L’anglais est en train de gagner du terrain dans le monde globalisé, mais il y a nécessité d’un apport de la langue maternelle dans l’éducation pour une bonne maîtrise de cette langue internationale. Mais aussi dans un souci de mieux transmettre le savoir, mettant par la même l’éducation à la portée de tous. C’est ce qui ressort des discussions de la session ayant pour thème « Which language ? When ? », qui était à l’agenda du Stakeholders Forum mercredi dernier. Les trois intervenants étaient Claudia Bickford-Smith (Director International Education à la Cambridge University Press), Gilberte Chung et Jimmy Harmon (représentants de l’Éducation catholique), tandis que la session était présidée par Ann Puntis (Chief Executive Officer du Cambridge International Examinations Syndicate).
La Directrice internationale de l’Education Cambridge University Press reconnaît que la langue maternelle des enfants est capitale pour l’apprentissage des notions de base en écriture, en lecture et en calcul. « Children’s mother-tongue is proven to be the best medium to learn to read, write and count. » Elle constate que les « bilingual and trilingual programmes are on the rise », tout en ne manquant pas de souligner qu’il y a une demande grandissante dans les « higher education institutions » à travers le monde pour l’anglais comme médium d’enseignement.
Claudia Bickford-Smith a soulevé quelques questions appropriées pour approfondir la réflexion. En voici quelques-unes : de quelle manière un enseignement reposant sur la langue maternelle peut marcher de pair avec une « coherent english language policy that is practical and successful » ? ; quels sont les avantages d’un système bilingue / multilingue, tant pour l’école que pour l’individu ? ; que signifie une politique de langues pour la majorité des élèves dans le Commonwealth « in term of access to equality » ; quels sont les défis à relever pour la mise en oeuvre d’une politique bilingue / multilingue d’une manière efficace ?
Si Claudia Bickford-Smith se prononce en faveur du bilinguisme dans l’enseignement, elle soutient qu’il n’y a pas de modèle unique dans un tel système. « Researchers have identified hundreds of different models of additive bilingual education », dit-elle. À signaler que Claudia Bickford-Smith est aussi responsable au sein de la Cambridge University Press de l’élaboration des manuels pour les profs et les élèves à l’intention des pays prenant part aux examens du Cambridge International Examinations Syndicate. Cette spécialiste de manuels scolaires a également publié plusieurs ouvrages destinés aux classes où des élèves parlent plusieurs langues, comme dans certaines écoles d’Afrique du Sud.
Claudia Bickford-Smith affirme qu’un système bilingue influe positivement sur la performance de l’école. Elle relève même les avantages suivants : une source de motivation à la fois pour les apprenants et les enseignants ; une mesure de protection contre une baisse dans la demande d’admissions, un moteur pour la réforme, tout en favorisant un intérêt de la communauté scolaire pour des échanges avec d’autres institutions.
Pour leur part, les deux représentants de l’éducation catholique avaient été sollicités par l’Organising committee du Stakeholders Forum afin de présenter, au cours de cette session, le programme Prevokbek. Avant d’élaborer sur ce programme éducatif, Jimmy Harmon et Gilbert Chung ont donné un aperçu du système éducatif primaire dans le pays et de la situation des langues en donnant force détails. En se référant aux dernières statistiques, ils notent ainsi une nette progression de l’utilisation du kreol morisien dans la vie de tous les jours. « Plus de 80% des enfants mauriciens parlent couramment le kreol. Ce qui justifie la décision d’opter pour la langue maternelle comme médium d’enseignement, tout en permettant de répondre aux exigences de l’Unesco préconisant le multilinguisme », a expliqué Jimmy Harmon.