Au-delà du vote britannique sur le Brexit, Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, estime que Maurice devrait se préoccuper de l’après-Cotonou. “Maintenant que le gouvernement s’est réveillé de sa torpeur, le pays doit renouer avec son ambition de pays avant-gardiste du groupe ACP”, dit-il. L’objectif étant d’obtenir des partenaires de l’Union européenne (UE) un meilleur deal que celui des Accords de Partenariat Économique (APE) en vigueur. Le chef de l’opposition révèle par ailleurs avoir objecté à la nomination de Navin Beekarry comme nouveau directeur général de l’Independent Commission against Corruption (ICAC). Il reproche surtout à ce dernier d’avoir, à l’époque, prêté foi aux “accusations gratuites” du dénommé Teeren Appasamy. Celles-ci, selon le leader des mauves, s’inséraient dans le cadre d’une “magouille” concoctée pour l’empêcher d’accéder au poste de Premier ministre en 2003.
Revenant d’abord sur sa PNQ de mardi dernier, Paul Bérenger dénonce l’absence de coordination interministérielle et de consultations gouvernement-secteur privé en marge du référendum sur le Brexit (éventuel retrait de la Grande-Bretagne de l’UE). Alors que, rappelle-t-il, l’on est à la veille de ce vote crucial, le leader de l’opposition s’étonne que dans sa réponse à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a trouvé à dire qu’il était prématuré d’évoquer la question. Il note néanmoins que sir Anerood a pris l’engagement d’aborder le sujet à la prochaine réunion de coordination gouvernement-secteur privé.
“Mieux vaut tard que jamais”, souligne le chef de l’opposition, qui estime malgré tout que le gouvernement aurait dû s’y prendre “bien longtemps à l’avance”. Au cas où le vote prévu confirmait un retrait de la Grande-Bretagne de l’UE, Paul Bérenger souhaite un “travail d’urgence” pour parer à la situation. Il ne manque par de rappeler à cet effet que la Grande-Bretagne est le principal marché d’exportation de Maurice (NDLR : Rs 11 milliards pour l’année 2015 pour des produits allant du sucre au textile/habillement, au thon, sans oublier les 130 000 touristes britanniques ayant visité l’île l’an dernier). “Il convient de considérer les différents cas de figure pouvant se développer et comment cela affectera Maurice”, dit-il.
Le leader de l’opposition se dit satisfait d’avoir fait son devoir en soulevant la question. Alors que l’on amorce la phase finale de la campagne menant à ce vote en Grande-Bretagne, Paul Bérenger estime personnellement qu’au décompte final une majorité de votants vont se prononcer en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE. “C’est ce que je souhaite”. Le chef de l’opposition exprime à ce stade sa sympathie envers tous ceux qui pleurent la mort brutale cette semaine de la députée pro-européenne du Labour britannique, Jo Cox, assassinée au courant de la semaine. De manière générale, il estime qu’il convient de regarder au-delà du référendum à venir.
Paul Bérenger rappelle à cet effet que l’Accord de Cotonou liant l’UE et les pays du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) arrive à terme en 2020, soit dans seulement quatre ans. Il ne manque pas de souligner le rôle d’avant-garde longtemps joué par Maurice au sein des ACP dans les négociations avec Bruxelles.
Beekarry : “Celui-là même qui renvoya Bhadain ! “
 Le leader de l’opposition laisse comprendre que tout doit être mis en oeuvre dès maintenant pour que les pays ACP, dont Maurice, obtiennent de leur partenaire européen un meilleur deal que celui des APE consenti à Cotonou. Sur la question d’un éventuel Brexit qu’il dit ne pas entrevoir personnellement, Paul Bérenger souligne ses graves implications pour l’économie globale si jamais il se matérialisait. “Cela rendrait la situation économique mondiale encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà compte tenu de la mondialisation”.
Le leader de l’opposition révèle par ailleurs avoir objecté auprès du Premier ministre à la nomination de Navin Beekarry comme nouveau directeur général de l’ICAC quand sir Anerood l’a consulté à cet effet, selon ce que prévoit la loi. Paul Bérenger justifie son objection à cette nomination par ce qu’il juge être “la piètre performance” de la personne nommée, qui a occupé ces fonctions précédemment, entre 2002 et 2005. Mais le chef de l’opposition reproche surtout à Navin Beekarry d’avoir prêté foi, à l’époque, aux “accusations gratuites” de Teeren Appasamy dans un affidavit.
