Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, renvoie dos à dos les ministres Roshi Bhadain et Vishnu Lutchmeenaraidoo, les rendant tous deux responsables de la mauvaise gestion de l’affaire BAI. Une affaire qui, dit-il, a fini par faire perdre “des milliards” de l’argent public. Par ailleurs, il accuse le gouvernement Lepep de manquer à sa parole sur la question du salaire minimun vital, réclamant le retrait du projet de loi y relatif en attendant la formulation de “propositions précises.” Paul Bérenger revient, enfin, sur le choix du ministère de la Santé d’avoir recours à un partenaire suisse pour son projet de centre spécialisé de cancérologie alors qu’affirme-t-il, l’expertise de pointe en la matière se trouve ailleurs, surtout en Grande-Bretagne et en France.
À la lumière des réponses fournies, mardi, à l’Assemblée nationale, par le ministre de la Bonne Gouvernance et des Services financiers, Roshi Bhadain, à sa dernière PNQ, Paul Bérenger conclut que l’affaire BAI a été entièrement mal gérée par les autorités. Et ce, depuis que la licence bancaire de la Bramer Bank a été révoquée par la Banque centrale. Il rappelle que la ligne de crédit que la Banque de Maurice (BoM) a été “contrainte” de débloquer pour le remboursement des souscripteurs lésés du plan Super Cash Back Gold (SCBG) et des clients de Bramer Assets Management, qui devait se faire en un an ne le sera dorénavant que dans deux ans.
Parlant de la somme injectée par l’État pour la mise sur pied de la MauBank, le leader de l’opposition évoque les chiffres “contradictoires” avancés, d’abord, par l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo (Rs 4,4 milliards/MD), et plus tard par le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth (Rs 3,8 MD). Alors que, souligne-t-il, Roshi Bhadain a, pour sa part, refusé d’avancer la somme déboursée pour le lancement de la National Insurance Company (NIC), Paul Bérenger affirme qu’au moins Rs 3,5 MD des fonds publics ont dû nécessairement avoir servi pour la création de la MauBank.
Pour ce qui concerne les sommes nécessaires au remboursement des souscripteurs des plans de l’ex-BAI, le chef de l’opposition met en exergue, là encore, ce qu’il estime être des chiffres contratictoires avancés par le ministre Bhadain. Il rappelle ainsi que le 8 septembre dernier, le ministre avançait qu’une somme globale de Rs 16 milliards devait être trouvée pour l’émission des debenchures, soit Rs 3,2 MD annuellement sur cinq ans. Il note que, mardi, Roshi Bhadain est venu, cette fois, avancer les chiffres de Rs 7 MD et de Rs 1,4 MD, respectivement.
Ce qui lui fait dire qu’il y aurait eu du “taye, raze” pour ce qui concerne le remboursement des bonis et autres intérêts dus aux souscripteurs lésés. Selon le leader de l’opposition, à l’Assemblée nationale, mardi, Roshi Bhadain “a pris un malin plaisir” à clouer au pilori son collègue du cabinet, Vishnu Lutchmeenaraidoo, par rapport au recouvrement des investissements de l’ex-BAI dans Britam au Kenya. Il dit que le ministre des Services financiers a laissé comprendre qu’en s’amusant à vouloir spéculer sur les avoirs de l’ex-BAI au Kenya, son collègue Lutchmeenaraidoo a fait perdre à l’État une somme de Rs 1,4 MD.
Port: “DP World partenaire minoritaire?”
Ainsi, Paul Bérenger trouve que, comme il l’avait prévu dès l’éclatement de l’affaire, la crise BAI a été entièrement mal gérée. Précisant ne vouloir prendre partie ni pour l’un ni pour l’autre, il renvoie dos à dos Roshi Bhadain et Vishnu Lutchmeenaraidoo en les rendant mutuellement responsables: “Les deux ministres portent le fardeau de la mauvaise gestion de cette affaire BAI qui aura fini de faire perdre des milliards de l’argent public.”
Revenant, d’autre part, à sa précédente PNQ adressée au PM adjoint et ministre responsable du port, le leader de l’opposition dit espérer que Xavier Duval “sait de quoi il parle” après que le ministre a laissé entendre que l’éventuel partenariat avec DP World se ferait sur le modèle du partenarait stratégique qui avait été conclu, à l’époque, par Mauritius Telecom (MT) avec France Telecom. Paul Bérenger rappelle avoir été partie prenante de ces négociations avec France Telecom en sa capacité de Deputy PM et ministre des Finances dans le gouvernement MSM/MMM d’alors.
