Réforme électorale et deuxième République. Des projets qui amènent les partis vers des tractations et un éventuel rapprochement. Ces tactiques électoralistes mettent à l’index la cohérence dans la pratique politique. Scope examine à ce sujet un cas d’école. Pour essayer de comprendre les raisons des multiples alliances contractées par le MMM de Paul Bérenger.
Nombreux sont les Mauriciens désabusés par ces alliances suivies de ruptures. Qui, à maintes reprises et avec divers partenaires, se sont concrétisées puis défaites, avec pour protagoniste le MMM. On apprend ainsi que les négociations avec le MSM, après maintes tergiversations, ont repris dans le courant de la semaine, alors qu’un rapprochement avec le PTr semblait probable la semaine d’avant.
Selon la logique appliquée par Paul Bérenger, tout semble permis, surtout l’inattendu. À ce niveau, dans sa manière de faire, l’homme reste cohérent puisqu’il aura finalement habitué les Mauriciens à ce type d’acrobaties.
Positionnement.
Les tactiques électoralistes mues par des considérations castéistes expliquent les multiples configurations d’alliances dans lesquelles on a retrouvé le leader du MMM. En 1982, il est alors en alliance avec le PSM de Harish Boodhoo, et propose Anerood Jugnauth comme Premier ministre. Alliance qui vole en éclats.
Le deuxième 60-0 de notre histoire politique est remporté par l’alliance PTr-MMM, en 1995. Celle-ci tient deux années. Ce qui n’est pas le cas de l’alliance MMM-MSM qui, en 2000, termine son mandat de cinq ans, avec Paul Bérenger comme Premier ministre pendant deux ans. Un partage du poste avec SAJ, dont le remake est évoqué douze années plus tard.
Qu’est-ce qui, aujourd’hui, conduirait le leader du MMM à un éventuel rapprochement avec le PTr, alors que celui avec le MSM semble toujours d’actualité ? D’aucuns sont amenés à penser que Paul Bérenger serait constamment à la recherche du meilleur parti pour faire alliance afin d’accéder au pouvoir. Par conséquent, les discussions menant à une réforme électorale et à un éventuel régime présidentiel sont perçues comme un paravent aux négociations concernant le positionnement du MMM de Bérenger.
Des changements aussi fondamentaux pour la démocratie ne peuvent être réduits à une discussion entre deux personnes. Jocelyne Minerve estime que Bérenger et Ramgoolam semblent se poser comme les seuls maîtres à bord pour discuter du devenir démocratique du peuple mauricien. Elle estime que cette situation est malsaine et tend à transformer le citoyen en spectateur passif d’un western spaghetti à feuilletons. “Ceci néantise les électeurs, les réduisant à des suiveurs dociles du diktat des chefs de partis. C’est une situation qui risque de dégoûter encore plus les jeunes de la politique.”
Opportuniste.
La cohérence dans la pratique politique est mise en question. Les politiciens des partis traditionnels sont aussi revenus à maintes reprises et sans vergogne sur les quolibets proférés à l’encontre de leurs congénères, selon le côté de l’hémicycle dans lequel ils se trouvent. Les scandales sont oubliés ou ressortis du placard, selon les besoins d’une politique politicienne. Comme bien d’autres hommes politiques, Bérenger n’échappe pas à cela.
Jack Bizlall a connu Paul Bérenger au MMM depuis 1973. Il dresse le portrait d’une personne pulsionnelle qui veut tout diriger. Une personne qui prend des décisions selon la conjoncture. Qui s’intéresse davantage à ce qui est réalisable dans l’immédiat, pas dans le long ou le moyen terme. “Il s’attache à la tactique, pas à la stratégie. C’est un opportuniste et il tire des bénéfices de l’immédiat, mais se refuse de construire dans le temps. Au moment du bilan de sa carrière, peut-être comprendra-t-il son erreur : avoir dépensé toutes ces années en politique, sans avoir rien construit dans le long terme.”
Dans la même foulée, Jack Bizlall estime que cet opportunisme est caractérisé par une capacité à manipuler les gens et les événements afin de répondre à un besoin de tout diriger. Pour expliquer les changements de positions adoptés, Bizlall souligne que l’être humain est le résultat d’un environnement et d’une période donnée. Une synthèse d’une réalité extérieure et d’événements, qui lui est propre. Ce qui comprend plusieurs facteurs, dont l’éducation.
Forte personnalité.
Sur les bancs du Collège Saint-Esprit, dans les années 1960, l’étudiant Bérenger avait déjà une forte personnalité et donnait par moments du fil à retordre à ses enseignants, à travers une certaine arrogance et un caractère frondeur, voire moqueur. L’on connaît à ce sujet le côté persifleur de Bérenger, qui ne se gêne pas pour affubler ses adversaires du jour de surnoms cocasses. Mais le collégien Bérenger est aussi un gamin généreux qui n’hésitait pas à prêter sa bicyclette pour permettre à un copain d’aller déjeuner chez des proches.
Le collégien s’envole en 1965 pour le pays de Galles et entreprend rigoureusement des études, notamment de philosophie et de psychologie à l’université de Bangor. Il est de passage en France lors des événements de Mai 68. Rentre à Maurice, en 1969, avec ces mêmes idéaux qui sont ceux, non pas d’une révolution prolétarienne mais d’une révolution culturelle du capitalisme.
On ne saurait faire l’impasse sur la proximité du même Bérenger avec la classe ouvrière et les syndicats, ni sur les grèves menées dans les années 70. Des actions qui ont contribué à sa popularité et qui lui ont conféré une envergure certaine en tant que politicien. Était-ce déjà une tactique qui, inconsciemment, avait pour visée la conquête du pouvoir ?
La politique du MMM n’est plus différente de celle des autres partis traditionnels. Ce qui sans doute leur permet de s’emboîter selon les besoins d’une conjoncture économique, entre autres considérations plus politiciennes.