Le contrôle de naissance ne fait toujours pas partie des stratégies visant à faire reculer la pauvreté à Maurice. Même s’il n’y a pas de données quantitatives pour connaître l’ampleur du problème, il est un fait qu’avec le rajeunissement des mères célibataires et le nombre croissant de familles nombreuses, le taux de natalité relativement élevé dans des poches de pauvreté et foyers touchés par la misère économique démontre qu’il est temps de se pencher sur la planification familiale dans ce contexte. En rappelant que «la misère est liée au manque de planification familiale», le Premier ministre par intérim Xavier-Luc Duval n’a fait que ramener une réalité en surface: les autorités ne se sont pas jusqu’ici préoccupées de la problématique.
Il y a deux ans, lors d’un constat sur la pauvreté à travers l’île, nous rencontrions dans une région de l’est, une jeune femme, sans emploi. Elle venait à peine d’entamer la vingtaine. Mariée et mère d’un bébé, elle nous avait ouvert les portes de sa maison en tôle et en bois pour nous montrer l’état précaire de son logement. Il y a quelques semaines, lorsque nous revoyons la même jeune femme, ses conditions de vie dans cette pièce au toit fissuré n’avaient pas changé. Toutefois, elle avait entre-temps accouché d’un deuxième enfant, une fille. Il est un fait, flagrant, que les familles s’agrandissent plus vite dans les poches de pauvreté. Cette problématique n’est pas propre à une ou certaines poches de pauvreté uniquement. Toutes les régions touchées par la précarité économique en sont concernées. Idem pour des foyers, victimes de la misère, se trouvant en dehors des zones d’exclusion. Plusieurs femmes âgées de moins de 30 ans, déjà mères de famille nombreuses, rencontrées sur le terrain, confient qu’elles ne retomberont plus enceintes. «Pa pou gayn ankor aster. Ase la!», disent-elles, après leur troisième, voire quatrième enfant. Mais il n’est pas rare qu’elles soient rattrapées par leur réalité.
«La misère est liée au manque de planification familiale», déclarait le Premier ministre par intérim, Xavier-Luc Duval, lors d’une fonction officielle, jeudi de la semaine dernière. La misère est même étroitement liée à l’absence de contrôle de naissance dans les poches de pauvreté. Et même s’il n’existe aucune récente étude sur le sujet et que des données quantitatives ne sont pas disponibles, il n’est pas risqué de dire que le taux de naissance dans les milieux défavorisés est élevé. Cette situation ne date pas d’hier. Et tous le savent. Entre-temps, faute de sensibilisation et d’éducation auprès des familles les plus concernées, la problématique s’amplifie et, pire, elle n’est pas sans conséquence. Mais à qui incombe la faute s’il y a un manque de planification familiale dans les milieux touchés par la misère? A priori, à l’État. Le contrôle de naissance aurait dû avoir été inclus dans les stratégies visant à faire reculer la pauvreté à Maurice. Mais, jusqu’à présent, aucun exercice budgétaire n’a jamais considéré la planification familiale comme mesure pour endiguer la misère.  
Certes, il n’est pas trop tard. Si la volonté politique y est, il est possible de prévenir l’accroissement de la population pauvre en ayant recours au contrôle de naissance.
Pas évident de  sensibiliser en       milieu pauvre
Il ne faudrait pas se contenter que d’un constat sur les naissances multiples, mais aller au-delà des déclarations officielles. Le Premier ministre par intérim connaît bien ce problème. Xavier-Luc Duval a été le premier à occuper le poste de ministre de l’Intégration sociale et de l’Autonomisation économique: ministère nouvellement crée à l’époque pour combattre la pauvreté. C’est ce ministère qui, en octobre 2010, avait initié le programme d’information et de sensibilisation «Ti fami, Gran lavenir», afin d’encourager le contrôle de naissance dans des foyers affectés par la précarité économique. Toutefois, ce programme qui se faisait avec la collaboration de l’organisation non-gouvernementale Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA), s’est tout simplement avéré être un flop! La MFPWA qui s’est toujours — et même actuellement — plaint de ressources humaines limitées, proposait alors une approche peu novatrice pour attiser l’intérêt des femmes, les hommes assistant rarement à ce genre d’activités. «Ti fami, Gran lavenir» n’a pas fait long feu. Aujourd’hui, la National Empowerment Foundation (NEF), institution qui serait la mieux placée pour piloter, avec d’autres partenaires spécialisés, un projet de planification familiale dans les régions pauvres, ne serait pas en mesure de le faire. Sans conseil d’administration depuis huit mois, la NEF qui est paralysée, ne fonctionne plus !
D’autre part, force est de reconnaître que dans la pratique, il n’est pas évident d’atteindre des cibles et de susciter leur attention dans le cadre d’une sensibilisation dans des poches de pauvreté. Contrairement à des villages intégrés qui disposent de structure pour accueillir des ONG, l’accès dans des endroits occupés par des habitations précaires n’est pas toujours possible. «Lontan ti pe fer program family planing dan sant. Apre inn arete. Dimounn pa ale mem. Zot fer sa 10 zer gramatin. Be ki sanla pou ale? Isi tou madam travay», explique Nathalie, une habitante de la Cité-Tôle. Avec le rajeunissement des mères célibataires et le nombre croissant de femmes élevant leurs enfants seules  il est clair que le nombre d’enfants appelés à vivre en situation de pauvreté, n’ira pas en diminuant!