Contrairement à ce que viennent d’avancer le Premier ministre et son ministre des Finances, la nouvelle année qui démarre ne sera pas celle du redécollage économique estime le leader de l’opposition. Paul Bérenger trouve plutôt que 2016 ne sera pas bien différente de 2015, soit une nouvelle année marquée par la stagnation économique. Il s’en tient pour cela aux divers indicateurs économiques publiés dont ceux du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Le chef de l’opposition se montre sceptique quant à une relance à la faveur du démarrage des grands chantiers sur lesquels mise le gouvernement. Pour lui, “la confiance n’y est pas” et “il manque une équipe compétente à la tête du pays”.
Paul Bérenger se base surtout sur divers indicateurs économiques publiés pour affirmer que, contrairement à ce qu’ont affirmé en fin d’année le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth et le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, la nouvelle année 2016 qui démarre ne sera pas celle du redécollage économique. Il souligne, par exemple, que le chiffre de la croissance pour l’année 2015 n’aura été que de 3,4% — un taux comparable à celui de la dernière année de règne du gouvernement Ramgoolam en 2014 — alors même qu’en début de l’année dernière, le Grand argentier avait prévu un GDP Growth de 4,1% pour 2015.
Il indique, de même, que selon toutes les prévisions faites, dont la dernière par la Banque mondiale (BM), la croissance ne franchira pas la barre des 4% en 2016 alors même que, rappelle-t-il, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait prévu un taux de 5,3% pour l’année financière 2015/2016. Comme pour soutenir son scepticisme quant à une reprise de l’économie en cette nouvelle année, Paul Bérenger rappelle que tant le Fonds Monétaire International (FMI) ainsi que la BM prévoient une année économique 2016 “décevante” sur le plan mondial en raison, notamment, du ralentissement noté en Chine et de la hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis.
Il considère comme particulièrement dramatique la baisse conséquente du taux d’investissement et de l’épargne au plan domestique. Il rappelle, sous ce rapport, qu’alors que Statistics Mauritius avait prévu, en mars 2015, des investissements globaux de Rs 81 milliards, à décembre, ceux-ci ne se sont chiffrés qu’à Rs 72 milliards. Il souligne que rien que l’investissement privé n’aura été que de l’ordre de Rs 53 milliards contre une prévision initiale de Rs 58 milliards. Une situation que Paul Bérenger met sur le compte d’une “absence de confiance” des opérateurs économiques couplée à un fort taux d’endettement du secteur privé local.
Le chef de l’opposition note de même que l’investissement direct étranger (FDI) a été plus faible en 2015 par rapport à 2014 — Rs 10 milliards contre Rs 14 milliards. Il ne manque pas de souligner que ces investissements étrangers ont été essentiellement dirigés vers le secteur de l’immobilier réputé pour ne pas être particulièrement un grand créateur de richesses et d’emplois. De manière plus générale, Paul Bérenger rappelle avoir averti, dans le cadre des derniers débats budgétaires, que le pays s’acheminait vers une situation de stagnation économique. La raison, selon lui: le gouvernement a sacrifié le budget de développement de l’Etat.
Projets en chantier: “Obligation de transparence”
Mais pour le leader de l’opposition, le coeur du problème demeure la détérioration du déficit budgétaire (plus de 4%) et de l’endettement public (64%). Paul Bérenger ajoute à cela une détérioration de la situation de l’emploi avec, dit-il, un chômage dont le taux continue de s’accroître “lentement, mais dangereusement”. Même s’il s’en réjouit de la bonne croissance de 11% enregistrée au niveau du Tourisme et s’il concède que Xavier Duval donne des résultats à ce ministère, il dresse ainsi, malgré tout, un tableau globalement négatif de la situation économique du pays.
Il assure que c’est “avec tristesse” qu’il constate que la confiance n’y est pas. Pour Paul Bérenger, il manque d’une “équipe compétente” à la tête du pays. Tout en souhaitant se tromper, il exprime un égal scepticisme quant à l’aboutissement des grands chantiers sur lesquels le gouvernement mise en vue de ce “redécollage économique” annoncé. Six grands projets devant être financés, d’une part, par des investissements privés chinois, de l’autre, par des investisseurs de Dubaï. Dans le cas des financements chinois, il ne manque pas, notamment, de les insérer dans le contexte du présent ralentissement économique en Chine susceptible, selon lui, d’impacter sur des investissements à l’étranger. Il fait état, de même, de prévisions d’observateurs faisant état de possibles banqueroutes d’entreprises chinoises.
