Ils ne comptent pas baisser les bras, même si cela signifie d’aller à l’école le ventre vide. Quelles que soient les péripéties auxquelles ils doivent faire face, ces enfants comptent un jour sortir de la pauvreté en suivant le chemin des écoliers.
Pendant que ses futurs camarades de classe prennent le bus le jour de l’admission, Stéphane rentre chez lui à pied. Les ardeurs de l’été et les deux kilomètres qui le séparent de sa demeure ne lui font pas peur. Il n’a pas le choix. Au lieu de prendre le bus, il préfère économiser quelques sous. Un peu pour se rappeler que la vie ne lui a pas fait de cadeau, car Stéphane est également handicapé. Il lui manque un avant-bras, mais ne s’en formalise pas. “Mo kapav fer trwa-kar kitsoz ki tou zanfan normal kapav fer”, affirme-t-il fièrement.
Swa dokter, swa profeser.
Souvent, la pauvreté ne rime pas avec bonne performance académique. Malgré les difficultés, Rebecca non plus ne va pas cesser l’école. À 8 ans, elle a des rêves en grand : “Plus tard, je serai médecin.” Dans son entourage immédiat, le manque de moyens a poussé plusieurs de ses petits voisins à abandonner l’école. Rebecca, elle, ira aussi loin qu’il le faut. Elle n’est pas effrayée à l’idée de poursuivre de longues études tertiaires.
Avec un père qui, de temps en temps, effectue de petits travaux de peinture et une mère baby-sitter, Rebecca ne s’estime pas plus aisée que les autres enfants du quartier. “Mo pa gagn kass tifinn pou al lekol mwa”, confie-t-elle. Ses aspirations, elle les doit à ses parents qui, malgré leur situation, donnent la priorité à l’éducation. “Avan, mo ti anvi fer koma mo mama, me li le mo vinn swa dokter, swa profeser”, confie la jeune fille.
Ena Parabol, pena dipin.
Tout comme Rebecca, d’autres enfants persévèrent dans leurs études en dépit de leur situation déplorable. Ils sont conscients qu’aujourd’hui, même avec un certificat de HSC, il est difficile de dénicher un bon travail.
À 10 ans, Amélie en est témoin. Sa mère accumule les refus d’emploi depuis des années. Mais chez elle, le sens des priorités n’est pas le même. Ses deux frères, Matéo et Julian, âgés de 6 et 4 ans respectivement, disent avoir faim. Il est près de 17h et ils n’ont rien mangé. Tous les jours, ils vont à l’école le ventre vide. “Ena Parabol kot nou, me pena dipin. Mo papa prefer diverti avek so kas ki aste manze ou pay bann zafer lekol pou nou”, raconte la jeune fille. “Julian inn manz tou mo biskwi gramatin. Mwa ek mo ser nou pou al dormi san manze. Nou abitie, de tout fason”, résume Matéo.
Dezorder.
En dépit de tout cela, Amélie et ses frères accordent de l’importance aux études. “Mo anvi vinn profeser. Mem si mo pa abitie gagn bon rezilta”, dit-elle. Le petit Matéo interrompt sa soeur, et lance, en souriant : “Mo ser gagn zis U. Mwa mo gagn tou A.” Amélie ne comprend pas comment son frère peut exceller à l’école alors qu’elle a du mal à se concentrer sous leur toit agité. “Monn anvi aprann, me bannla lager souvan lakaz, pa kapav konsantre. Mem lekol, Miss zame explike”, ajoute Amélie.
L’attitude de certains enseignants est une des causes principales du manque d’intérêt envers les études. Stéphanie aussi connaît cette réalité : “Kot nou, Miss ti pe met tou zanfan ki pa konn lir par deryer et pran zis kont bann zanfan ki par devan. Samem nou vinn dezorder”, affirme-t-elle.
Aprann trankil.
Stéphane a perdu l’usage de son bras gauche suite à une malformation à la naissance. Et comme si cela n’était pas assez injuste, sa condition entraîne d’autres complications de santé qui le forcent à suivre un traitement régulier. Ce collégien de 12 ans parle peu, mais exprime tout de même sa révolte contre ces dezorder dont parlait Stéphanie. “Zot pa vremem anvi aprann. Mwa, mo aprann trankil.” Il estime qu’avec un peu de volonté, rien n’est impossible. La malchance poursuit Stéphane depuis tout petit. Il ne reçoit aucune aide, ni du gouvernement ni d’autres organisations, sous prétexte qu’il vit dans une maison en béton. Une maison qui n’est même pas la sienne. C’est sa tante qui la loue après le décès du père de Stéphane, survenu deux mois après la naissance de ce dernier.
La mère, Monique, qui est seule à subvenir aux besoins de ses enfants, arrive à peine à joindre les deux bouts. “Mo travay lizinn, me pa ase pou donn mo bann zanfan bann materiel skoler ki zot bizin ou met kitsoz dan zot dipin. Dan wikenn, mo al ramas kann labier ek vande pou kapav debrouye.” En l’écoutant, on comprend d’où Stéphane tient son courage. Malgré les circonstances difficiles, les études demeurent prioritaires. Il espère qu’un jour, grâce à une bonne éducation, il pourra dire adieu à la malchance.
Mo pena papa.
Poussés par des difficultés semblables, d’autres enfants ont baissé les bras. “Mo kone si mo pou al kolez, sak kou mo pou ale, sak kou mo pou deor”, dit Stéphanie. À 14 ans, elle a mis un terme à sa scolarité après s’être fait renvoyer de son premier collège et après avoir doublé deux fois la Form II dans le suivant. “Monn koumans travay pou kontinie ed mo fami. Mo pena papa, e zis mo mama ki travay”, poursuit-elle.
Comme elle, ses deux soeurs, Jenna et Amanda, âgées de 12 et 13 ans, n’attachent aucune importance à l’éducation. Elles sont plus préoccupées à taquiner les garçons du voisinage. C’est d’ailleurs Stéphanie qui leur apprend à lire et à écrire pendant son temps libre. Un clin d’oeil sur leur entourage laisse voir un grand nombre de gamins errant jusqu’à fort tard sans supervision, exposés à de mauvaises fréquentations.