D’ ici deux à trois ans, Maurice disposera de son premier Musée des Esclaves. Outre le site, un budget de quelque Rs 100 M, selon nos informations, a été alloué à ce projet qui a récemment reçu l’ aval du conseil des ministres. Situé au sein de l’ ex-Labourdonnais Military Hospital à côté du site de l’ Aapravasi Ghat, l’Intercontinental Slavery Museum, découlant d’ une des recommandations clés du rapport de la Commission Justice et Vérité – instituée pour enquêter sur l’ histoire de l’ esclavage et de ses conséquences à Maurice -, permettra plus de visibilité à l’ esclavage et à la traite négrière dans l’ océan Indien, tout en soulignant la contribution de la diaspora africaine dans la construction de Maurice. En marge de la création de ce musée de l’ esclavage, trois ateliers consultatifs, à l’ initiative du Centre for Research and Slavery and Indenture (CRSI) en collaboration avec le centre Nelson Mandela pour la culture africaine, le Morne Heritage Trust et le Mauritius Museums Council, ont eu lieu le 12, 13 et 14 avril à Réduit, au Morne et à Mahébourg, autour du thème «Slavery Museums : memoralisation perspectives – Mize Esklav : memwar nou zanset», avec l’ objectif de “de recueillir les opinions du public concerné et associé à l’histoire de l’esclavage”.
Le projet de musée à Port- Louis est une des recommandations du rapport de la Commission Justice et Vérité (2011) : “One of the recommendations of the Commission is that appropriate memorialization of slavery and the slave trade is necessary in visible and strategic locations. Although a Museum is projected in Le Morne devoted to Maroonage, it is important that the capital city have the strong visible presence of memory of slavery, especially as the city in the 18th century was built by slaves for the most part.”
L’Intercontinental Slavery Museum, qui servira de Siège, reliera ainsi les pays — dont Maurice, le Mozambique et Madagascar — qui faisaient partie du réseau relatif à la traite des esclaves pendant les 18e et 19e siècles. D’autres musées satellites seront mis en place dans d’autres régions du pays liées à l’esclavage, ainsi que dans d’autres pays de l’océan Indien.
Depuis septembre 2015, ce projet d’envergure nationale et internationale a été constitué à la suite des recommandations du comité ministériel, présidé par le vice-PM Xavier Duval, au ministère des Arts et de la Culture pour l’identifi cation de sites/terres à Port-Louis ou au Morne en marge de la construction d’un musée. Le comité avait également recommandé au ministère de tutelle de commencer à “acquire exhibits to be displayed therein.”
Études de l’esclavage et de la traite négrière
À la suite d’une visite du site par les offi ciels du ministère et d’autres stakeholders au début de l’année dernière, il a ainsi été décidé que de par ses caractéristiques, l’ex-Labourdonnais Military Hospital, qui appartient à la Mauritius Ports Authority (MPA), constitue le site idéal pour abriter le musée des Esclaves (voir hors-texte). Au même titre que l’Aapravasi Ghat, tout ce qui est attaché à ce bâtiment est un lieu de mémoire qui, d’après l’histoire, relie Maurice à Madagascar et au Mozambique. C’est dans cet esprit que le terme Intercontinental Slavery Museum avait été recommandé dans le rapport de la Commission Justice et Vérité.
La participation du National Archives Department et du Mauritius Museums Council a été sollicitée pour la constitution de la collection de l’Intercontinental Slavery Museum où seront mis à la disposition rapports, textes juridiques, recensements, lithographies, photos, documents d’état civil, ainsi que cartes et plans liés à l’esclavage.
Ce musée permettra d’étudier l’esclavage et la traite négrière dans l’océan Indien ; de rassembler, recueillir et conserver les documents sur l’esclavage ; de créer un catalogue d’objets liés à l’esclavage et de les préserver. Dans cette optique, le ministère des Arts et de la Culture a lancé, en 2015, une expression of interest pour obtenir des objets qui feraient partie de la collection du musée. Dès son inauguration, une exposition permanente et des expositions régulières y seront organisées. Le musée devrait également servir à la promotion du développement circulaire, à la recherche scientifi que, ainsi qu’à la production de matériels didactiques et pédagogiques. En attendant la création d’un musée du marronnage au Morne, comme prévu dans le Management Plan of Le Morne Cultural Landscape World Heritage Site, une section du musée y sera consacrée.
En février dernier, le ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, a eu un premier contact avec les responsables de l’International Slavery Museum, du National Museum à Liverpool, du Wiberforce House Museum (Hull) et du National Museum of Scotland. Plusieurs pays ont déjà sollicité l’aide de ces deux institutions britanniques pour la mise en place de projets similaires et leur expertise en matière de conservation, restauration, ainsi que gestion et préservation des objets qui y sont exposés. “Ce musée se veut être un espace de réfl exion, de partage et de recherche, un édifi ce consacré à l’esclavage et qui retrace les pages de deux siècles d’histoire”, indique Dan Baboo. Ainsi, dit-il, l’Intercontinental Slavery Museum permettra de conserver vivante la mémoire de la traite négrière sur l’axe Maurice-Madagascar- Mozambique. “Je pense qu’il est important que les générations futures sachent comment les descendants d’esclaves ont contribué à la construction de l’île Maurice”, ajoute le ministre.
Lors de l’ouverture des ateliers consultatifs la semaine dernière, Dan Baboo a fait ressortir que la mise sur pied de ce musée, après l’inscription de l’Aapravasi Ghat et du paysage culturel du Morne sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, la création d’un musée des esclaves et un autre consacré au marronnage, ne peut être qu’”une suite logique dans notre devoir d’honorer les victimes de l’esclavage. Cela a une portée symbolique. Celle du devoir de mémoire. Il est impératif que les générations futures sachent comment les descendants d’esclaves ont contribué à la construction de Maurice et sont devenus de grands fi ls du sol en contribuant à l’avancement du pays”.