Paul Bérenger, leader du MMM, se dit « confiant » que le MMM obtiendra une majorité d’élus au scrutin législatif du jeudi 7 novembre. Recevant Week-End hier matin à son domicile de River Walk, le chef de file des mauves, décontracté et tout sourire, devait évoquer ce qu’il considère être « le raz le-bol généralisé » de la population dans son ensemble face à la guerre sans merci que se livrent les deux « alliances galimatias » d’en face à coups de « videogates ». Tout en rappelant que ces législatives de 2019 sont la première lutte à trois depuis 1976, il évoque « l’occasion ratée » de 2010 quand, dit-il, à la onzième heure, le MSM est allé conclure une alliance avec le PTr et le PMSD. Ce qui, rappelle le leader du MMM, avait permis — comble d’ironie — à Navin Ramgoolam de se maintenir au pouvoir…

  Vous avez été candidat malheureux au poste de Premier ministre aux dernières élections générales de 2014. Pourquoi, selon vous, l’électorat pourrait cette fois vous faire confiance en vue d’assumer ce poste de chef du gouvernement ?

Pour ces présentes législatives, nous ne sommes pas dans la même situation que celles de 2014. Aux dernières élections, il était question que le président désigné de l’Alliance PTr-MMM d’alors, Navin Ramgoolam, dispose d’un certain nombre de pouvoirs et celui qui allait éventuellement être Premier ministre, en l’occurrence moi-même, garde la plupart des pouvoirs actuels de chef de gouvernement. Les circonstances ne sont plus aujourd’hui les mêmes. Cette fois, c’est le MMM, seul, qui a décidé de me présenter comme Premier ministre d’un éventuel gouvernement mauve. La situation est d’autant plus différente dans la mesure où l’on s’achemine cette fois vers une lutte à trois. En passant, je ne crois pas que l’issue des élections de 2014 a été déterminée par ma seule candidature au poste de Premier ministre. La situation diffère d’autant plus cette fois que l’électorat aura le choix entre trois Premiers ministres éventuels. Il y a certes davantage de militants et de sympathisants MMM dans certaines circonscriptions plutôt que dans d’autres. Mais notre but est de faire élire des candidats tant à la campagne que dans les villes. C’est un fait que la présente campagne électorale ressemble très peu à celles du passé. Je suis quant à moi satisfait que le MMM va décrocher une majorité d’élus.

  Une victoire avec une majorité de quelle ampleur ?

Avec notre système électoral, je me contente pour l’heure de vous dire que le MMM ira vers une majorité à ces élections générales. Le choix qui se présente à l’électorat est d’ailleurs clair : choisir entre, d’une part, deux alliances galimatias et, de l’autre, le MMM.

  Mais vos adversaires vous diront que le MMM n’a pas connu de victoire à des législatives depuis celles de 2000…

Nous sommes aujourd’hui dans un cas de figure tout à fait différent. Nous savons tous comment le système électoral a joué tout ce temps contre le MMM. D’ailleurs, les élections générales de 2010 furent une occasion ratée. À ces élections, comme en 1976, nous allions vers une lutte à trois. Jusqu’au moment où, à la dernière minute, le MSM se décide à faire alliance avec le PTr. Ce qui allait — comble d’ironie — permettre à Navin Ramgoolam de se maintenir au pouvoir avec l’appui du MSM. Il y a certes des choses qui jouent contre nous, comme le money politics pratiqué équitablement par les deux alliances d’en face. Mais le constat est à un raz le-bol généralisé chez les électeurs de toutes les communautés face à la corruption, aux abus et autres scandales. C’est d’autant plus le raz le-bol généralisé face à la décision des deux alliances galimatias d’en face de s’étriper mutuellement, avec raison d’ailleurs, par le biais notamment de la diffusion sur le web de videogates. C’est la raison pour laquelle je ne finis pas de prévoir de grosses surprises à ces législatives !

  Pourriez-vous faire une évaluation comparative des équipes des trois principaux blocs qui se présentent à ces élections générales ?

Au MMM, nous avons été les premiers à présenter nos 60 candidats ainsi que nos 20 mesures prioritaires en cas de prise du pouvoir, de même que notre équipe de personnalités qui assumeront éventuellement des postes de haute responsabilité à la tête du gouvernement et de l’État. Signe d’un renouveau en profondeur, nos 60 candidats comprennent pas moins de 36 nouveaux venus qui vont affronter l’électorat pour la première fois. Beaucoup de jeunes parmi, mais aussi des professionnels qualifiés qui ont choisi, à l’âge de la retraite, de s’engager comme candidats et de mettre leur énorme compétence au service de la nation. C’est très certainement la concrétisation du vœu de renaissance que j’avais formulé à l’occasion de la célébration des 50 ans du MMM fin septembre dernier. Je dois aussi dire que notre manifeste électoral intégral qui a été présenté cette semaine a aussi été bien reçu par la population, plus particulièrement par les intellectuels et les jeunes.

