Sarah (prénom fictif) et son bébé

C’est un des phénomènes qui ajoutent aux difficultés des familles touchées par la pauvreté : des adolescentes se retrouvent mères très tôt. Une boucle supplémentaire dans le cycle infernal de la précarité. Ces jeunes femmes sont contraintes d’abandonner leurs rêves pour survivre. Vina, 17 ans, mère de deux enfants, et Sarah, 18 ans, mère d’un bébé, racontent des épisodes de leurs vies.

Vue sur la chambre de Sarah

“Depuis que je suis devenue mère, ma vie s’est davantage précarisée. Il nous arrive souvent d’être sans nourriture. Nous faisons de notre mieux pour donner de quoi à manger à nos enfants”, confie Vina (prénom fictif), 17 ans et mère d’un garçon d’un an et demi et d’une fille de cinq mois. Son petit ami, qui exerce comme aide chauffeur, travaille uniquement lorsqu’on fait appel à lui. “Ma mère m’aide de temps en temps car elle bénéficie d’une aide sociale. Elle nous offre souvent à manger. Je ne peux pas compter sur mon petit ami. Si ma mère ne nous donne pas à manger, nous n’avons rien”, se lamente-t-elle, son bébé dans les bras et son fils sur son genou, essayant d’attraper son jouet. Sa voisine Sarah (prénom fictif), 19 ans, vit dans une maison adjacente à la sienne. Elle a eu un bébé à 18 ans…

Manque d’expérience.

Enceinte de son premier bébé à 15 ans, Vina n’a eu d’autre choix que d’emménager avec son compagnon. Le couple vit dans un deux-pièces sans lit et sans un minimum de sécurité pour élever les deux enfants. Ils habitent un de ces quartiers abandonnés à l’exclusion. À cela s’ajoute le manque d’expérience des nouveaux parents : “Je ne savais pas comment prendre soin d’un bébé. Il a fallu que j’apprenne tout. Ma belle-sœur m’a aidée au début”, dit Vina, en allaitant sa fille.

L’état de la petite maison en tôle de Vina

Pour sa part, Sarah élève seule son fils d’un an. Ils sont à six personnes à vivre dans une petite maison en tôle. “Lorsque mon fils a eu trois mois, son papa est venu. Puis, plus rien”, raconte-t-elle, en mettant son fils en position assise. Le bébé souffre d’un retard psychomoteur. “Mon fils ne va pas bien. Le père n’a jamais donné un sou pour pourvoir à ses besoins. Pour couronner le tout, il m’a quittée car le bébé ne lui ressemblait pas.” Après son accouchement, Sarah s’est mariée avec le père de l’enfant, un Chinois installé à Maurice. Le mariage n’a duré que quelque temps. Le père a regagné la Chine.

“Je ne voulais pas tomber enceinte aussi jeune”.

Résignées à abandonner leurs rêves très tôt, les deux jeunes mères vivent tant bien que mal leur situation. Elles sont aujourd’hui confrontées à leurs responsabilités. “Je ne voulais pas tomber enceinte aussi jeune. L’enfant est venu au monde et je ne le regrette pas. Je ne le considère pas comme une erreur”, raconte Sarah, qui fait mine que tout va bien. Mais elle n’a jamais envisagé la vie de cette façon. Au moment où elle est tombée enceinte, elle était en Form V. “Si j’ai la chance de reprendre mes études, je le ferai. Mais avec un bébé à ma charge, ce ne sera pas possible”, lâche Sarah. Sa grossesse n’a pas été bien accueillie par son ex-compagnon. “Mon petit ami voulait que j’avorte ! J’étais enceinte de cinq mois. Ce n’était pas possible car j’étais anémique.”

Face à la misère et pas encore prête à assumer le rôle de parent à 17 ans, Vina avoue : “Je n’aurais jamais imaginé qu’à mon âge, j’aurais déjà deux enfants. Je regrette beaucoup la vie que je mène. Je ne veux plus d’autres enfants. Ma vie est déjà assez compliquée.”

“J’ai aimé mon petit ami et lui aussi m’aimait bien”, relate Sarah, qui habite la région depuis qu’elle a deux ans. Elle est tombée enceinte au bout de trois mois en se mettant en couple avec son ex-compagnon. Vina et Sarah avouent qu’elles ne connaissaient pas les moyens de contraception et les risques liés à une grossesse précoce. “Je n’étais pas heureuse d’apprendre que je suis tombée enceinte. Me ki pou fer ? Inn bizin les li vini, dit Vina. Elle vit au sein de la cité depuis 12 ans. Elle a rencontré son copain à 13 ans. Peu de temps après, ils se sont mis ensemble. Il habite le même quartier qu’elle.

“Mo’nn anvi sort dan sa landrwa-la”.

Vina et Sarah apprennent à se débrouiller dans un lieu où la misère se vit au quotidien. Elles se lamentent de voir disparaître leurs liens d’amitié et leur vie sociale. “Je ne peux pas vivre comme les autres filles de mon âge. Je n’ai ni téléphone ni aucun confort”, dit Vina.

L’état de la petite maison en tôle de Vina

Les deux jeunes mères songent à une vie meilleure pour leurs enfants. “Je veux offrir une vie meilleure à mon fils afin qu’il soit heureux dans la vie. J’espère ne plus devoir vivre ici. J’ai entamé des démarches pour avoir un logement de la NHDC”, confie Sarah. Elle travaille dans une usine dans le nord depuis quelque temps. “Je quitte la maison à 18h30 et je rentre à 5h du matin. Je confie mon fils à ma mère.” Vina veut également sortir de la misère et vivre ailleurs. “Je ne veux pas que mes enfants grandissent ici. Mo’nn anvi sort dan sa landrwa-la. Je n’aime pas la façon de vivre et de faire de certaines personnes.” Elle ajoute : “Je veux trouver un emploi. Mais je ne peux pas travailler car je n’ai personne pour veiller sur mes enfants. Je suis seule à m’en occuper.”

Entre travailler pour offrir un avenir à leurs enfants et ne plus habiter leur quartier, Vina et Sarah ne savent pas comment s’en sortir. Elles sont contraintes d’accepter de vivre sous le seuil de pauvreté.