En vue de redynamiser les proverbes et sirandanes mauriciennes en tant que pratiques sociales et culturelles, le Creole Speaking Union (CSU) avec le soutien du ministère des Arts et de la Culture, a sorti un livre intitulé « Proverb ek sirandann Répiblik Moris ». Il s’agit d’une première liste de 50 proverbes et 50 sirandanes, expliqués, traduits en anglais et en français et illustrés en couleurs.
C’est un bel ouvrage de 160 pages que le CSU offre à la population locale et étrangère. Une invitation à entrer dans le jeu des « sirandanes » et de la poésie des proverbes mauriciens depuis le début de son histoire à nos jours sans pour autant que cette liste soit exhaustive.
Dans une déclaration au Mauricien, M. Carpooran indique qu’il s’agit d’un travail initial. « Il vise à inclure les anciens proverbes et sirandanes mais aussi ceux qui ont vu le jour dans la République de Maurice. » Arnaud Carpooran souligne que le projet a pour base un travail déjà effectué par Charles Baissac dans les années 1880. « Il y a deux ans, les étudiants des première et deuxième années d’études créoles de l’université de Maurice avaient pour tâche de vérifier si le sens de ces proverbes et sirandanes était connu de leurs parents et de ceux qui font partie de leur environnement propre ou s’il leur était familier. » C’était dans le cadre de la préparation du dictionnaire des proverbes. Le projet est en cours de réalisation.
Arnaud Carpooran affirme : « Nous avons réfléchi pendant plus d’un an et demi au format mais la réalisation de l’ouvrage a pris un mois. »  Pour ce livre, qui vise aussi l’esthétisme, la difficulté était de trouver des artistes pour illustrer chaque proverbe ou sirandane, laisse entendre notre interlocuteur. « Le visuel a pour but de permettre aux gens de se souvenir plus longtemps de ce qu’ils lisent », avance Arnaud Carpooran.
Le comité de direction du projet a alors fait appel aux professeurs et étudiants de la faculté des Beaux-Arts de Digital Arts pour les illustrations. Le résultat est probant. Chaque proverbe est illustré en couleur dans un style naïf, expliqué et traduit. Pour ce qui est des sirandanes, les devinettes sont posées sur la page de droite, l’illustration, à gauche. Pour avoir la réponse, le lecteur doit ouvrir la page de droite dans laquelle elle se cache.
En avant-propos, Arnaud Carpooran, président de la CSU et directeur du
comité de rédaction du livre, explique ce qu’est un proverbe et une sirandane en créole, français et anglais.
En guise de résumé, il indique qu’« un proverbe est une manière courte, métaphorique et populaire, pour exprimer une vérité générale, une sagesse populaire ou une morale ». Et une « sirandane » est un terme makwa (le makwa est une langue africaine) se référant à un « jeu de mots », une devinette qui se fait selon « un rituel précis, où celui qui démarre le jeu, prononce, d’un côté, la formule “sirandane” comme une question-invitation, alors que de l’autre côté, celui (ceux) qui accepte (nt) de participer répond (ent) à l’invitation par
une formule-réponse, “Sanpek” ».
Il explique que l’objectif premier est de « préserver deux facettes importantes de notre héritage linguistique, artistique et culturel, ce qui s’inscrit en droite ligne avec l’une des priorités affichées par l’Unesco et l’État mauricien depuis quelques années, s’agissant de notre patrimoine intangible ».
L’ouvrage a aussi une double visée pédagogique. D’une part, il touche les scolaires avec l’entrée officielle du créole dans le cursus depuis janvier 2012 et d’autre part, il permettrait « une ouverture vers les deux langues les plus internationales qui existent à l’heure actuelle sur la scène mondiale » avec la restitution de son message en anglais et en français. M. Carpooran affirme qu’il vise à la fois un public scolaire et le grand public mauricien et étranger.
L’ouvrage a été présenté officiellement le 1er février, à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à Maurice. Un millier d’exemplaires ont été publiés. Le livre est en vente à Rs 250 en librairie. Il était aussi disponible au Salon international du livre Confluences, le week-end dernier, au centre de conférence Swami Vivekananda, Pailles.