Le romancier Patrick Modiano devient le quinzième Français à recevoir le prix Nobel de littérature. Il succède à la nouvelliste Alice Munro et remporte la récompense d’environ 878,000 euros. Son nom figurait parmi les favoris au prix depuis de nombreuses années.
Modiano a été récompensé pour l’art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines et dévoilé le monde de l’Occupation. Ses livres se répondent les uns aux autres, a expliqué le secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise, Peter Englund, à la télévision publique suédoise SVT, qualifiant l’auteur de Marcel Proust de notre temps.
“Cela me semble un peu irréel parce que je me souviens de souvenirs d’enfance, même Camus, je devais avoir 12 ans, et puis d’autres”, a dit le romancier lors d’une conférence de presse chez son éditeur Gallimard, à Paris. “Cela me semble un peu irréel d’être confronté avec des gens que j’ai admirés. C’était comme une sorte de dédoublement avec quelqu’un qui s’appelait comme moi […] Tout cela a été un peu abstrait.”
Antoine Gallimard pensait qu’il aurait fallu attendre trente ans pour qu’un autre Français soit couronné par le Nobel après Le Clézio. Et aussi que ce prix récompensait plutôt des livres qui brassent les époques, les événements. L’oeuvre de Patrick Modiano est un jeu de piste permanent, où rien n’est laissé au hasard. Un critique littéraire avait relevé qu’au moins cinq personnages, issus de cinq romans, logeant à cinq adresses différentes, partageaient un seul numéro de téléphone : Auteuil 15-28. Le romancier français a centré toute son oeuvre sur le Paris de la Seconde Guerre mondiale, dépeignant le poids des événements tragiques d’une époque troublée sur le destin de personnages ordinaires.