Notre équipe de personnalités qui seraient appelées à de hautes responsabilités a aussi conquis le cœur des électeurs. J’ai en tête notre frontbench constitué, en ordre hiérarchique, de moi-même comme Premier ministre éventuel, d’Ajay Gunness comme Premier ministre adjoint, de Reza Uteem comme ministre des Finances, de l’économie et des Services financiers, et de Rajesh Bhagwan, qui sera, lui, à la tête d’un super ministère de l’Environnement. Puis, il y a le choix que nous avons fait de confier éventuellement la présidence de la République au Professeur Swaley Kasenally, ancien ministre et scientifique de renom, et la vice-présidence a Kris Poonoosamy, ancien haut fonctionnaire de carrière très respecté par ses pairs. Dans notre équipe, les deux autres postes constitutionnels que sont ceux de Speaker et d’Attorney General seront respectivement confiés à Ariane Navarre-Marie et à Veda Baloomoody.

Avec une telle équipe propre, crédible et d’expérience, au MMM, nous avons toutes les raisons d’aborder ce scrutin de jeudi avec optimisme. Quant aux équipes adverses, je me contenterai de laisser à la population de les juger, d’elle-même.

  Il se pourrait quand même que les soubresauts qu’a connus le MMM depuis les législatives de 2014 aient une incidence sur sa performance lors de ce prochain scrutin…

Je n’ai absolument aucune crainte que les trahisons et autres démissions que nous avons subies aient quelque effet négatif sur notre performance à ces élections. Bien au contraire ! Par exemple, la dernière trahison infecte en série des cinq derniers déserteurs qui nous ont quittés ont aussi contribué au raz le bol généralisé dans l’électorat. Depuis, il y a eu un sentiment de dégoût contre de telles pirouettes politiques, contre les transfuges et autres traîtres de manière générale. Les choses sont claires dans la tête des électeurs : à leurs yeux, le MMM se présente seul à ces législatives la tête haute, les mains propres et propose un vrai changement pour une île Maurice démocratique et juste. Il y a, d’un côté, un travail immense qui nous attend après les résultats pour nettoyer le pays de la corruption, des scandales et du trafic de la drogue et, de l’autre, pour relancer l’économie. Une tâche immense, mais le MMM a l’équipe qui convient pour relever ce défi. On s’y prépare déjà.

  Alors que vous parlez de relancer l’économie, cette campagne électorale aura aussi été celle de toutes les promesses. Le MMM ne s’y est pas départi d’ailleurs…

Je ne suis pas d’accord que sur ce sujet vous compariez le MMM aux deux autres blocs en présence. C’est vrai qu’en matière de promesses il y a eu comme une surenchère entre les deux alliances galimatias d’en face. Quant à nous, au MMM, nous ne les avons pas suivis sur ce terrain. Certes, sur deux points, nous nous sommes entendus : l’application du rapport du Pay Research Bureau (PRB) dès janvier 2010, soit une année avant la date prévue et sur un rehaussement de la pension de vieillesse. Dans ce deuxième cas, nous nous sommes engagés pour indexer la pension des personnes âgées sur le salaire minimal. Un prochain gouvernement MMM déterminera à quel niveau devrait être révisé à la hausse l’actuel salaire minimal. La pension de vieillesse serait alors indexée sur ce nouveau salaire minimal. Par ailleurs, quand au MMM nous revendiquons une nouvelle île Maurice propre, démocratique et juste, cela sous-entend un pays qui assure au maximum la plus grande justice sociale. C’est pourquoi au MMM nous sommes en faveur que les personnes âgées bénéficient d’autant de facilités possibles. Mais hormis cela, il convient aussi de corriger les injustices à l’encontre des personnes handicapées, comme cette incongruité qui veut qu’une personne handicapée perde son droit à une pension d’invalidité à partir du moment où elle atteint l’âge de 60 ans, quand elle commence à bénéficier de la pension de vieillesse. Jusqu’ici, la pension de vieillesse vient remplacer celle d’invalidité.

  Mais s’occuper de l’économie est aussi un impératif…

Effectivement. Non seulement les principaux secteurs productifs sont en panne de manière générale, perdant cinq ans, mais le gouvernement sortant donne le sentiment de ne s’être intéressé qu’à offrir de petites gourmandises ici et là en vue de fer labous dou sans parallèlement tenir compte du niveau de l’endettement public et du déficit budgétaire. On aura beau recourir à la SBM ou aux co-called Special Purpose Vehicles pour essayer de tout camoufler, mais le fait reste que les indicateurs sont au rouge. Aussi, un prochain gouvernement MMM aura à analyser la situation de la dette publique et du déficit budgétaire d’en face. Il y a, par ailleurs, l’industrie de la canne qui est au bord de la faillite, alors que le textile/habillement, le secteur financier et même le tourisme sont dans une mauvaise passe. Mon optimisme c’est quand bien même le fait que la population en général et les jeunes en particulier sont arrivés à comprendre que les politiciens et les politiciennes ne sont pas tous pourris, tous corrompus. C’est là une grande chose sur laquelle il convient de bâtir cette nouvelle île Maurice que le MMM propose à la population.

