En vue d’éviter certaines situations difficiles avec les propriétaires des terrains privés se trouvant autour des Gorges de la Rivière-Noire, après son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le ministère des Arts et de la Culture ainsi que les National Parcs and Conservation Services préfèrent les rencontrer à nouveau pour leur parler des enjeux d’un site classé et des paramètres à respecter dans le cadre d’éventuels développement dans la zone tampon. C’est ce qu’a appris Le Mauricien de sources bien informées au sein du gouvernement.
Pour que le site soit inscrit sur la liste 2013 du patrimoine mondial de l’Unesco, le draft nomination dossier aurait dû être soumis fin septembre. Cependant, un préposé du ministère des Arts et de la Culture affirme que l’organisme préfère avoir une nouvelle réunion avec les propriétaires avant de finaliser ce document devant être envoyé au World Heritage Committee. Il note quelques ennuis qui surviennent avec les deux autres sites mauriciens classés « patrimoine mondial de l’Unesco » : l’Aapravasi Ghat et Le Morne. D’une part, les propriétaires de terrains ou bâtiments se trouvant dans la zone tampon de l’Aapravasi Ghat, classé en 2006, demandent en effet à être dédommagés, car ne pouvant procéder à certains développements de leurs biens, d’où un manque à gagner. Et d’autre part, la question des terrains privés autour de la montagne du Morne, classé quant à elle en 2008, n’a pas encore été résolue. L’affaire est d’ailleurs toujours en cour.
« C’est pour ces raisons que le gouvernement souhaite avoir une nouvelle réunion avec les propriétaires », fait ressortir notre interlocuteur.
À noter que la proposition de faire figurer les Gorges de la Rivière-Noire sur « cette liste prestigieuse » remonte à plus d’une dizaine d’années, soit bien avant les deux autres sites. La spécificité de l’endroit est cependant différente des deux autres. Sa valeur universelle réside dans la « spéciation », soit « la différenciation des espèces au cours de l’évolution », expliquait Guy Palmer, consultant auprès du Africa World Heritage Fund et qui a été dépêché à Maurice durant le deuxième trimestre de l’année pour travailler avec l’équipe locale dans le cadre de la préparation du dossier. Selon lui, cette évolution remonte à huit millions d’années et la situation est comparable aux îles Galapagos. Et il estime, à cette période où, selon les autorités, « Maurice fait face à un problème d’eau potable », que « ce classement permettra une meilleure conservation d’eau dans les bassins versants » car, indique-t-il, le pays perd jusqu’à « 25 % de ses eaux à cause d’espèces envahissantes ».
Par ailleurs, M. Palmer est d’avis que l’endroit a toutes ses chances car Maurice a une histoire de conservation du site. Pour rappel, début septembre, une équipe mauricienne était en Namibie pour une formation sur la préparation du nomination dossier. Selon un préposé du ministère des Arts et de la Culture, des autres pays ayant présenté un projet – à savoir la Namibie, l’Ouganda, le Kenya, l’Érythrée, les Seychelles et l’Afrique du Sud – seul celui de Maurice a été accepté.