L’importance de la restauration et de la préservation de tout ce qui est considéré comme faisant partie du patrimoine mauricien n’est pas bien comprise par tous. Certains estiment, à tort, que c’est une dépense inutile qui ne rapporte rien à la société ou au pays. Diana Bablee, archiviste, tente de démontrer le contraire.
Nous avons célébré, il y a quelques jours, la Journée internationale des sites et des monuments. Le public a pu (re)découvrir la richesse du patrimoine mauricien à travers les journées portes ouvertes organisées pour l’occasion, en visitant les différents musées, l’hôtel du gouvernement nouvellement restauré, la State House, La Citadelle, la Tour Martello…
Ce qu’il faut retenir, c’est que le terme “patrimoine” concerne aussi bien les biens matériels que ceux immatériels d’un pays. Susciter l’intérêt du public pour la préservation du patrimoine, c’est l’une des tâches de diverses organisations, souligne Diana Bablee. Elle considère qu’il serait anormal pour un pays de ne pas oeuvrer pour la préservation.
Patriotisme.
Diana Bablee note qu’il y a encore du chemin à parcourir pour faire comprendre l’importance de la préservation du patrimoine. “Ce patrimoine constitue un aspect de nos biens qui a été, jusqu’à tout récemment, négligé. C’est tout un secteur à développer, qui pourrait être source de travail et de revenus pour la nation mauricienne. En préservant le patrimoine, nous faisons aussi honneur à notre nation, à nos aînés pour leur contribution au développement du pays”.
Elle ajoute qu’en termes pédagogiques, l’enseignement de la préservation du patrimoine contribue à l’existence d’une nation où les valeurs de respect, de sens de l’honneur et du devoir, de patriotisme, de respect de la diversité et de la différence, et de partage sont comprises, préservées et mises en valeur.
En dépit de quelques réticences, il y a certainement une plus grande prise de conscience autour du patrimoine culturel, incluant les monuments, les ensembles et sites qui ont une valeur exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art, de la science, de l’esthétisme, de l’ethnologie ou de l’anthropologie. Il en est de même pour le patrimoine naturel, incluant les formations géologiques et physiographiques et les zones qui constituent l’habitat d’espèces animales et végétales menacées, les sites ou zones qui ont une valeur exceptionnelle du point de vue de l’esthétisme, de la science, de la conservation…
Travail remarquable.
La définition même des termes “patrimoine culturel” a aussi évolué. Avant, ils désignaient plutôt les vestiges monumentaux de cultures spécifiques. Au fil du temps, les termes “patrimoine culturel” ont englobé de nouveaux types de patrimoine : le patrimoine immatériel comme les arts du théâtre, les langues, la musique traditionnelle, les systèmes de connaissances spirituelles et philosophiques. La présente définition du patrimoine est aujourd’hui plus ouverte et fait place pour les cultures vivantes ainsi que celles du passé.
La préservation du patrimoine est étroitement liée aux différentes lois régissant les institutions publiques qui ont comme mandat la préservation du patrimoine culturel sous toutes ses formes, telles que le National Heritage Fund Act de 2003, le Mauritius Museum Council Act 2000, le National Archives Act de 1999 et le National Library Act de 1996. Le ministère des Arts et de la Culture, le National Heritage Fund et Le Morne Heritage Trust Fund travaillent en étroite collaboration avec le Département de l’Environnement et le ministère de l’Agro-Industrie pour le patrimoine culturel.
Mais la société civile n’est pas en reste. Des organisations non gouvernementales (Société de l’histoire de Maurice, SOS Patrimoine et Mauritian Wildlife Fondation) effectuent un travail remarquable au niveau de la préservation du patrimoine culturel et naturel sur différents sites. Cela a grandement contribué à sensibiliser davantage le public à l’importance de la préservation et la sauvegarde de l’environnement et celle du respect de la faune et de la flore, entre autres.
Lieu de mémoire.
Si Maurice compte deux sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco (Aapravasi Ghat et Le Morne), c’est certainement grâce aux engagements pris avec cet organisme pour la restauration et la conservation de ces lieux, mais également à tout le travail abattu par diverses organisations dont Icomos Maurice (voir hors texte). Responsable des conventions et des déclarations universelles comme la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et la Déclaration universelle sur la diversité culturelle, la section culture de l’Unesco oeuvre dans plusieurs domaines afin d’encourager le dialogue interculturel. Elle s’occupe aussi de la gestion des campagnes internationales et aide à la sauvegarde de sites et des chefs-d’oeuvre du patrimoine oral et immatériel.
Avoir des sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco sort l’île Maurice de son isolement et la classe parmi les pays engagés dans la sauvegarde des biens, non seulement pour la présente génération, mais également celles à venir.
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ICOMOS
L’International Council of Monuments and Sites (Icomos) est une organisation non-gouvernementale internationale qui oeuvre pour la conservation des monuments et des sites dans le monde.
Présente à Maurice depuis quelques années, elle a beaucoup oeuvré pour améliorer l’état du patrimoine national. Son fondateur à Maurice, Philippe La Hausse de la Louvière, s’est engagé sur plusieurs fronts pour cela, notamment comme président-fondateur du National Heritage Trust, comme président de Friends of the Environment et comme président de la Société de l’Histoire de l’Île Maurice, deux ONG actives dans la préservation du patrimoine historique.