Scope décerne son Coup de Coeur 2012 à Patyatann. Le concept qui fédère la formation acoustique composée de Sarasvati Mallac, Anouchka Massoudy, Jason Lily et Anthony Bouic, et le buzz provoqué à Nottingham, ont motivé le choix de saluer l’originalité et la créativité de ce groupe débutant.
Le grand public ne connaît pas encore la prestance acoustique de ce groupe présenté par Scope avant même que Patyatann ne provoque le buzz en septembre dans la ville anglaise de Nottingham, lors du WEYA Festival. Ceci conforte le “Coup de Coeur”, qui salue l’originalité et la créativité de Patyatann, formation montée par Percy Yip Tong. Les quatre Mauriciens ont été confrontés à des musiciens de haut niveau mais se sont démarqués par le maniement de la ravanne et par l’utilisation de la polyphonie vocale.
Le mélange des voix de Sarasvati Mallac, Anouchka Massoudy, Jason Lily et Anthony Bouic n’est pas passé inaperçu, sur une musique ayant pour coeur la ravanne et pour poumons le roulèr et le mridangam (un genre de dolak). Le quatuor a su exhaler un souffle frais et novateur en Angleterre. Ceux qui ont pu voir Patyatann lors de ses rares sorties scéniques au Santosha, au Sapin, au Baz’Art et lors d’un concert organisé par le Sapin à Pointe aux Sables dernièrement ont compris que quelque chose bouillonne dans l’underground. L’émergence dépendra cependant de plusieurs facteurs.
Potentiel brut.
Patyatann ne passe pas à la radio mais les esquisses sonores que Scope a écoutées laissent entendre un potentiel brut, qui demande à être peaufiné pour briller; autrement, le succès rencontré à Nottingham pourrait n’être qu’un feu de paille. N’empêche qu’un des moments forts de ses prestations scéniques est probablement l’interprétation du Ras kouyon de Kaya, lors d’une jam session sur la place de la mairie de la ville anglaise. Des artistes venus de plusieurs horizons ont accompagné Patyatann et la voix d’Anthony Bouic mêlée au erhu (violon chinois), au balafon sud-africain, à la guitare sud-américaine et aux vocalises indiennes et zambiennes.
Passée la griserie des jams et des prestations nottinghamiennes, vient le moment de bosser. Car, comme le souligne Percy Yip Tong, beaucoup de travail doit être abattu pour arriver à un niveau professionnel comme celui constaté lors du WEYA Festival. Faire une percée digne de ce nom ne se résume pas à une affaire de talent ou de créativité; cela implique une discipline rigoureuse et une pratique assidue, tant au niveau vocal qu’instrumental. Ce n’est qu’à ce prix que ces jeunes talents deviendront de vrais artistes.
Progression.
Le WEYA Festival a certes donné un coup d’accélérateur au groupe, qui ne comptait que trois mois d’existence. La graine semée devra maintenant s’épanouir et faire ses racines afin de croître à la lumière. Pour y parvenir, des créations autour de la ravanne et de l’harmonie des voix sont privilégiées; notamment une recherche sur les multiples possibilités de cet instrument emblématique.
La suite logique serait un album et des concerts, mais Percy Yip Tong préconise avant tout une progression vocale et instrumentale avant de produire un album. Dans le cas contraire, Patyatann ne sera qu’une aventure anglaise, les reprises souls du Roséda de Ti-Frer et les créations inédites ne demeurant qu’au stade d’enregistrements. Ce qui serait bien dommage pour la création mauricienne car ce quatuor aux influences multiples offre des possibilités musicales à la fois cosmopolites et mauriciennes.