Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, souligne qu’une analyse approfondie confirme sa première réaction à chaud à l’effet que si le budget présenté par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, comprend un certain nombre de mesures “intéressantes”, notamment par rapport à la lutte contre la pauvreté, ce n’est pas pour autant un budget de relance susceptible surtout de favoriser la création d’emplois. Il laisse comprendre que les mesures annoncées ne vont pas favoriser l’investissement qui, de manière générale, est en chute libre depuis 2009. “Sans investissement, l’économie ne saurait décoller”, déclare le chef de l’opposition. Paul Bérenger prévoit ainsi que la croissance pour l’année financière 2016-17 sera, ainsi, “malheureusement” en dessous des 4% contre la prévision de 4,1% faite par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth.
Paul Bérenger cite le seul cas de l’investissement direct étranger (FDI) qui, d’un montant global de Rs 20,3 milliards en 2012, est descendu à seulement Rs 9,6 milliards en 2015. Il prévoit que l’on ne dépassera pas la barre des Rs 10 milliards en 2016. D’où son constat qu’il n’y aura “malheureusement pas de relance de l’économie”. En matière d’investissement, de manière générale, le leader de l’opposition accuse le gouvernement de ne pas avoir jusqu’ici donné l’exemple. Il explique en effet que depuis son installation au pouvoir en décembre 2014, celui-ci a sacrifié le budget de développement de l’État au profit du budget de fonctionnement.
Il trouve que le gouvernement n’a pas à ce jour favorisé le climat de confiance nécessaire pour que le secteur privé soit encouragé à investir. “Comme cela avait été le cas en 1982, Pravind Jugnauth n’avait pas d’autre choix que de parler le langage de la vérité à la population”, selon lui. Alors que dans son discours budgétaire le ministre des Finances a fait une projection de croissance de 4,1% pour l’année financière 2016-17, Paul Bérenger estime, lui, que la croissance demeurera en dessous de la barre des 4%. D’autant que, dit-il, il ne faut pas sous-estimer l’impact de l’après-Brexit sur l’économie nationale.
Le leader de l’opposition soutient que sur fond du bras de fer autour des Chagos, la Grande-Bretagne n’entend pas selon lui “faire aucun cadeau” à Maurice. Aussi, s’étonne-t-il de la seule mesure de subvention au fret à l’exportation des produits destinés au marché britannique. Pour lui, par rapport au Brexit, dès le départ, il fallait “prévoir le pire”. Et Paul Bérenger de revenir sur “la manière de faire” pour ce qui est de la revendication de la souveraineté nationale sur l’archipel des Chagos.
Rappelant que même la Banque de Maurice (BoM) n’a prévu qu’une croissance de 3,8%, le chef de l’opposition ne manque pas d’ironiser sur la projection “totalement ridicule” d’une croissance de 5,7% qui avait été faite par l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, lors de la présentation du premier budget de l’alliance Lepep début 2015. Paul Bérenger, qui ne manque pas de noter l’absence de toute référence à quelque financement saoudien ou dubaïote à des projets de développement, constate en revanche que le présent budget de Pravind Jugnauth a été “sauvé” grâce à un généreux don indien de l’ordre de Rs 13 milliards.
“Déficit budgétaire incontrôlable sans l’aide indienne”
Pour lui, en l’absence de ce financement de l’Inde, le déficit budgétaire aurait été incontrôlable. Il estime néanmoins que ce grant indien de l’ordre de Rs 13 milliards étalé sur quatre ans prendra du temps avant d’être déboursé. Quant au chiffre avancé d’un déficit budgétaire de 3,3%, le chef de l’opposition explique que quand l’on tient compte des Special Funds, celui-ci atteint 4,4%. Même sous-évaluation, selon lui, de la dette publique, estimée au taux déjà conséquent de 65% compte tenu notamment des conséquences de la gestion de l’affaire BAI.
Le chef de l’opposition constate par ailleurs l’absence “très dangereuse” de toute référence dans le budget au déficit du compte courant nécessaire à l’évaluation de l’état de l’économie nationale. À ce sujet, Paul Bérenger explique que, pendant longtemps, l’important flux d’investissements vers l’Inde à travers les entreprises du Global Business a permis le maintien à 5% le Current Account Deficit. Pour lui, tout ralentissement dans ce flot d’investissements vers la Grande Péninsule par l’entremise du Global Business ne peut être que “catastrophique” pour le taux du déficit du compte courant. Le leader de l’opposition s’inquiète ainsi de toute référence du mi-nistre des Finances à ce propos.