Evoquant en premier lieu le projet devant s’ériger sur les terres de l’ex-Jinfei à Riche-Terre, Paul Bérenger évoque, d’abord, les “milliards d’investissements et les millions d’emplois longtemps promis, mais jamais aboutis” à l’époque du gouvernement Ramgoolam. “Ce temps est révolu. Pour chacun des projets annoncés en grande pompe, nous exigerons la transparence totale et en temps et lieu, je viendrai avec des PNQ successifs pour des éclaircissements sur chacun d’eux”, prévient-il.
Mais déjà, s’appuyant sur la réponse écrite circulée le 13 octobre dernier par le ministre des Finances à sa PNQ sur le projet de l’ex-Jinfei, Paul Bérenger veut savoir si le “detailed business plan” promis “by the end of octobre 2015” a été déposé comme promis. “Si c’est dans l’affirmative, je demande à ce qu’il soit circulé”, dit-il en mettant en garde le gouvernement contre toute velléité, de “répéter ce qui se passait sous l’ère Ramgoolam en matière de transparence”. Même réclamation de transparence quant à la conduite du projet de création d’un nouveau port de pêche à Bain-des-Dames. Le chef de l’opposition rappelle, à ce propos, que le ministre responsable des Communications extérieures, Xavier Duval, avait parlé au parlement de “feasibility study” en cours. Paul Bérenger veut, ainsi, savoir si ce projet de faisabilité est prêt et, dans l’affirmative, de circuler.
Par rapport à cet autre projet devant bénéficier d’un financement d’investisseurs privés chinois, le leader de l’opposition veut savoir si le promoteur a obtenu des autorités compétentes tous les permis y relatifs dont un EIA Certificate, de même qu’une Safety and Security License. Paul Bérenger allègue, au passage, que, selon ses informations, le partenaire mauricien pour ce projet aurait fait banqueroute et aurait eu maille à partir ave l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) alors que, par ailleurs, les autorités policières n’auraient pas encore accordé leur aval par rapport à l’aspect sécuritaire d’un tel projet de port de pêche.
DPW et dégraissage
Le leader de l’opposition veut, par ailleurs, savoir si les promoteurs chinois du projet de Roches-Noires ont obtenu les “fully-fledged EIA with strict conditions” pour chacune des composantes de leur ambitieux projet et demande, dans l’affirmative, qu’ils soient circulés. Quant à l’autre projet à financement chinois au Domaine les Pailles, il souhaite connaître si le “joint venture” avec une participation de la State Investment Corporation (SIC) à hauteur de 35% a été incorporé et que, dans l’affirmative, le document d’incorporation y relatif soit circulé.
En ce qui concerne les projets d’investissements venant de Dubaï, il demande à savoir si, effectivement, comme rapporté dans la presse, une ébauche du projet de développement portuaire a déjà été soumise et de le circuler, éventuellement. Tout en précisant qu’il ne souhaite pas faire obstacle à ce projet, il déclare, néanmoins, vouloir être “réaliste”. Paul Bérenger fait référence aux nouvelles relatives à des difficultés imminentes d’endettement devant affecter Dubaï dans le sillage de l’effondrement des cours du pétrole. Il est même estimé que cet émirat du Golfe persique serait le pays du Moyen-Orient qui souffrirait le plus de la baisse des cours du pétrole.
Se référant, par ailleurs, à une déclaration de presse du General Manager de la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL) parue hier matin, le chef de l’opposition s’interroge sur ce que pourrait être le dégraissage au sein de ce corps parapublic dans l’éventualité, par exemple, d’une reprise de ses activités par Dubaï Ports World. “Nous avons, tous, le droit de savoir de quoi il en est, à commencer par les salariés de la CHCL”, déclare-t-il. Paul Bérenger évoque aussi le projet de faire de Dubaï Ports World “le banquier et le constructeur” du projet Heritage City à Highlands. Il ne manque pas de faire état de la somme astronomique de $ 800 millions (quelque Rs 25 milliards) qui, selon le ministre Showkutally Soodhun, serait investie dans ce projet.
Compte tenu, dit-il, des “bluffs répétés” du ministre Soodhun, Paul Bérenger dit attendre pour de plus amples détails quant à une signature éventuelle d’accord qui, aux dernières nouvelles, concernerait aussi des investisseurs saoudiens. “Le temps de Ramgoolam est révolu”, ne cesse de répéter le leader de l’opposition qui promet, dès à présent, de revenir, “en temps et lieu”, avec des PNQ successifs pour obtenir tous les détails autour de ces divers projets dans un souci de faire prévaloir “la transparence totale”. Mais, sceptique, il persiste à croire que, contrairement à ce que viennent, ces jours derniers, d’affirmer le Premier ministre et son ministre des Finances, il n’y aura, “malheureusement pas de redécollage économique” au cours de cette année nouvelle.