Le galériste parisien Michel Dauberville, qui a rassemblé la plus importante collection de tableaux d’Hervé Masson — à titre personnel ainsi que dans le cadre de la galerie Bernheim Jeune, qu’il préside — réitère son offre de donation à l’État mauricien, à la faveur du projet de galerie nationale qui commence à prendre forme. Aussi a-t-il mandaté Barbara Luc et Brigitte Masson, qui ont remis hier après-midi au Premier ministre un dossier présentant le contenu de cette donation et les conditions qui y sont liées.
« Je donne au peuple mauricien douze oeuvres du peintre mauricien Hervé Masson pour les collections de la Galerie d’Art Nationale ». Michel Dauberville, président de la galerie parisienne Bernheim Jeune, signe cette phrase dans une lettre adressée au Premier ministre mauricien. Ce grand collectionneur français a mandaté Brigitte Masson, la fille d’Hervé Masson, et Barbara Luc, restauratrice de tableaux et spécialiste de la peinture mauricienne, pour réitérer cette offre auprès du PM à l’occasion du projet de galerie d’art nationale, pour laquelle les architectes sont en cours de recrutement.
L’exposition Rétrospective Hervé Masson avait, en 2005, d’ores et déjà amené Michel Dauberville à proposer une part de sa collection personnelle en donation à l’État mauricien. À l’époque l’idée de créer une galerie nationale pour accueillir ce type de tableaux était en gestation. Aussi, le galériste avait-il indiqué que sa proposition prendrait effet du jour où l’État serait doté d’un lieu d’exposition et de conservation apte à préserver l’intégrité de ces tableaux et à les mettre en valeur auprès du public.
Heureux d’apprendre que le projet de galerie nationale pourrait prendre prochainement forme, le galériste a tenu à réitérer sa proposition auprès de l’actuel Premier ministre, en rappelant toutefois les conditions qui y sont attachées. Ainsi les douze oeuvres qu’il se propose d’offrir doivent-elles absolument rester inaliénables, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent être cédées à quiconque autre que l’État mauricien.
Elles iront directement dans la galerie d’Art Nationale lorsque ce musée sera équipé des techniques modernes de conservation (en matière de taux d’humidité, de température et de lumière notamment) afin qu’elles ne soient pas stockées dans un lieu impropre à leur conservation en attendant. Aussi un minimum de cinq oeuvres devront-elles être présentées de manière permanente, accompagnées d’un cartel portant la mention : « Don de son ami Michel Dauberville de la Galerie Bernheim-Jeune – Paris. »
« Une part de moi-même »
Comme Barbara Luc l’a souligné en présence du Premier ministre, hier dans l’après-midi, cette initiative permet de ramener des oeuvres d’une grande valeur esthétique à Maurice et ainsi de mieux faire connaître ici ce peintre majeur du pays. La lettre de Michel Dauberville dit encore de manière fort émouvante : « L’acquisition de chacune de ces oeuvres a représenté pour moi un grand sacrifice financier. En faisant cette donation, c’est une part de moi-même que je vous offre afin d’enrichir les collections de la Galerie d’Art Nationale tant espérée. Mon souhait est que ma donation suscite de nombreuses vocations de mécènes et donateurs. »
Le dossier qui accompagne cette lettre comprend les précisions indispensables sur les oeuvres, leur photographie, de précieux documents d’archives et plusieurs tirages des différents portraits photographiques que Michel Dauberville avait lui-même pris d’Hervé Masson. Une copie de ce dossier a également été remise au responsable de la cellule Culture et Avenir, Alain Gordon Gentil, qui oeuvre à la création de la Galerie d’art nationale mauricienne.
Fin connaisseur des arts du XXe siècle, Michel Dauberville avait d’ores et déjà prêté une part importante des tableaux qui ont été montrés pour la première fois au public mauricien, au Mahatma Gandhi Institute lors de l’exposition rétrospective qui a été consacrée à Hervé Masson en 2005.
Bien que le peintre mauricien n’ait été sous contrat avec la galerie Bernheim Jeune que quelques années avant son départ pour Maurice à l’aube des années 70, Michel Dauberville n’a cessé depuis 1961 de suivre et collectionner ses oeuvres avec la fidélité d’un ami respectueux et admiratif, tant pour nourrir sa collection personnelle que pour la galerie qu’il dirigeait.
Un des douze tableaux de la donation qu’il se propose de faire a d’ailleurs été acquis récemment, en raison de sa rareté (Les filles de la nuit). Cette galerie parisienne, qui compte parmi les plus renommées, a pendant cinq générations encouragé de grands peintres. Elle a notamment eu sous contrat des artistes tels que Matisse, Bonnard, Utrillo, Dufy. Elle a également travaillé avec Cézanne et Renoir.
Le département du PMO Culture et Avenir procède actuellement au recrutement des architectes qui oeuvreront à la rénovation de l’ancien hôpital militaire. Cinq propositions auraient pour l’heure été retenues à cette fin. Premier bâtiment d’importance construit par Mahé de La Bourdonnais, l’hôpital militaire a vu le jour en 1740, ce qui en fait le plus ancien complexe de la capitale. La Galerie d’art nationale, qui devrait ouvrir ses portes en 2013, comportera une collection permanente, un espace d’expositions temporaires, un espace d’animation pour le jeune public, ainsi qu’une bibliothèque et une boutique.