La pauvreté est une forme indéniable de violence. Et la violence est une des conséquences de la pauvreté, avec pour premières victimes, les enfants et les femmes. Combattre la pauvreté, est aussi une manière de combattre la violence à l’encontre des plus vulnérables de notre société. Les programmes qui ont pour but de leur donner accès à l’éducation, la santé, l’emploi et à un logement à prix abordable, devraient également prendre en considération la problématique de la violence.
Demain, la Journée mondiale du refus de la misère suscitera des réflexions et questionnements sur la problématique de la pauvreté. Contrairement à d’autres journées thématiques décrétées par les Nations unies, à Maurice, celle de la pauvreté n’est pas abordée de manière sporadique. Avec l’implémentation du ministère de l’Intégration sociale, le renforcement des services offerts par la National Empowerment Foundation, la contribution du secteur privé à travers le Corporate Social Responsibility… la problématique de la pauvreté est devenue, ces derniers temps, plus que jamais, un sujet d’actualité. Des actions visibles de la part de l’État sont attendues. La vulnérabilité économique des foyers, en marge d’une société en constante développement, et la grande question du logement sont les priorités des acteurs, de tout bord, qui s’efforcent à alléger, voire éradiquer, la pauvreté. Les familles vivant en situation de pauvreté ne sont pas seulement affectées par l’absence de facilités basiques: électricité, eau courante, nourriture, mais sont aussi, souvent victimes de violence de tout genre. La plupart du temps, la violence est vécue à l’intérieur même de la cellule familiale. Malgré l’absence de recherches sur la corrélation entre la violence et la pauvreté dans la société mauricienne, un constat sur le terrain et auprès des engagés du social, démontre que ce lien est bien réel dans les milieux défavorisés. La pauvreté est certes le carrefour des maux sociaux. Alcoolisme, toxicomanie, maladies sexuellement transmissibles, prostitution, délinquance… font partie du cercle vicieux de la misère. La pauvreté diminue également les chances d’accès à l’emploi, dues à une éducation chaotique. Mais aujourd’hui, face à la violence tangible et invisible, qui s’amplifie dans la société mauricienne, il faudrait prendre en considération—et surtout y croire— dans un programme d’allègement de la pauvreté, qui ferait de la place au combat contre toute forme de violence. Notamment à l’égard des femmes et des enfants, lesquels sont les premiers exposés à la violence à l’intérieur de la famille.
La violence isole les femmes dans la précarité
La violence domestique (psychologique ou physique) isole les femmes, déjà en situation de précarité économique, dans le gouffre de la pauvreté. Elles ne peuvent s’intégrer activement dans la société et restent financièrement dépendante de leur conjoint. Et quand elles se retrouvent seules à la barre de leur famille, elles doivent poursuivre leur vie tout en portant les séquelles des violences subies. Et en relevant des défis qui se posent à elles. Les familles monoparentales dans des poches de pauvreté ne sont pas rares. Même que, selon notre constat sur le terrain, elles seraient de plus en plus nombreuses. Les grossesses précoces, les séparations ponctuées de concubinages successifs, entre autres, font que les femmes issues de milieux défavorisés se retrouvent seules à assumer les responsabilités parentales dans des conditions difficiles. Et dans ces situations les défis — santé, logement, l’éducation des enfants, la survie…— pour les femmes sont multiples. La pauvreté des femmes devient alors une forme tangible de la violence à leur égard. Le nombre officiel (pour la période de janvier à août dernier) de femmes victimes de violence domestique s’élève à 1207. Combien d’entre elles vivent dans la précarité? Les statistiques ne font pas mention de ce genre d’historique. Toutefois, bon nombre de femmes pauvres subissent la violence physique ou verbale de leur partenaire en silence.
La quasi totalité des enfants en foyers d’accueil seraient issus de milieu pauvre
Comme pour la femme, la pauvreté est une forme de violence brutale faite aux enfants qui évoluent dans un cadre précaire. Cependant, un enfant qui vit au sein d’une famille pauvre, mais aimante et responsable, se sentirait moins défavorisé que celui qui est privé de l’attention de ses parents. La violence exercée sur les enfants en milieu pauvre est on ne peut plus cruelle, d’autant que dans la majorité des cas rapporté, l’irresponsabilité des parents ou proches des victimes, est à blâmer. La quasi totalité des enfants placés dans des abris pour enfants victimes d’abus, sont issus de foyers pauvres. A titre d’exemple, au shelter du Centre d’Éducation et de Développement pour les Enfants Mauriciens, les quelque 25 pensionnaires qui y sont accueillis ont été, à l’origine, élevés dans des familles à problèmes et dans un environnement en marge du progrès économique. Combattre la problématique de la pauvreté dans sa globalité, réduirait, à la longue, les risques d’abus envers les enfants. Et, par la même occasion, désengorger les structures d’accueil qui doivent bien souvent prendre en charge un nombre de jeunes victimes, supérieur à leur capacité. A Pointe-aux-Sables, le shelter de l’Etat, géré par le ministère de l’Egalité des genres, héberge actuellement 160 enfants, alors qu’il devrait normalement s’occuper d’une cinquantaine seulement.
Maltraitance invisible
Les chiffres officiels sur la violence à l’encontre des enfants sont loin de la réalité. Se penchant sur la question de la violence en milieu défavorisé, deux travailleurs sociaux intervenant auprès des enfants, confiaient à Week-End, qu’ils sont quotidiennement témoins de maltraitance visible et invisible envers les petits qu’ils encadrent. Et ce allant du comportement de l’enfant, à la torsion au bras, en passant par des absences répétées à l’école quand la scolarité n’est pas carrément interrompue pour de bon,  des coups physiques… La violence dans ce contexte vient aussi de la promiscuité que lui impose la précarité. Dans bien des cas, les enfants voient, malgré eux, des pratiques malsaines liées à la toxicomanie, l’alcoolisme et la prostitution par des adultes de leur entourage.
Par ailleurs, avec un taux de natalité relativement élevé, le rajeunissement de la population en situation de pauvreté inquiète l’une des deux travailleurs sociaux rencontrés. Un constat qui n’est pas à prendre à la légère.
D’ailleurs, le contrôle des naissances dans les poches de pauvreté mérite la mise en pratique d’une stratégie structurée et viable. Il est impératif de décourager les grossesses multiples et de sensibiliser les hommes sur l’utilisation du préservatif.
En début de cette semaine, lorsqu’il a annoncé les activités qui marqueront la journée mondiale du refus de la misère, le ministre de l’Intégration sociale, déclarait qu’il espère venir à bout de la pauvreté dans dix ans. En attendant 2021… 2015 est plus proche de nous. En effet, c’est en 2015 que l’Etat mauricien, signataire des Objectifs du Millénaire pour le Développement, aura à rendre des comptes auprès des Nations unies sur ses accomplissements pour réduire de moitié la pauvreté.