Revenant à la dette publique évaluée à un taux de 65%, Paul Bérenger annonce qu’en marge des débats budgétaires, il entend adresser une PNQ en vue de savoir si le taux arrêté tient compte des éventuelles compensations “par milliards” que l’État pourrait bien être tenu de payer à des investisseurs dans des litiges commerciaux comme ceux relatifs, entre autres, à un projet de développement abandonné au Morne, à l’affaire CT Power, à celle de Betamax ou encore celle de l’ex-BAI. Selon lui, en effet, le calcul de la dette publique devrait aussi tenir compte d’éventuels dédommagements à être payés par l’État dans ces litiges commerciaux.
Sur un plan plus sectoriel, le leader de l’opposition trouve qu’il n’y a pas grand-chose de nouveau annoncé pour ce qui est du secteur des Petites et Moyennes Entreprises (PME) “après surtout les divagations de Vishnu Lutchmeenaraidoo” qui, rappelle-t-il, avait fait la promesse d’une enveloppe de Rs 10 milliards via la MauBank. “Tout son budget était censé axé sur les PME : développements portuaires promis, Smart City à Pailles, celle de Roches-Noires”. Et Paul Bérenger de constater que Pravind Jugnauth n’est en rien revenu sur tout ce qui avait été annoncé. Il souligne que la one-stop-shop longtemps annoncée par Vishnu Lutchmeenaraidoo peine encore à se mettre en place sous forme de ce qui est désigné comme MyBiz.
Le chef de l’opposition constate qu’au chapitre de la Corporate Social Responsibility (CSR), Pravind Jugnauth vient en fait défaire tout ce qui avait été annoncé par son collègue Lutchmeenaraidoo. Alors que, explique-t-il, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait accordé l’entière liberté aux entreprises de décider des projets qu’ils financeraient à partir de leurs contributions CSR, Pravind Jugnauth, note-t-il, vient créer une National CSR Foundation à laquelle chaque entreprise devra dans un premier temps contribuer 50% de son fonds CSR et jusqu’à 75% à partir de la deuxième année. Paul Bérenger trouve que Vishnu Lutchmeenaraidoo ne fait que se “ridiculiser davantage” quand il dit accueillir favorablement les nouvelles dispositions annoncées en matière de CSR.
Éradication  de la pauvreté : “mesures  intéressantes”
Le leader de l’opposition constate une même reculade par rapport à un nouveau mode de transport en commun. Alors que, dit-il, le précédent gouvernement Ramgoolam avait longtemps tergiversé pour finalement reprendre l’idée du métro léger, ce même projet dorénavant rebaptisé “métro express” ne doit dorénavant sa réincarnation que grâce à l’aide indienne. Mais, selon lui, les sommes avancées dont les Rs 800 millions dans le présent budget seront loin de suffire à l’aboutissement complet du projet. Précieux temps perdu également, selon Paul Bérenger, en ce qui concerne les grands travaux pour une bien meilleure fourniture en eau potable.
Quant à la décision de confier à un High Powered Committee une étude sur les moyens à mettre en place en vue d’assurer la pérennité du plan national de pension dans le contexte du vieillissement de la population, le chef de l’opposition n’y voit qu’un moyen subtil de laisser perdurer les choses. Pourtant, dit-il, non seulement le vieillissement de la population constitue un souci pour la viabilité à long terme du plan national de pension, il s’agit aussi d’un réel problème susceptible de freiner le développement économique du pays.
En ce qui concerne la baisse de Rs 330 à Rs 270 de la bonbonne de 12 kg de gaz ménager, Paul Bérenger déclare “mieux vaux tard que jamais”, en rappelant que c’est une décision longtemps attendue dans le sillage de la baisse générale du cours des produits pétroliers sur le marché mondial. Il considère tout aussi “intéressantes” les mesures proposées pour l’éradication de l’extrême pauvreté. Le chef de l’opposition annonce là encore une prochaine PNQ dans le cadre des débats budgétaires en vue de plus d’éclaircissements. Accueil tout aussi favorable de ce qui a été annoncé par rapport à un mieux être des personnes handicapées.
Paul Bérenger se réjouit particulièrement que le ministre des Finances a été sensible à l’appel qu’il lui avait adressé dans le cas particulier des Organisations Non-gouvernementales (ONG) se chargeant de l’éducation et de la formation des enfants à besoins spéciaux, même s’il dit attendre y voir plus clair dans ce que représenteront dans les faits les augmentations de subventions consenties. Le leader de l’opposition regrette en revanche l’absence de toute référence au projet de centre cancérologique qui devrait être abrité au sein de l’ancienne clinique MedPoint.
Il conclut sur les mesures budgétaires elles-mêmes en répétant que si certaines  sont “intéressantes”, beaucoup d’autres ne répondent pas aux attentes en vue d’une réelle relance génératrice d’emplois.