S’il dirige aujourd’hui des musées de Nice, Louis Mézin a été aussi le conservateur qui a créé le musée de la Compagnie des Indes à Lorient. Aussi a-t-il entre autres choses participé à la restauration du bâtiment de la compagnie française des Indes à Chandernagor. Aussi a-t-il donné plusieurs conférences en décembre, sur une invitation de l’ambassade de France sur les premiers actes de mondialisation du commerce qu’ont représenté les compagnies des Indes.
Le développement des relations de commerce avec les Indes illustre bien les préoccupations de l’homme de la Renaissance qui s’intéresse particulièrement à son environnement, à la terre, à la géographie et à la perspective qu’il découvrira pour représenter le monde. Aussi au tout début, ce qui n’était pas l’Europe était les Indes, orientales ou occidentales…
Le conférencier a retracé les différentes implantations des compagnies des Pays-Bas, du Portugal, de France et d’Angleterre sur la grande péninsule indienne, que ces colons se sont partagés à leur manière jusqu’à ce que le Royaume-Uni en prenne largement possession. Les peintres anglais Thomas (1749 — 1840) et Wiliam (1769 — 1837) Daniell ont d’ailleurs réalisé en peinture et en gravure de nombreuses vues des villes et monuments de l’Inde conquise à la fin du XVIIIe siècle, leurs meilleurs tableaux faisant partie des collections du musée maritime de Londres, à Greenwich.
Récemment, le photographe italien Antonio Martinelli a eu l’idée de revenir sur les mêmes sites et de les photographier avec les mêmes angles de vue. Le livre présentant ce travail est sorti en 1998 chez Citadelles et Mazenod, avec en couverture la photographie du Taj Mahal et le tableau réalisé deux siècles auparavant.
Louis Mézin nous fait aussi remarquer que cette proximité de l’Angleterre et de l’Inde ont trouvé écho dans les styles au sein des « company schools », en développant un art de commande souvent marqué par des sujets culturellement mixtes. Les meubles de la Compagnie française des Indes sont créés en bois d’origine de La Réunion, de Maurice et d’Inde, par des artisans de ces pays. Mais leurs formes sont héritées du XVIIIe siècle français avec des ajouts décoratifs exotiques. Ils remplaçaient le mobilier français dont le bois ne résistait ni au climat ni aux insectes tropicaux. Le musée de la compagnie des Indes de Lorient présente nombre d’entre eux qui ont été exhumés d’un dépôt du musée du Quai Branly.
Une des illustrations montrées pendant cette conférence intrigue quant à elle par son caractère satirique et moqueur. Ainsi, l’assiette des actionnaires représente-t-elle un actionnaire floué et désabusé en raison des fluctuations financières du commerce mondial. Comme quoi les premières manifestations de ce que nous appelons aujourd’hui la crise financière, ont été générées par le développement des compagnies des Indes, qui signaient en quelque sorte le premier acte de mondialisation de l’histoire. Cette assiette fait partie d’une série de six réalisées en porcelaine de Chine.
Elle montre l’envers de l’allégorie du commerce souvent représentée à cette époque tenant sa corne d’abondance à la main, avec, à ses pieds, l’étalage des richesses venues de toutes les contrées du monde. En France, la Révolution puis l’ère napoléonienne feront disparaître toute référence à la compagnie des Indes et aux pays où elle était implantée.