Des “négociations serrées” après que les bases d’un accord avec le partenaire français avaient déjà été jetées par le gouvernement PTr sortant de 2000. Le chef de l’opposition rappelle qu’il avait été finalement convenu dans l’accord d’actionnariat conclu le 24 novembre 2000 que Mauritius Telecom allait conserver une part majoritaire de 60% de l’actionnariat couplée à un nombre majoritaire de directeurs au Conseil d’administration avec, en sus, le droit de nomination du président du Conseil d’administration et du directeur général revenant à la partie mauricienne.
Paul Bérenger s’impatiente de savoir si, dans le cadre d’un éventuel partenarait avec les autorités portuaires mauriciennes, DP World sera disposé à n’être, comme France Telecom, qu’un partenaire minoritaire à hauteur d’un actionnariat de 40% tout en étant minoritaire au Conseil d’administration et en cédant à la partie mauricienne les postes de président du Conseil d’administration et de directeur général. Le leader de l’opposition se défend d’attiser les craintes que suscite un tel partenarait avec DP World parmi les travailleurs du port. Il affirme que l’intransigeance de l’opérateur dubaïote en matière de gestion du personnel est connue de par le monde.
“Il est dans l’ordre des choses que les syndicats se méfient d’avoir affaire à un tel style de management”, dit-il. Paul Bérenger accueille favorablement l’assurance donnée par le ministre Duval, lors de sa rencontre avec les syndicalistes, à l’effet que les droits acquis des travailleurs ne seront pas remis en question. Il se réjouit, de même, que les choses semblent évoluer dans la bonne direction dans le cas particulier du syndicaliste renvoyé, Alain Edouard.
Par rapport au projet d’adoption d’un salaire minimum vital, le chef de l’opposition accuse le gouvernement et le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, de manquer à leur parole. Il rappelle que l’adoption d’un salaire minimal garanti avait été présenté aux dernières élections générales par l’Alliance Lepep comme la 2e des 12 priorités qui allaient être adoptées dans les 3 mois suivant une éventuelle accession au pouvoir. Il note que le gouvernement ne fait maintenant que nommer un comité avec seulement 7 syndicalistes sur un total de 29 membres pour se pencher sur toute la question.
Cas de Mme Suzette Aza: “Qu’un Senior Magistrate enquête!”
Paul Bérenger ne manque pas, non plus, de souligner qu’après sa présentation en première lecture, le projet de loi y relatif a été enlevé de l’ordre du jour. Il souligne de plus que le comité institué sera aussi appelé à remplacer le comité tripartite qui se réunit, chaque année, pour décider de la compensation salariale. Le leader de l’opposition trouve, en sus, que le gouvernement a désormais le devoir d’expliquer ce qu’il adviendra des différents Remuneration Orders (RO) existants.
Même si nombre d’entre eux attendent depuis longtemps d’être revus, il rappelle que ces RO prévoient déjà, au niveau des différents secteurs d’activités économiques, un salaire minimal. Concluant sur ce chapitre, le chef de l’opposition réclame le retrait du projet de loi présenté en attendant la formulation de propositions précises.
D’aure part, Paul Bérenger revient de nouveau à la charge sur le choix du centre hospitalier suisse comme partenaire du ministère de la Santé pour son projet de centre spécialisé de cancérologie. Il soutient que le centre étranger choisi n’est pas spécialisé dans le traitement du cancer et que les meilleurs partenaires éventuels dans ce domaine se trouvent ailleurs qu’en Suisse, surtout en Grande-Bretagne et en France. Même s’il déclare ne pas vouloir donner l’impression que le partenaire choisi par le ministère de la Santé n’a aucun mérite, le leader de l’opposition trouve que la population est en droit de savoir pourquoi le choix s’est porté sur ce centre en Suisse.
Paul Bérenger allègue que selon ses renseignements, un proche d’un ministre bien en vue serait un haut responsable de ce centre hospitalier suisse. “Que l’on me démente si tel n’est pas le cas et, au besoin, je retirerai mes propos.” Le chef de l’opposition enchaîne avec le récent décès dans des circonstances troubles de Mme Suzette Aza, patiente atteinte de cancer qui était en traitement dans le service hospitalier. Pour lui, la réaction du ministre de la Santé Anil Gayan par rapport à ce cas est “absolument révoltante et choquante.”
Paul Bérenger, qui dit craindre qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, parle de “véritable enfer” que vivent les malades du cancer. “Il ne saurait, donc, être du ‘business as usual’ comme, par exemple, se limiter à une enquête départementale”, dit-il. Et de demander à ce qu’un Senior Magistrate soit nommé pour tirer au clair les circonstances ayant conduit au décès de Mme Suzette Aza, “une victime de la bureaucratie.”