Les “calbanons” de La Cafrine, sur la commune de Saint-Pierre à la Réunion, ne sont ni classés Monuments historiques ni présents dans l’inventaire du patrimoine réunionnais. Mais si demain un promoteur ou un quelconque décideur venait à remettre leur existence en question, il devrait alors faire face aux protestations des habitants qui sont très attachés à ce lieu, à sa valeur historique et patrimoniale. Ces longères se composent de pièces de quatre mètres sur quatre qui devaient chacune héberger une famille tout entière, parfois petite comme le jeune couple que formaient Noël et Marie-Rose Perrine qui y ont vécu leurs deux premières années de mariage, parfois particulièrement nombreuse avec jusqu’à vingt membres.
Au XXe siècle, les calbanons de La Cafrine, ces logements en pierres de basalte grossièrement taillées accueillaient les travailleurs engagés de l’usine sucrière des Grands-Bois, dont le rhum était bien connu. À l’origine, ces habitations avaient été construites comme annexes de l’usine plus proche de La Cafrine qui a cessé ses activités en 1896. Aujourd’hui, les anciens à l’instar de Marie-Rose Perrine se souviennent uniquement de l’usine de Grands-Bois. Quand cette dernière a fermé ses portes en 1991, la crainte de voir tout le quartier de La Cafrine plonger dans le désoeuvrement et le chômage s’est faite pressante, ce qui a amené plus tard la mise en place d’un dispositif de Contrat urbain pour la cohésion sociale (CUCS) dont Hélène Mounissy a la responsabilité. Sept cents nouveaux logements sociaux se sont construits et une annexe à la médiathèque de Saint-Pierre s’appuyant sur la façade de l’ancienne sucrerie, son seul vestige, a été créée à Grands-Bois avec aussi un projet de crèche et de petit commerce. De l’usine de La Cafrine il ne reste qu’une cheminée dont la protection est en discussion.
Quelque 120 ouvriers travaillaient en permanence à l’usine de Grands-Bois, le double en période de coupe. Les habitants de Grands-Bois et La Cafrine ont commencé à être remplacés par des ouvriers plus qualifiés à partir de l’introduction de l’électronique dans le fonctionnement de l’usine. Marie-Rose Perrine se souvient qu’on voyait de moins en moins d’ouvriers sortir à pied de l’usine pour rejoindre leurs maisons à quelques centaines de mètres. Leurs remplaçants repartaient en voiture vers des quartiers plus lointains. Même s’ils avaient été prévenus, les gens de l’usine n’étaient absolument pas préparés aux changements qu’ils allaient devoir vivre. Très peu ont été reclassés dans d’autres sucreries, la plupart se sont retrouvés au chômage.