Kavinien Karupudayyan a fréquenté, étant adolescent, le collège qui portait le nom de Mootoocomaren Sangeelee, à Riambel. Si ce nom énigmatique a pu éveiller sa curiosité, son intérêt pour cet intellectuel mauricien ayant contribué au rayonnement de la culture tamoule, non seulement dans la communauté à Maurice, mais aussi dans tout le pays et au-delà de nos rivages, s’est si bien amplifié que les héritiers de ce dernier lui ont confié sa bibliothèque, lui permettant de poursuivre l’exploration d’une oeuvre de traduction et de transmission auprès du plus grand nombre, qui mériterait d’être mieux connue.
La grand-mère de Kavinien Karupudayyan avait pour habitude de lui donner des livres quand il lui rendait visite. Un jour, cette enseignante de tamoule lui confia une grammaire de 1988 dédicacée par l’auteur Mootoocomaren Sangeelee, de quoi intriguer le jeune homme. Fin connaisseur de la langue tamoule et des grands textes qui ont constitué le socle et la richesse de cette culture, Mootoocomaren Sangeelee était aussi un amoureux de la langue française, et dans son désir de contribuer à l’unité de la communauté tamoule mauricienne ainsi qu’à l’unité de l’ensemble de la population, il a rendu de nombreux textes classiques ou sacrés accessibles au plus grand nombre en proposant des traductions, éditées à Maurice.
Le jeune étudiant Kavinien en trouvera plusieurs sur son chemin, tels l’ouvrage Bouquet de sagesse, qu’un chargé de cours au MGI lui a donné en marge de son enseignement. Cette anthologie de poésies regroupe les plus beaux textes de la littérature tamoule choisis et traduits par Mootoocomaren Sangeelee, à la demande d’Uttam Bissoondoyal, alors qu’il dirigeait le MGI. Plus tard, au Salon du livre Confluences, Kavinien a pu trouver Viveka Sintamani, la traduction d’un traité de morale, tandis que son admiration continuait de grandir. « Il faut se rendre compte, nous indique Kavinien, que Mootoocomaren Sangeelee est le seul au monde à avoir intégralement traduit le Tirukkural en français ! »
Ce petit homme au sourire avenant a en effet publié cette traduction du texte le plus célèbre de la littérature classique tamoule en 1970, et il faudra attendre 1992 pour qu’une autre traduction française, partielle quant à elle, car consacrée à la troisième partie, Le livre de l’amour, soit proposée par François Gros, un des rares indianistes français spécialistes de la culture tamoule. Unique membre non indien du Board of governors de l’International institute for tamil studies de Madras, ce dernier fait d’ailleurs mention de l’inestimable apport de Mootoocomaren Sangeelee au rayonnement de la culture tamoule dans le monde francophone. Une réédition de la traduction mauricienne est d’ailleurs encore disponible aux Éditions de l’océan Indien, cette longévité attestant en quelque sorte de son statut de livre de référence, qui met à la portée du lecteur francophone une littérature dont la compréhension dans le texte demanderait une érudition peu commune.