Claire L., 42 ans, habite une maison ex-CHA dans une région qui compte de nombreuses familles en situation de précarité. Attentive au dernier Budget, Claire, maman de trois jeunes enfants, s’est intéressée aux mesures concernant l’éducation et le logement qui pourraient la sortir de la pauvreté. Tous les mois, elle se bat pour envoyer ses enfants à la maternelle et à l’école primaire. La moitié de son salaire, Rs 3 300, sert à payer son transport, le reste étant utilisé pour les dépenses familiales. La pauvreté, laisse-t-elle entendre, n’est pas insurmontable. Avec le soutien des autres et les programmes sociaux, il est possible de remonter la pente. Mais il faut aussi compter avec la motivation et la volonté des personnes vulnérables. Et pour ce qui est de la motivation, Claire en a.
« Je suis pauvre. » Si Claire L., 42 ans et mère de trois enfants, parle de sa situation économique et sociale, c’est parce qu’elle veut, dit-elle, affronter sa réalité et trouver des solutions pour améliorer la vie de sa famille. Claire tient à ne rien laisser paraître des conditions dans lesquelles, avec son mari, elle élève ses enfants. La pauvreté, dit-elle, ne prendra pas le dessus sur sa détermination : celle de tout faire pour loger, nourrir, vêtir et éduquer ses enfants.
Au quotidien, les choses ne sont pas pour autant aussi faciles qu’elles en ont l’air. « Je pensais sérieusement écrire au ministre des Finances. Je voudrais lui expliquer ma situation et lui demander qu’elles sont les portes auxquelles je peux frapper, parce que je ne sais pas vers qui me tourner », confie Claire. Comme cette dernière, de nombreuses familles vivant dans la précarité économique ignorent encore l’existence des nouvelles structures mises en place par le gouvernement pour alléger la pauvreté. « Nous nous sommes toujours tournés vers la Sécurité sociale », explique Tony, 47 ans, le mari de Claire. Et cette dernière d’ajouter : « Maintenant que nos enfants ont grandi – les jumeaux ont 3 ans et l’aîné, 7 ans – nous ne percevons plus d’allocations sociales. S’il y a d’autres moyens qui ont été mis en place par le gouvernement, nous ferons appel à eux. »
« L’éducation de mes enfants est une priorité »
En vue de combattre la pauvreté, le dernier Budget a ciblé trois secteurs en particulier : le logement, l’éducation et la formation des femmes. En facilitant l’accès des enfants à l’éducation dès leur plus jeune âge, le gouvernement veut également encourager les mères à travailler. De nombreuses femmes vivant dans des régions dites défavorisées sont sans emploi, non pas parce qu’elles sont touchées par le chômage, mais parce qu’elles ont fait le choix de ne pas exercer un métier. Et ce, malgré la précarité parfois extrême de leur foyer. « Mo pa kapav travay parski pena personn pou vey mo zanfan », affirment-elles le plus souvent. Dans plusieurs cas, ces femmes sont mères de familles nombreuses. Malgré leur état de santé correct, elles ont dû mal à aborder les perspectives s’offrant à elles, et finissent par normaliser l’oisiveté. Pour survivre, elles sont contraintes de dépendre matériellement des aides sociales, des organisations non gouvernementales ou caritatives et de leurs partenaires.
Une situation dont Claire est témoin : dans sa région, la pauvreté et la drogue minent des familles qui n’arrivent pas à sortir de leur gouffre. Mais Claire ne peut s’empêcher d’être critique : « Je ne comprends pas pourquoi, ni comment, certaines de ces familles négligent leurs enfants et ne démontrent aucune volonté pour trouver les moyens de remonter la pente. » Elle explique qu’elle aurait pu ne pas scolariser ses plus jeunes enfants, d’autant que le revenu de son foyer est insuffisant pour faire bouillir la marmite. « Mais l’éducation de mes enfants a toujours été une priorité. Mon fils aîné a fréquenté une maternelle payante ; je ne conçois pas l’idée de priver mes petits de cette même chance. Il nous arrive, à mon mari et moi, de ne pas manger à notre faim pour que nos enfants aient, eux, de quoi manger à l’école. Je veux que mes enfants aient plus de chance que moi. J’aimerais qu’ils aient une situation professionnelle », dit Claire.
Employée dans un centre informatique, cette dernière n’a pas été déclarée par son employeur. Sa paye de Rs 3 300 comprend aussi son transport, lequel absorbe la moitié de cette somme. Le reste de ses salaires, explique-t-elle, sert à payer la scolarité de ses jumeaux. Pour assurer les dépenses de son foyer, Claire a déjà touché ses salaires pour les mois de novembre et de décembre. « Je suis contrainte de procéder ainsi et de travailler pour peu. Car sans cet argent, aussi minime soit-il, je ne pourrai envoyer mes enfants à l’école. »
Ne plus compter sur les autres
Depuis le dernier Budget, Claire s’est intéressée de très près aux mesures qui pourraient concerner son foyer. Notamment la Pre-primary Education Grant pour ses jumeaux. « Je pourrais alors trouver un autre emploi et travailler dans la légalité. Mon salaire servirait à contribuer au financement de nos priorités. » Si elle perçoit une subvention, elle n’entend pas pour autant croiser les bras. Grâce aux dons de vêtements, la mère de famille peut habiller décemment ses enfants. Mais son souhait est de ne plus avoir à compter sur les autres. Son mari, Tony, employé chez un fabricant de peinture, touche moins de Rs 10 000. Une fois les factures payées, les provisions alimentaires – les plus basiques, précise Claire – achetées, le transport scolaire des enfants réglé, il ne reste plus grand chose dans le porte-monnaie. « Et quand il en reste, il faut mettre de côté pour l’école. Il y a souvent des choses que l’école nous demande d’acheter », explique la maman.
Parlant toujours du Budget, Claire concède qu’une décision a retenu son attention. « Même si je n’ai pas compris toutes les mesures du Budget et que je suis toujours en train de m’informer, j’ai vu que le gouvernement a décidé que les occupants des maisons ex-CHA pourront devenir propriétaires de leur terrain. Ce qui est une très bonne nouvelle pour nous. Nous habitons une maison de cette catégorie, et nous avons eu pas mal de frais à payer, avec beaucoup de difficultés d’ailleurs », confie Claire. Toutefois, depuis que son mari a contracté un emprunt pour agrandir sa maison, devenue trop petite pour la famille qui compte aussi d’autres membres, les travaux peinent à avancer. Mais Claire explique qu’elle ne perd pas espoir. Déterminée à trouver un emploi avec un meilleur salaire, et décidée à s’inscrire pour l’obtention d’une Pre-primary Education Grant, Claire y voit une chance de sortir de la pauvreté.