Monstre sacré (Editions du Rocher), son dernier livre de souvenirs (ou ses mémoires) sur son métier, sur ses amis, est une espèce de périple, un voyage circulaire qui finit par le reconduire au port d’origine, Saint-Tropez ( Je reviens encore et toujours à Saint-Tropez. Tous les ans ou Presque…). Paul-Loup Sulitzer, écrivain (plus de 60 millions de livres vendus), homme d’affaires français et consultant international, est à sa cinquième visite à Maurice. Aimable et optimiste face à notre monde, il a bien voulu parler de son livre autobiographique paru en juin 2013 et de son parcours, le temps d’une agréable rencontre en exclusivité pour nos lecteurs à l’hôtel Royal Palm du groupe Beachcomber où il était en tournage. L’écrivain prolifique se présente, sans megalomanie apparente, comme “un homme tout court, qui a fait des affaires par nécessité, avec des idées…”
Parce qu’il est né en France en 1946 à Boulogne Billancourt, Paul-Loup Sulitzer appartient à une génération qui n’est pas passé au travers des filets de l’Histoire : il y a les égratignures de la vie avec son père Jules, immigré juif originaire de Roumanie, qui a fui le régime fasciste de son pays et les persécutions antisémites.  (J’étais très sensible à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. D’abord, parce que j’étais venu au monde à la fin de cet horrible conflit. Ensuite, toute mon enfance est baignée par les récits de combats, des arrestations, des déportations…). Pas de trame d’une grande originalité qui avait fait le succès de la trilogie de Cash, Money et Fortune et inaugurait un nouveau genre littéraire dans les années 80, celui du “western financier” ou Le Roi vert, récit d’une passionnante aventure humaine. Paul-Loup Sulitzer accompagne, dans Monstre sacré, le récit de ses souvenirs (abondamment illustrés de photos de sa collection personnelle) d’anecdotes aussi bien historiques, littéraires que politiques ou culturelles. Certaines d’entre elles ne manquent pas d’intérêt ou de charme. Il a côtoyé de grandes personnalités politiques :
de Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy en passant par les Israéliens Ariel Sharon, Yitzhak Rabin et l’Américain Ronald Reagan. Ses amis virevoltent ici et là au détour d’un chapitre : Alain Delon, Eddie Barclay, Gunther Sachs, Johnny Halliday, Michael Jackson, Marlon Brando, entre autres. On retiendra l’évocation des problématiques complexes et les références à l’argent qui se surajoutent au récit de souvenirs. Mes livres parlent d’argent, dit-il, ou encore mes livres sont à l’image de ma vie. Sulitzer se compare à un cuisinier qui raconte l’envers du décor, comment on fait un bon plat. Il avoue dans son livre :
“Le western financier est un genre nouveau mais ce n’est pas moi qui ai inventé cette formule. Un jour, j’ai dit à la television : “Dans mes livres, ce ne sont pas les balles qui tuent les gens, c’est l’argent, la finance, le pouvoir. Un type qui ferme une usine fait plus de mal qu’un cowboy qui entre dans un ranch avec un pistolet.” En écoutant mes declarations, l’éditeur, malin, a inventé l’expression “western financier”. Se référant au Roi vert, (le récit d’un homme devenu le plus riche au monde), l’écrivain dira :
“Je raconte sans detours cette histoire, ça nous permet, mieux qu’un livre d’économie, de découvrir un monde qu’on connaît mal… Il n’y a rien à cacher, je raconte tout sans tabou”. Sulitzer explique aussi qu’il voulait raconter le monde de l’enterprise, la vraie aventure moderne. Concernant son succès public, il dira que ses livres racontent des histoires d’hommes, que c’est universel et d’avouer son admiration pour Balzac, l’écrivain français dont il se sent le plus proche, qui avait compris la société. Mes livres, dira-t-il, défendent des valeurs universelles, racontent des histoires qui touchent les gens comme celle du plus jeune PDG de France. L’occasion pour l’écrivain qui dit avoir écrit de précieux documentaires sur l’économie avec une vision politique et morale du monde, d’intervenir sur la crise mondiale : “Je crois que nous assistons à la chute progressive du capitalisme, du moins sous sa forme actuelle. Les nouvelles technologies ont dopé la folie des marchés, mais leur puissance va provoquer leur chute, car l’économie virtuelle ne pourra jamais remplacer l’économie réelle. La progression vertigineuse de la globalisation a induit le plus grand bouleversement que la planète ait connu depuis la chute du communisme en 1989.” Sulitzer est aujourd’hui opposé à ce capitalisme qui opprime l’homme (“Je considère que le capitalisme a oublié l’homme”). “L’enterprise doit être source de progrès profitant aux hommes… le capitalisme doit être au service de l’homme…” Il s’insurge aussi contre ce qu’il appelle la politique d’exclusion.
Au chapitre des aveux, Paul-Loup Sulitzer dira, contre certaines auccusations : “Loup Durand, mon complice, contrairement à bien des personnalités qui hantent les couloirs des maisons d’édition, était un homme honnête… J’aimais Loup Durand, j’admirais Loup Durand, il était le frère que je n’avais pas eu; il n’a été ni mon nègre, ni mon secrétaire. Il m’a aidé et je l’ai aidé…”Au sujet de l’Angolagate, (une affaire judiciaire terminée), une enquête sur un supposé trafic d’armes à destination de l’Angola, Sulitzer se réfère à des problèmes politiques et dira qu’il était au “mauvais endroit, au mauvais moment. Il y a aussi ses relations avec Pierre Falcone, directeur d’une société privée. Sulitzer écrit dans son autobiographie qu’il a perçu de l’argent (150 000 euros) et que sa mission consistait à conseiller Falcone en matière de relations publiques.
Le vent de l’inspiration emporte Paul-Loup Sulitzer loin, jusqu’à Maurice (même si les affaires et la littérature demeurent ses principaux sujets d’intérêt). Au Royal Palm, il nous parle d’un “petit pays, un laboratoire qui pourrait être étudié par beaucoup de gens, un pays d’accueil avec des secteurs assez dynamiques, une taxation raisonable au niveau bancaire mais il faut que Maurice soit prudente, il faut savoir gérer face aux menaces écologiques, aux mauvaises constructions… Un développement harmonieux peut permettre une evolution favorable pour Maurice”.
Et dans son livre au dernier chapitre intitulé Le temps de la sagesse, il cite Maurice comme modèle original d’entente entre les peuples : “L’île est aujourd’hui un exemple de société diversifiée et multiraciale.”