Les parents de Marie-Rose Perrine étaient des travailleurs engagés de Rodrigues venus en 1933 pour renforcer la main-d’oeuvre sur les propriétés sucrières réunionnaises. Ils ont aussi été les seuls mariés rodriguais de l’île à l’époque avant de mettre au monde la petite Marie-Rose Prudence. Ils faisaient partie des rares familles avec les Perrine et autres Larose à avoir décidé de rester à La Réunion, contrairement à la majorité de leurs compatriotes qui ont préféré retourner au pays natal. Aujourd’hui, patiemment et avec émotion, Marie-Rose témoigne de son passé dans les calbanons de La Cafrine, où elle allait rencontrer l’amour de sa vie, Noël Perrine.
Marie-Rose Prudence est née en 1941, à Montvert, huit ans après que ses parents soient arrivés de Rodrigues à La Réunion comme travailleurs engagés. Elle arrivera enfant aux calbanons de La Cafrine. Son futur époux, Noël, avait quant à lui onze mois quand ses parents, Noéline Edouard et Johanes Perrine, ont débarqué en août 1933 à La Réunion, à Rivière des Galets, avec lui, son frère et sa soeur. Ils ont pu écourter leur séjour de quarantaine au lazaret de la Grande Chaloupe. Marie-Rose Perrine nous raconte qu’arrivés un 10 août, ces fervents catholiques n’imaginaient pas passer la fête du 15 août dans l’isolement sanitaire. Aussi leur a-t-il été accordé de rejoindre plus rapidement le lieu où ils allaient travailler.
Les Rodriguais ont été les derniers travailleurs engagés de La Réunion, presque dix ans après que ce système ait été démantelé à Maurice. Les cours particulièrement élevés du sucre ont amené les propriétaires réunionnais à étendre cette monoculture, ce qui a engendré très vite le besoin d’une main-d’oeuvre supplémentaire. Ils se sont tournés vers les Malgaches dans les années vingt avant, la décennie suivante, de jeter leur dévolu sur la lointaine et autarcique Rodrigues. De ce que ses parents lui ont raconté, Marie-Rose a retenu que les Rodriguais vivaient particulièrement isolés, dans un sentiment d’abandon. On commerçait beaucoup par le troc à l’époque. Aussi, lorsqu’un certain Monsieur de la Giroday est venu sur le parvis de l’église de Petit Gabriel, faire miroiter un avenir en pièces sonnantes et trébuchantes, l’auditoire n’y a pas été insensible. Pour ces agriculteurs qui vivaient de la pêche et de l’élevage, le fait de gagner un salaire pendant les trois ans de contrat était un argument de poids. Un Rodriguais, Charles Félicité, s’est chargé de relayer ces propositions dans le pays. Les recruteurs présentaient La Réunion comme un pays d’abondance avec une mer poissonneuse et beaucoup de gibier, mais c’est surtout l’argent qui a motivé le grand départ. Leur bateau suivait le trajet habituel des lignes de la marine marchande et il a fallu faire escale au Mozambique, au Kenya, à Madagascar (etc.) avant d’arriver enfin à La Réunion.