La satisfaction du World Heritage Committee de l’Unesco inscrite noir sur blanc dans un compte rendu diffusé peu après la réunion qui s’est tenue du 15 au 25 juin à Doha a particulièrement réjoui l’équipe technique et les administratifs de l’Aapravasi Ghat. Le statut patrimoine de l’humanité se mérite au prix de normes et d’efforts particulièrement pointus et soutenus… Aussi faut-il se réjouir que les experts de l’institution internationale aient estimé officiellement, cette année pour la première fois, que l’Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF) avait réussi à diminuer sensiblement les menaces qui pesaient sur les valeurs universelles du site.
« The world heritage committee takes note with satisfaction of the measures taken by States Parties concerned to address its previous requests to mitigate the threats on the Outstanding Universal Value of the following World Heritage properties… » S’ensuit une liste de neuf sites classés au patrimoine mondial du Laos, de la Fédération de Russie, des Barbades, de Colombie, du Mexique, d’Uruguay, du Bénin, d’Éthiopie et de Maurice. Le comité encourage les États concernés à poursuivre leurs efforts pour assurer la conservation du site et de sa zone tampon et reste à leur disposition à tout moment si le site, une partie de celui-ci ou son environnement risquent d’être remis en question par un projet de développement qui pourrait compromettre la valeur universelle des lieux…
Ce genre d’appréciation, la coordinatrice technique et muséologue de l’Aapravasi Ghat, Corinne Forest, et nombre de ses collègues en rêvent au moins depuis l’inscription du site au statut de patrimoine mondial. Mais il a fallu multiplier les efforts avec parfois des moyens serrés pour satisfaire les attentes du comité sur le plan des réalisations scientifiques, des travaux de conservation, actions de concertation, compte rendu d’activité et audit, puis avancées législatives et politiques…
Chaque année, un rapport détaillé a été fourni sur les activités menées par l’équipe pour faire avancer le projet et sur les résultats obtenus, exercice qu’il ne sera donc pas nécessaire d’accomplir cette fois-ci d’ici à la prochaine réunion annuelle du comité international. En somme, il ne reste plus qu’à finaliser la mission du site à l’adresse du public et des touristes… en ouvrant le centre d’interprétation et en organisant un système de visites guidées tout au long de l’année, qui soit également possible les week-ends.
Quand on pense aux très nombreux visiteurs quotidiens, qui arrivent par ferry-boat à Gorée et à l’effervescence industrieuse que connaît cette île, il y a peut-être de quoi se réjouir pour ce projet qui présente l’avantage inestimable d’être situé au coeur d’une capitale qui a besoin d’une bonne bouffée d’air frais pour devenir l’agréable lieu de promenade de jour comme de nuit dont nous rêvons tous…
Suspense…
Initialement annoncée pour avril ou mai, l’ouverture du futur musée de l’Aapravasi Ghat, le centre d’interprétation Beekrumsing Ramlallah, est attendue maintenant que ses équipements sont quasi-prêts. Le développement précoce à Maurice de la photographie a été associé ici à l’histoire de l’engagisme, montrant s’il le fallait encore qu’ils sont parallèles. Bien qu’au-delà des photos d’identités archi-vues, peu de documents d’époque retracent visuellement les moments de vie des travailleurs engagés sur le site du dépôt d’immigration ou dans les camps sucriers, ces images constitueront la matière vive de l’espace d’information.
Une scène de repas ou d’attente au dépôt photographiée à la période où le recours à cette main-d’oeuvre étrangère à très bon marché battait son plein, marquera assurément la mémoire du visiteur bien plus que le plus beau des textes didactiques. Aussi, malgré leur rareté, les images retrouvées dans les archives britanniques, auxquelles s’ajoutent une scénographie étudiée et des écrans tactiles pour adultes ou pour enfants, ont-elles représenté un atout majeur dans la conception même du musée. À l’avenir, le seul talon d’Achille du site pourrait être simplement lié à la tournure que prendra son environnement, dans une zone où la pression urbaine touche à son paroxysme, ou éventuellement à une gestion administrative un peu poussive.