   Compte tenu de l’urgence du dérèglement climatique, quelle considération un éventuel gouvernement MMM accordera à ce dossier précis ?

Vous avez raison de rappeler que le changement climatique est désormais une préoccupation majeure sur le plan global. On le constate d’ailleurs à longueur de diffusion de bulletins d’informations étrangères. C’est un phénomène qui est d’autant plus préoccupant pour les Petits États insulaires en Développement (PEID) comme Maurice. Sur le plan local, au lieu de réagir comme la situation l’exige, le gouvernement sortant n’a rien trouvé de mieux que d’amalgamer le ministère de l’Environnement à celui de… la Sécurité sociale. Et pour couronner le tout, avec quel ministre-choc à la tête ! L’Environnement est assurément une des plus grandes faillites de ce gouvernement sortant. Quant à nous, au MMM, nous nous engageons à faire le maximum en vue d’un réel assainissement de la situation. Nous entendons aussi faire qu’en tant que PEID, Maurice joue de nouveau un rôle de premier plan tant au niveau régional qu’international. C’est dans cette perspective qu’au MMM nous avons jugé utile, en cas de prise du pouvoir, de confier à Rajesh Bhagwan, éventuel Numéro 4 d’un gouvernement MMM, un super-ministère de l’Environnement. Nous prenons l’engagement qu’au gouvernement ce dossier brûlant sera parmi les priorités de nos priorités.

  Vous nous assurez que le MMM se présente à ces élections pour l’emporter en vue de gouverner. Mais qu’en serait-il si l’on se retrouvait, comme en 1976, avec un hung parliament ?

Il n’est pas étonnant que l’on se pose ce genre de questions puisque, comme dans le cas du changement climatique, il y a eu ces derniers temps de nombreux cas où, après des élections générales dans un certain nombre de pays, aucun parti ou alliance de parti n’est parvenu à dégager à lui seul une majorité absolue lui permettant de gouverner. Le dernier exemple en date est celui du Canada. Au MMM, nous pensons que l’éventualité de se retrouver avec un hung parliament ne va pas se poser après les prochaines législatives et que le MMM aura une bonne majorité à l’Assemblée nationale. Quoi qu’il en soit, il est bon que la population soit consciente de ce que prévoit la Constitution dans l’éventualité d’un hung parliament. Ainsi, au cas où aucun parti ou alliance de partis n’obtient une majorité absolue pour gouverner seul, il est prévu que rien ne change pendant 10 jours après la proclamation des résultats.

L’esprit derrière cette disposition constitutionnelle est de permettre aux dirigeants des différents blocs en présence de se concerter en vue de dégager une majorité absolue pour gouverner le pays. Il faudra alors qu’un élu, généralement un des chefs de parti ou d’alliance de partis, prouve au président de la République en exercice qu’il dispose d’une telle majorité numérique pour gouverner. Il faut pour cela que le président soit convaincu d’une telle majorité absolue. Il faut, en quelque sorte, une preuve formelle qu’une telle majorité numérique existe. Au risque que tout ne débouche bien vite sur la présentation et le vote d’une motion de censure contre un tel Premier ministre qui ne détiendrait pas réellement une majorité absolue pour gouverner. Ce qui éclaboussera aussi au passage la présidence de la République.

Par ailleurs, si l’on veut aller encore plus loin dans la politique fiction, on peut aussi imaginer qu’au bout de délai de 10 jours prévu par la Constitution, aucune working majority n’arrive toujours à être constituée. Dans une telle éventualité, le président de la République en exercie se retrouve au premier plan. Il a alors notamment la prérogative de rappeler de nouveau la population aux urnes. Mais tout cela n’est que de la politique fiction. De manière plus réaliste, si aucun parti ou alliance de parti n’arrive à dégager seul une majorité absolue pour gouverner, il deviendra nécessaire, quelque part, de dégager une telle majorité pour que le pays puisse être gouverné.

  Un ultime message aux électeurs avant le scrutin de jeudi ?

Je tiens personnellement à féliciter la population pour la façon par laquelle la campagne électorale qui s’achève s’est déroulée jusqu’ici. Mon souhait est qu’elle se termine dans le même calme absolu sans résurgence de communalisme. Sans non plus que le money politics ne vienne, de quelque manière, fausser le jeu démocratique. Au nom du MMM, j’appelle à un vote pour cette île Maurice propre, démocratique et juste pour laquelle nous nous engageons.