Pourquoi mes frères et moi on est parti compte parmi les pièces d’Hedi Tillette de Clermont Tonnerre, une de celles qui ont été publiées et jouées à plusieurs reprises. Une écriture si vive et fluide, associée à une dynamique dramatique aussi époustouflante, exige des comédiens au tempérament bien trempé, si ce n’est sportif. Comme l’a laissé entendre Bernard Faivre d’Arcier, il n’a pas été facile de choisir pour le prix d’interprétation masculine entre les quatre frères… Mo, le dragueur frimeur, Dali, l’aîné médecin au chômage, Taco, le mélomane boulimique, et le benjamin, Nour, « mime international d’objets usuels ».
Ce dernier est joué par la comédienne Laura Chétrit, qui excelle en petit gars nerveux et déjanté, qui parle à son ballon et s’amuse à imiter des poignées de porte, des fers à repasser ou des cordes à linge ! Une manière assez singulière d’ironiser sur les rêves d’avenir que peuvent s’autoriser les ados dans les quartiers populaires…
Paul Antoine Chenoz a emporté la mise dans le rôle le moins flatteur et le plus délicat de cette pièce, celui du mauvais garçon qui a utilisé l’argent des médicaments de sa mère pour s’acheter un… Ghetto Blaster. Au cours de parties de foot qui « empêchent de penser aux murs », de ballades au bord des piscines réservées, d’errances au cimetière, dans les rues et les arrière-cours, chacun des frères prend la parole à son tour, énumérant un peu à la manière du rappeur ses déceptions, ses frayeurs, ses rêves et ses désirs. Ces jeunes sont « partis » dans leurs rêves, et Taco impressionne autant dans le numéro du garçon fasciné par la société de consommation que dans celui du frère coupable et désoeuvré.