À partir de demain, il n’y aura qu’une seule saline à Tamarin, celle des Maingard. Les deux autres, appartenant à la société Mont Calme de la famille de Ravel, n’opéreront plus. Celle de Petite Rivière-Noire est fermée depuis le 15 septembre. Il est prévu que les 19 employés de La Mivoie effectuent, demain, leur dernier jour de ramassage de sel. Un pan d’histoire tombe avec l’arrêt des opérations de ces deux salines dont le directeur affirme ne plus pouvoir opérer en raison de difficultés financières. Pour renflouer ses caisses, la société compte sur l’exploitation d’un centre commercial et d’un complexe résidentiel dont la construction suscite de vives polémiques, car détruisant ce que les opposants et de nombreux Mauriciens considèrent comme un patrimoine national. À ce stade, des rumeurs circulent à l’effet que ce projet, qui devait aussi voir l’installation d’un supermarché sur 10% du site, ne verrait pas le jour de sitôt. Certains locataires se seraient déjà désistés.
Depuis une semaine, la tristesse a gagné le village de Tamarin/Rivière-Noire. Les habitants et autres habitués de la région se désolent du spectacle affligeant qu’offrent les Salines de Petite Rivière-Noire. Pas âme qui vive. Pourtant, il y a une semaine, des employés – 6 femmes et 8 hommes – étaient au poste, ramassant encore du sel. Mais ils ont été informés que le 15 septembre serait leur dernier jour de travail. L’employeur, Marc de Ravel, est venu à leur rencontre et leur a remis leur dû pour le mois et également leur boni de fin d’année. Ils n’ont, toutefois, pas perçu la compensation salariale qui leur est due car ayant refusé, lors d’une réunion tenue il y a un mois, de signer leur feuille de route. Ces employés se sont rendus au bureau du Travail pour s’enquérir de la situation et déposer leurs griefs.
Compensation dérisoire, déplorent les employés
Si les Salines ferment, disent-ils, ils doivent néanmoins être compensés à la hauteur de leur dur labeur, pour certains effectué pendant plus de 40 ans. Or,  la compensation qui leur est proposée s’élève à 6 jours par année de service pour ceux ayant effectué moins de 9 ans, à 10 jours pour ceux ayant effectué 10 ans de service, et à 15 jours pour ceux ayant 15 années ou plus de service à leur actif.
Les employés des Salines de Rivière-Noire ne comprennent pas le manque de considération humaine de leur employeur à leur égard. «Nou finn don nou létemps, nou lavie pou ça travail-là. Comié lanés nou fin bizin lévé 3-4h dimatin pou alle ramasse disel!? Li fer leker fer mal kan ou guette zordi missié pe guette nou couma dire nou nanien ditou!», disent-ils. D’où leur recours au bureau du Travail. Les employés de La Mivoie Tamarin devraient également se rendre, mardi, au bureau du Travail de Bambous. Ils attendent de parler à qui mettra fin à leur emploi demain, en leur payant leur dû pour le mois et également leur boni de fin d’année, comme ce fut le cas pour les employés de Petite Rivière-Noire.
S’il a été suggéré à ces ramasseurs de sel d’aller prendre des cours en vue d’un recyclage, ces employés, dont certains ont presque la soixantaine, se disent désespérés de trouver un emploi. Surtout en cette période de l’année. «Eski patron pou employé dimoun deux mois avant la fin l’année? Kot nou pou gagne travail ça période-là? Et surtout ki nou pa conne fer lot kitsoz. Aster 55-58 ans, ki nou pou ale appran? Ki métier nou pou ale appran? Ki sann-là pou pran enn dimoun ki pou ale pran pension dans un an, deux ans?», se demandent-ils. Avec amertume et tristesse, ils déplorent le peu de considération qu’a eu la société Mont Calme pour ses employés. S’ils comprennent que la société fait face à des difficultés financières, car «missié-là fin explik nou ki disel napli gagne vendé à coz importation inn libre aster», ils ne cachent pas leur peine de voir disparaître le patrimoine des Salines, à l’instar de nombreux Mauriciens.
D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, les commentaires affluent sur la page du comité SOS Les Salines qui – depuis l’annonce de la fermeture des Salines de La Mivoie pour faire place à un complexe commercial, dont auraient fait partie le supermarché Winners et un complexe résidentiel – multiplie les démarches pour que Les Salines soient décrétées patrimoine national.
Lors d’une rencontre avec les opposants de son projet, il y a quelques mois, Marc de Ravel avait expliqué aux contestataires que «Les Salines  de Rivière-Noire ne disparaîtront pas complètement.» Exposant la situation financière précaire dans laquelle se retrouve sa société et la nécessité urgente de développer un autre créneau pour survivre, le propriétaire des Salines de Rivière-Noire avait donné l’assurance que son projet conservera 25 à 30% des Salines, notamment en bordure de route, avec la Route du Sel et la boutique. L’architecture des bâtiments, qui sont prévus d’être construits sur ces grands carrés de pierres taillées – qui conféraient un cachet pittoresque et unique à cette partie du pays –, se fera dans le respect du paysage de Tamarin, avait-il assuré. Il avait également soutenu qu’il n’y a pas moyen de faire marche arrière. D’où son projet de développement, qui a obtenu l’aval du Conseil de District.
Cependant, si le délai pour faire appel de cette décision était déjà expiré, lors de leur rencontre avec Marc de Ravel, en présence du directeur de Winners, Nicolas Merven, les membres du comité SOS Les Salines n’ont pas caché leur inquiétude en ce qui concerne l’avenir d’un autre centre commercial dans la région. Région qui est déjà saturée par le nombre d’enseignes qui se sont installées, mais dont l’activité ne décolle pas, avaient-ils fait ressortir. Marc de Ravel s’est dit sûr que son projet de centre commercial a de l’avenir dans la région.
Rumeurs
Or, à ce stade, des rumeurs circulent à l’effet que ce projet n’irait pas de l’avant de sitôt. Non pas en raison de démarches administratives, mais parce que certains locataires se désisteraient. Nous avons essayé, en vain, d’avoir confirmation de l’information auprès du directeur du projet Marc de Ravel. Et au niveau des locataires, nul n’a voulu s’aventurer à nous en dire plus, indiquant qu’il s’agit avant tout du projet de la société Mont Calme et qu’ils en étaient tributaires.  Affaire à suivre.