« Un pays sans culture est un pays sans âme » cite l’Honorable Vishnu LUTCHMEENARAIDOO, ce qui ne saurait être le cas de l’Ile Maurice. Ce pays a une singulière âme plurielle. La nation mauricienne est un arbre généreux aux puissantes racines, ancrées profondément dans sa terre et nourries d’une sève unique, venue des quatre continents.
Dès lors, on imagine sa vaste ramure s’élevant toujours plus haut, fleurie des plus nobles ambitions et porteuse des fruits les mieux partagés.
Dans cet élan, l’action culturelle est un vecteur de développement que bien des pays ont intégré avec pertinence et productivité. Capitaliser sur la créativité artistique, la sauvegarde et l’essor du patrimoine culturel est une preuve de maturité et de volontarisme.
Entretenir, ainsi, un fort sentiment d’appartenance à une culture originale participe au progrès social et à un besoin d’expression, essentiel à l’harmonie.
Un tel engagement a une incidence sensible sur l’économie, ce dont notre Grand Argentier est, heureusement, averti.
Se faisant, il prône un train de mesures tant espérées, parmi lesquelles la réhabilitation des théâtres historiques.
La lente agonie et la pitoyable décrépitude de ces deux institutions ont une cause flagrante. Au-delà des personnes, l’administration municipale est, par essence, inapte à la gestion professionnelle d’une entreprise culturelle aussi particulière qu’un théâtre.
Constat supplémentaire, depuis plus d’une décennie, chaque nouveau maire affiche sa ferme intention de rénover le théâtre. Sans suite … Avec pour le PLAZA, la priorité donnée à la réouverture de la salle des réceptions matrimoniales. Tout est dit …
En parallèle, les associations et autres comités redondants ont, de même, démontré l’étendue de leur incurie.
Or, de par le monde, la réhabilitation d’un site a pour socle préalable un projet culturel rigoureusement charpenté. La rénovation et l’aménagement de l’existant y sont, donc, assujettis. Le site réhabilité a une mission définie et pérennisable, avec une méthodologie de fonctionnement spécifique et des moyens les plus adaptés.
Ce préalable abouti permet de budgétiser globalement l’opération, et de cibler un faisceau de sources de financement fiables.
Une telle démarche est menée par des spécialistes aguerris en termes d’ingénierie culturelle, de direction artistique, de scénographie, de régies techniques de la scène, d’architecture, de gestion économique,  de développement promotionnel.
En la circonstance, il ne s’agit pas, ici, de la venue de quelque « missionnaire » anecdotique. A l’image de ces « experts », à la mission fugace, mandatés par des candides profanes, et qui ont rendu un dossier épais comme un prospectus sur le devenir du PLAZA …
Dans le domaine, il existe de vraies compétences à l’Ile MAURICE. Elles sont prêtes à s’investir non pas pour énoncer des « recommandations », mais contribuer à doter le pays d’outils professionnels au service de son indéniable créativité.
Pour résonner, la « parole » des artistes doit être entendue dans des lieux motivant leur talent et leur générosité. Un théâtre professionnel est un lieu d’accueil, de création et de partage, plébiscité par un vaste public. Sa programmation artistique exigeante vise à l’émergence d’une expression mauricienne de qualité, fédératrice dans le pays et attractive à l’extérieur.
Tous les corps de métier qui le servent encadrent les créateurs pour des performances référentielles.
Sans aucune mesure avec les plateaux bâclés et pesants qui ont été le lot du spectacle commémorant la fête nationale ou du Gran Konser du Festival Kreol. Ledit festival dont son créateur, l’Honorable Xavier-Luc DUVAL, projette, en toute intelligence, la refonte du concept.
La position des Ministres des Finances et du Tourisme est un encouragement pour les artistes, les formateurs, les techniciens et les producteurs. A terme, il y va de l’adhésion et de la reconnaissance du public mauricien et touristique.
Afin de préparer ces mutations, la création d’une « task force » est une initiative louable.
Toutefois, ceux et celles dont l’incompétence ou le dilettantisme ont alimenté la faillite de ces théâtres n’y ont pas de place. Y compris les acteurs manipulés, ou manipulateurs, du milieu artistique.
La crédibilité de cette « task force » tient à l’expertise de ses membres. Leurs travaux doivent constituer de précises feuilles de route, avec une tutelle de suivi pour leur concrétisation, selon un calendrier raisonnable.
Dans toutes les disciplines, le potentiel des talents mauriciens est considérable. Œuvrer à une détection honnête, une formation continue et à une exposition digne de ces talents, la belle nécessité ! De celles qui font éclore un mieux vivre et la certitude d’exister pour un pays en phase avec le siècle, riche de sa diversité, et à l’horizon grand ouvert.