“La magouille alors concoctée visait à m’empêcher d’accéder au poste de Premier ministre”, soutient Paul Bérenger. Il parle des “fausses allégations” qui avaient été portées par le dénommé Appasamy contre des membres du gouvernement MSM-MMM d’alors dont sir Anerood Jugnauth, lui-même et même Sam Lauthan et Eddy Boissézon. “Et ces insanités avaient été prises au sérieux par Beekarry, celui-là même qui avait renvoyé de l’ICAC un certain Roshi Bhadain ! ” accuse le leader de l’opposition. Paul Bérenger dit ne pas se faire d’illusions que toute cette affaire remontera vite à la surface. Aussi, conseille-t-il déjà au directeur général nouvellement nommé, de démissionner.
Le chef de l’opposition rappelle par ailleurs que, répondant à une interpellation le 7 juin dernier, le Premier ministre avait laissé entendre qu’il avait été informé par le ministre de la Bonne Gouvernance et des Services financiers que la nouvelle Financial Crime Commission serait instituée d’ici à la fin de l’année. Aussi s’étonne-t-il que le nouveau directeur général de l’ICAC a été nommé pour un mandat contractuel maximal de cinq ans.
Paul Bérenger accuse d’autre part, la Speaker de l’Assemblée nationale, Maya Hanoomanjee, d’avoir choisi d’être juge et partie dans le conflit qui l’opposait à la rédactrice en chef du magazine Weekly, Touria Prayag. Il rappelle à cet effet que, selon les dispositions des standing orders du Parlement, quand il s’agit de décider d’une sanction à l’encontre de ce que l’on appelle un “stranger” dans le jargon parlementaire, la Speaker est tenue, selon lui, de référer d’abord le cas au Directeur des Poursuites Publiques (DPP). Selon le leader de l’opposition toujours, le DPP décide alors de soumettre éventuellement l’affaire en cour et c’est à cette dernière de décider de la marche à suivre.
Speaker : “Ruling honteux et lâche”
Paul Bérenger qualifie ainsi de “honteux” et de “lâche” le ruling de la Speaker suspendant la rédactrice en chef de Weekly de toute participation aux travaux de l’Assemblée nationale pour quatre séances “plutôt que de laisser la cour trancher”. Pour le chef de l’opposition, au-delà du cas particulier de la journaliste concernée, la décision de la Speaker est, trouve-t-il, “une grave atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d’expression de manière générale”.
Par rapport à l’affaire Med-Point, Paul Bérenger ne manque pas de souligner que la demande du DPP auprès de la Cour suprême pour obtenir l’autorisation d’interjeter appel auprès du Privy Council coïncide avec les témoignages en cour des fonctionnaires confirmant, selon lui, les rôles qu’auraient joués à l’époque les ministères de la Santé et des Finances dans l’acquisition de la clinique privée par l’Etat. Après ce qu’il considère être un premier commentaire malvenu du chef du gouvernement à la suite du jugement de la Cour suprême, le leader de l’opposition regrette que sir Anerood a, une nouvelle fois, commenté toute l’affaire jeudi soir.
Pour lui, il n’est pas du rôle d’un Premier ministre de faire des “commentaires à l’emporte-pièce” sur des décisions du judiciaire. Il demande ainsi à sir Anerood de s’en abstenir et de permettre au judiciaire et au DPP “d’assumer leurs responsabilités en toute sérénité”.
Commentant enfin les troubles de ces dernières semaines à Mayotte mettant aux prises des résidents de ce département français d’outre-mer à des migrants venus de l’île comorienne d’Anjouan, le leader de l’opposition appelle le gouvernement mauricien à se concerter avec ceux de Madagascar et des Seychelles dans le cadre de la Commission de l’océan Indien (COI) en vue d’une intervention “en toute fraternité” auprès de Paris.
Pour Paul Bérenger, cela se justifie d’autant plus que, d’une part, la France, à travers La Réunion, est membre de la COI et que, d’autre part, un Comorien s’apprête bientôt à assumer la responsabilité de secrétaire général de la Commission. Le chef de l’opposition reconnaît que le problème sur place n’est pas facile à régler avec, dit-il, de véritables “chasses aux migrants” de la part des Mahorais. Toutefois, explique Paul Bérenger, qui révèle en avoir discuté avec l’ambassadeur de France à Port-Louis, il est dans l’intérêt même de la France, “pays des droits de l’homme”, que l’État de droit soit réinstauré dans ce département français.