Depuis neuf ans, les décideurs chipotent sur les dépenses onéreuses pour la remise à neuf du Théâtre du Plaza. Entretemps, le lieu se dégrade à vue d’oeil, malgré la réfection de sa toiture au coût de Rs 83 M. Mais il faut être à l’intérieur pour prendre la mesure de l’aggravation de l’état de ce monument historique, comme le démontrent les photos prises hier par Le Mauricien. Un décor à la fois choquant et attristant. Le maire des Villes-Soeurs reconnaît qu’il y a urgence, mais avoue que la municipalité seule ne pourrait sauver le théâtre. Le défi du nouveau conseil est de trouver les fonds requis.
Le Théâtre du Plaza n’est pas opérationnel depuis 2004 et, à cette époque, le conseil municipal avait déjà un plan pour la restauration de cet édifice, qui figure sur la liste nationale des monuments historiques, et finalisait les détails pour le lancement de l’appel d’offres pour la réalisation de ces travaux. Selon les calculs du conseil d’alors, les travaux devaient démarrer en février 2005, et la réouverture du Théâtre était programmée pour 2007. Mais les élections municipales de 2005 ont changé complètement la donne. James Burty David, le ministre des Administrations régionales, n’avait pas autorisé le conseil municipal de Beau-Bassin / Rose-Hill à poursuivre les procédures pour le lancement de l’appel d’offres, trouvant « exagéré » le coût du projet, soit une somme de Rs 230 M. Sept ans après, le théâtre est toujours fermé pour cause de rénovation ! Et pourtant, ce projet a été mentionné dans tous les discours des maires qui se sont succédé à la municipalité de Beau-Bassin / Rose-Hill depuis 2005.  
Le précédent conseil municipal, qui a gouverné durant sept ans et qui était pourtant d’affinité avec le gouvernement central, n’a pu aller plus loin que la réhabilitation de la toiture entreprise en 2009, même si c’était certes un gros morceau. L’ancien conseil a eu le mérite d’avoir réparé la toiture, qui était la partie la plus fragile de l’édifice, mais le soulagement des amoureux de ce théâtre est de courte durée puisque la toiture suinte encore à certains endroits. Pendant le passage de Dumilé, des travailleurs municipaux ont installé des seaux dans le foyer du théâtre ainsi que dans la salle des fêtes… Des traces d’eaux pluvieuses sur le sol et aux faux plafonds étaient encore très visibles hier. Des employés familiers aux rouages de ce théâtre ne sont guère étonnés de ces failles puisqu’il n’y a pas eu, font-ils remarquer, de plan de maintenance de la nouvelle toiture. « Il aurait fallu mettre en place un calendrier de maintenance bien méthodique et bien scientifique pour ne pas tomber dans les mêmes travers », suggère l’un d’entre eux.
Ce qui choquait le plus en entrant hier dans ce théâtre, qui aura, signalons-le, 80 ans l’an prochain, c’est le déclin de l’environnement. L’intérieur fait peine à voir. En attendant le début des travaux de rénovation, le théâtre semble un endroit abandonné. Il est sale et l’odeur de la moisissure est vive. Partout, les faux plafonds des balcons se détachent et représentent un danger réel pour ceux qui osent s’aventurer dans les différents coins. Certains employés ont jugé que cet espace vide pouvait être utilisé à d’autre fins, comme par exemple à entasser de  vieux documents administratifs, devenus encombrants dans des bureaux étroits. C’est ce qu’on découvre en effet à même le sol, à l’angle d’un escalier menant au premier étage.
Le maire, Toussaint André, qui est conseiller de cette ville pourtant depuis plus de vingt ans, a été quelque peu déconcerté par le cadre dégradant qu’il a découvert en visitant le théâtre avant-hier. La rénovation de cet édifice figure parmi les priorités de son mandat de deux ans et il a voulu faire un constat de la situation en compagnie des cadres municipaux le  premier jour ouvrable des bureaux pour 2013. « Lorsque nous avons quitté la mairie en 2005, le théâtre n’était pas en si mauvais état. Il y a eu au fil de ces sept dernières années une nette dégradation de la situation », dit-il. « Il faut mettre tout le monde on board pour sauver le théâtre », poursuit-il.
L’alliance MMM-MSM a fait de l’état de décrépitude de ce théâtre un des  thèmes forts de sa campagne électorale aux dernières municipales. Malgré les bonnes intentions de la nouvelle équipe  dirigeante de la ville pour redonner au Plaza, comme elle aime à le dire depuis son installation, « ses lettres de noblesse », sans argent, on ne va pas bien loin. Or, c’est ce qui a fait défaut jusqu’ici aux différents conseils municipaux durant la période 2000 – 2012. Valeur du jour, le coût de la  rénovation de l’ensemble du bâtiment – qui abrite le théâtre, la salle des fêtes et les bureaux administratifs – avoisinera les Rs 450 M. L’arrêt des travaux après la réfection de la toiture résulte principalement du manque de fonds.
Comment le maire compte-t-il procéder après son constat de jeudi dernier ? « Il va falloir nommer un comité pour travailler sur ce projet », annonce Toussaint André. Il est rassurant d’entendre ce dernier dire que le nouveau conseil ne compte pas jeter à la poubelle toutes les précédentes études entreprises par différents professionnels. « Il faut prendre connaissance de toutes les études de faisabilité qui ont été faites ces dernières années et des travaux de la Fondation Plaza. Et à partir de là, élaborer une stratégie. Nous allons nous concentrer aussi sur les sources de financement possibles », explique le maire.
Les députés de Beau-Bassin et de Rose-Hill vont donner un coup de main dans ce travail de réflexion. Mais le nouveau conseil est lucide quant à l’impossibilité  de s’embarquer d’un seul coup dans la rénovation totale du bâtiment à cause des contraintes financières. « Nous allons procéder par phases », souhaite  le maire, qui pense que la rénovation de la salle des fêtes semble réalisable cette année. La location de cette salle municipale par la suite représentera une source de revenus importante dans les caisses municipales. « L’argent de la location nous aidera à constituer un fonds pour la rénovation du Théâtre », explique T. André. Cette salle des fêtes, avant sa fermeture, rapportait pas moins de Rs 1,5 M par an dans les caisses municipales. En 2004, le prix de la location se situait dans la fourchette de Rs 8 000 à Rs 10 000, dépendant du nombre d’heures. Une fois rénovée, le prix de la location de la salle doublera certainement, voire triplera. Mais pour sa remise à neuf au goût beaucoup plus moderne, la municipalité va devoir investir une somme de Rs 40 M… nettement moins lourde que Rs 450 M.