies diluviennes coïncident avec la marée basse – c’est ce qui s’est produit lors des ouragans notamment de 1892, de 1945,  de 1960 et de 1992 ; idem pour la grande inondation de 1885 entre autres. Tout ceci pour dire que les canaux des Ruisseaux du Pouce   et autres  Ruisseaux des créoles, Ruisseaux La Paix et celles des Lataniers conservent toute leur importance et doivent  faire l’objet d’un entretien constant.     
L’historien Auguste Toussaint  reprenant le constat fait en 1953 par le professeur Thorton White écrit ceci : «  Les autorités semblent avoir adopté la formule asiatique,  c’est-à-dire un système de petites parcelles hétérogènes couvertes de bâtiments exigües ou bien adopter au contraire la formule en usage dans les pays les plus avancés impliquant l’érection de grands bâtiments fonctionnels à usage du commerce et de l’industrie avec des zones résidentielles séparées, le tout suivant un plan rigoureux ».
Il est fort probable que la construction en série des « gratte-ciel » aux structures bétonnées enfouies en profondeur   dans le centre ville – Air Mauritius, la Telecom Tower, la Sicom entre autres  buildings qui poussent comme des champions – gène la libre circulation des eaux  vers le Ruisseau du Pouce.  Un audit des parkings en sous-sol  de ces buildings est de mise en vue d’éviter d’autres calamités.
Quels enseignements tirer  après le  drame du samedi 30 mars ?  Une chose est sûre, il faut un vrai plan  pour assainir la situation  et non pas de demi-mesures. Port-Louis offre à bien des égards le spectacle d’une ville sans loi, et au fil des décennies la situation s’est dégradée.  Le spectacle de la partie comprenant la place Victoria,  la rue Dumas et la rue Jemmapes est des plus affligeants. Chacun fait ce qu’il peut pour désobéir aux règlements élémentaires…  En moins d’un demi-siècle l’anarchie règne en maître  et l’insalubrité ne choque plus personne. Il y a belle lurette que l’administration municipale n’est plus maître de la situation ; la politique politicaille a tout gâché !
 Saluons toutefois la décision des autorités de faire appel à de vrais experts  en la matière  pour un plan  d’assainissement de cette région de Port-Louis ; le coût de la mise en oeuvre des recommandations risque d’être onéreux…