Patrice Allet a récemment été nommé à la tête du diocèse adventiste de Maurice. Le temps d’un entretien, il nous parle de ses priorités. Il dit souhaiter, dans le contexte de la crise mondiale notamment, « travailler sur l’image d’une Église connue pour sa compassion ».
Quand avez-vous précisément été nommé président du diocèse adventiste ?
Les premiers contacts pour ma nomination ont été établis début mars. Mais ma prise de fonction a pris effet le 1er juillet. La cérémonie d’installation officielle a eu lieu lors d’un rassemblement spirituel national à notre collège de Phoenix, le 26 juillet, soit peu après mon arrivée des États-Unis.
Quelles sont vos priorités en tant que nouveau président du diocèse adventiste ?
Je viens à peine de terminer les exercices de passation de pouvoir. Et étant donné l’imminence de notre assemblée administrative générale, il m’a semblé important pour le moment de maintenir le cap de la précédente administration en renforçant les points forts et en concrétisant les projets en cours. Il s’agira de continuer la stratégie de réveil et de réforme spirituelle, qui est une initiative de notre oeuvre au niveau mondial en ce moment. Dans le cadre de la crise économique mondiale, je voudrais surtout travailler sur l’image d’une Église connue pour sa compassion et son engagement en faveur des nécessiteux : renforcer le ministère de l’Agence adventiste d’aide et de développement, le Secours communautaire adventiste, la Ligue vie et santé… J’aimerais promouvoir la réalisation de la compassion chrétienne dans des actions de bienfaisance simples et concrètes.
Dans le cadre des célébrations du centenaire de l’implantation de notre oeuvre à Maurice : avoir un moment de bilan sur la contribution de notre oeuvre dans l’île, ressaisir la passion et l’esprit d’engagement de nos pionniers et redécouvrir la force de l’identité de l’adventisme du 7e jour, de même qu’engager une réflexion sur une vision sur le long terme en vue des prochaines décennies tout en nous préparant pour le retour de Jésus.
Votre prédécesseur, Jean-Claude Alger, avait mis en place d’importants projets sociaux pour les Mauriciens, dont un centre de bien-être et la reconstruction du Rosie Le Même Home au coût de Rs 30 M. Il a eu un passage très riche et apprécié. Sentez-vous une pression par rapport à votre prédécesseur ?
Je suis très content que mon ami Jean-Claude Alger ait eu un ministère fructueux, qui a été dûment apprécié.  Le connaissant bien, cela ne m’étonne aucunement, car j’ai eu l’occasion de travailler à ses côtés dans l’Union des Églises adventiste du 7e jour de Nouvelle-Zélande et du Pacifique Sud, alors que lui était alors secrétaire général de la Mission de la Polynésie française et que j’occupais le poste de président de la Mission de Nouvelle-Calédonie. Tout comme à Maurice, il a aussi réalisé un excellent travail là-bas.  Il a mis en chantier différents projets avec le soutien du comité directeur du diocèse. Et j’espère que le changement de pilote ne me privera pas de la collaboration de mes associés dans la réalisation de ces projets lancés par mon prédécesseur à la suite d’une large consultation. J’espère aussi que mes 12 années d’expérience à ce poste ailleurs, l’avantage de ma formation pragmatique américaine et l’atout d’être un fils du sol m’aideront à relever ce grand défi, avec l’aide d’en haut.
Jean-Claude Alger était de Martinique et vous, vous étiez aux États-Unis pour préparer votre thèse de doctorat en théologie avant d’être nommé. Choisit-on toujours des personnes ayant évolué à l’étranger pour être président du diocèse ?
Pas nécessairement. Dans le passé, nous avons eu plusieurs Mauriciens ayant fait carrière ici et qui ont été appelés à la présidence du diocèse. Cependant, à la suite de la nature mondiale de notre oeuvre, il y a eu un grand partage de compétences, ce qui apporte une certaine richesse au développement de notre Église, qui est implantée dans plus de 200 des 232 et régions de monde reconnus par les Nations unies. Nous sommes plusieurs Mauriciens à avoir des postes à hautes responsabilités à travers le monde, aux États-Unis, en France, au Canada, en Australie, en Afrique et ailleurs. Il y a peut-être eu un désir de faire revenir quelqu’un d’ici du fait de la célébration du centenaire de l’implantation de notre oeuvre. Comme j’étais disponible au moment de l’appel, le choix est tout naturellement tombé sur moi.
Avez-vous terminé votre thèse de doctorat ?
Tout le travail de rédaction est terminé et approuvé. J’attaque en ce moment les petites retouches en vue de l’exercice de défense orale, qui est prévu pour fin octobre.
Avez-vous effectué toute votre formation théologique aux États-Unis ?
Non. Une partie de ma formation jusqu’au niveau de la licence s’est faite dans le cadre du séminaire adventiste de l’océan Indien, rue Palmerston, à Phoenix, et ce sous la direction du Dr Jacques Doukhan, qui m’a d’ailleurs inspiré l’amour de la recherche. Mais tout le reste s’est en effet fait aux États Unis.
Quelles sont les différences majeures entre l’Église catholique, l’Église anglicane et l’Église adventiste ?
C’est une question un peu complexe qui nécessiterait une réponse élaborée.  J’aurais aimé plutôt parler de ce qui nous rapproche, à savoir la foi dans le salut en Jésus-Christ seul, qui est l’essence de toutes communautés dites chrétienne. Nous sommes avant tout une Église évangélique qui voudrait retrouver l’héritage biblique dans sa simplicité, loin des traditions humaines qui se sont superposées à l’écriture au fil des siècles. En tant que mouvement prophétique, dans la tradition du prophète Elie et Jean le Baptiste, qui croit passionnément dans le retour prochain de Jésus, nous voulons partager la bonne nouvelle de ce retour au plus grand nombre. Comme notre nom le suggère, il y a un retour vers le sabbat du 7e jour, tel que l’idéal d’Eden dans la Genèse le suggère. Et ce contexte motive aussi tout un style de vie qui veut promouvoir un esprit sain dans un corps sain.
Jean-Claude Alger avait animé une réunion il y a quelque temps pour les jeunes sur « le mariage pour tous ». Est-ce à dire que l’Église adventiste est pour le mariage pour tous ? Pouvez-vous nous préciser votre position ?
C’est une question qui est en effet très débattue du fait de l’actualité du sujet.  Je ne connais pas tout à fait la teneur des discussions engagées par mon prédécesseur mais, théologiquement, vu notre volonté de retrouver le plan de Dieu pour le couple en Eden, nous prônons bien sûr le mariage hétérosexuel.
L’an prochain, l’Église adventiste fêtera son centenaire. Qu’est-ce qui est prévu pour cette célébration ?
Nous comptons faire venir un historien de notre Église pour un atelier sur le sens de l’identité d’un adventiste du 7e jour. Il est également prévu qu’on organise plusieurs activités, notamment  : une exposition photographique retraçant les événements marquants de ce centenaire, le lancement d’un livre sur l’histoire du mouvement adventiste à Maurice, une grande réunion de tous ceux ayant contribué à notre oeuvre – et qui sont aujourd’hui éparpillés à travers le monde –, une cérémonie d’action de grâce en présence de dignitaires du pays en avril prochain, un méga concert Gospel par nos jeunes, en collaboration avec quelques artistes venus de l’étranger et, finalement, l’inauguration d’un Centre de santé (Health and Hope Centre) à Phoenix.