Alors que certains déplorent le manque d’infrastructures, de loisirs et parlent de fléaux tels la drogue, la cigarette et l’alcool dans le village du Morne, ou encore le taux d’échec relativement élevé aux examens du Certificate of Primary Education (CPE), les enfants, eux, évoquent leurs projets d’avenir, les étoiles plein les yeux.
À la veille des examens du Certificate of Primary Education (CPE) lundi matin, les ruelles du village du Morne pullulent d’enfants. Il fait chaud, le temps est beau, seul ou en petits groupes, ils flânent ou jouent devant leur porte au bord des rues jouxtant les drains par endroits. Certains la transformant en cour de récréation. Allongée à même le bitume, la petite Julianna, élève en Standard 3, un crayon à la main, écrit dans un cahier d’écolier. À l’arrivée du véhicule dans lequel nous nous trouvons, elle se lève pour rejoindre ses deux copines, Julie, élève en Standard 5 au Morne Government School, et Divya, 4 ans en première année de maternelle, sur le pas de la porte de cette dernière. Divya lui arrache le cahier des mains. « Done mo fer sa devwar-la », lance-t-elle. Elle saisit un stylo rouge et se met à écrire dans le cahier. Quand on lui demande ce qu’elle fait, elle affirme qu’elle écrit l’« ABCD ». « Mo miss montre mwa ekrir mo nom », poursuit-elle, toute réjouissante. Elle dessine aussi des fleurs et des maisons dans le cahier.
Un à un, d’autres enfants se joignent à elles. Gesna, élève en CPE « prend une pause ». Elle a travaillé son français dans la matinée et entamera les sciences un peu plus tard. « Demin (ndlr : aujourd’hui) nou fer français e science. Mo pe zwe enn tigit », dit-elle. Âgée de 12 ans, elle fréquente l’école primaire de La Gaulette. Son rêve est de devenir institutrice. Sa matière préférée à l’école : le français. Julie et Julianna partagent aussi le même rêve de devenir enseignante d’anglais et de mathématiques respectivement.
La petite Chiarra, toute ravissante, s’approche, curieuse de voir ce qui se passe… elle court mettre une petite chemise pour se faire prendre en photo. En première année de maternelle, elle veut devenir aide-chauffeur quand elle sera grande. Comme papa ? Oui, répond-elle au Mauricien, les yeux pétillants. Voyant les dessins de Divya, elle ajoute qu’elle aime dessiner le père Noël. Cette année, elle lui demandera un jeu de légos. En entendant ces paroles, Divya court chercher son jeu de légos. Quand on lui demande ce qu’elle veut faire quand elle sera grande, elle répond « avocate ». Kevin quant à lui veut devenir pilote. Élève en CPE au Morne GS, il semble peu bavard. Encore plus, lorsque nous abordons les révisions et les examens.
Bien que la pression semble palpable auprès de ceux qui prennent part aux examens du CPE, conscients que pour concrétiser leurs rêves, ils doivent réussir leur examen, Gesna souligne que pendant les vacances, leurs journées sont rythmées par des baignades en mer, où elles s’y rendent avec leurs mères, et des jeux à la maison. « Nou zwe miss », dit-elle. Le soir, souvent place un film avant de se mettre au lit.
Pendant ce temps, dans le bureau du Morne Heritage Trust Fund (MHTF), les membres du conseil d’administration de l’institution de même que les acteurs économiques de la région et des représentants de EcoAfrica dont le professeur François Odendaal, consultant auprès de l’UNESCO, se penchent sur le Lagoon Management Plan (LMP) du Morne. Ce document a pour objectif de permettre à tous les partenaires d’utiliser le lagon, un espace commun, tout en minimisant les dégâts à la fois aux lieux et à leurs activités. Ce plan sera intégré au plan de gestion plus large qui tient compte de l’ensemble du Paysage du Morne, site mauricien classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Parallèlement, un Local Economic Development Plan est mis en place pour assurer le développement et l’intégration économique des habitants de la région.