Tous les jours, ils doivent trouver de quoi remplir l’assiette de leurs enfants. Avec peu ou pas d’argent, ces familles touchées par la pauvreté n’arrivent pas à s’en sortir sans l’aide des autres. Toutefois, la pauvreté n’est pas toujours visible, et les foyers dont on ne soupçonnerait pas les conditions précaires dans lesquelles vivent leurs occupants, sont nombreux. Aussi, s’ils ne sont pas toujours encadrés et ne bénéficient pas des programmes visant à renforcer la capacité des plus vulnérables, cette frange de la population pauvre est de plus en plus concernée par une autre problématique : les naissances multiples.
Le temps maussade de mercredi après-midi ne l’a pas dissuadée de sortir. Munie de son parapluie et accompagnée de ses deux fillettes, Annick* avait une bonne raison de quitter sa maison. D’ailleurs, c’est pour de bon qu’elle souhaiterait en partir, le plus vite possible, pour aller vivre ailleurs. Mercredi, elle avait rendez-vous avec une personne qu’elle avait approchée quelques jours plus tôt.
Annick, 31 ans, a besoin d’aide. À la regarder, propre et bien mise, tout comme ses filles, on ne dirait pas qu’elle est une victime de la pauvreté. Le 17 octobre étant décrété Journée mondiale du refus de la misère, mercredi dernier était un jour spécial pour tous ceux qui vivent dans des conditions économiques précaires et qui doivent se battre au quotidien pour survivre. Toutefois, bien peu de démunis sont au courant de la thématique de cette journée. Pendant que les institutions et organisations non gouvernementales marquent ce jour et sensibilisent sur la pauvreté, ou pendant que les autres délivrent un discours, parfois pathétique, de manière formelle sur le sujet, les pauvres, eux, ont d’autres priorités.
Annick n’est pas au courant de cette journée. Elle n’en a jamais entendu parler. « Aujourd’hui, confie la jeune femme, en parlant de mercredi dernier, je me suis occupée de mes enfants, j’ai cherché du travail… Il a fallu aussi que je leur trouve de quoi manger. » Les quelques roupies qu’elle a pu réunir ont servi à acheter un paquet de macaronis. De quoi remplir les assiettes le soir. « Pou demin, dit-elle, mo pou gete. »