Le Syndicat des pêcheurs et ses alliés avaient prévu hier, un forum-débat sur l’accord de pêche avec l’Union européenne. Mais les pêcheurs se sont retrouvés face à eux-mêmes, car ni l’Union européenne, ni le ministère de la Pêche n’a répondu favorablement à leur invitation. En revanche, le leader de l’opposition, Alan Ganoo, était présent et a invité les pêcheurs à prendre connaissance d’un dossier déposé par le ministre de tutelle à l’Assemblée.
Le Fisheries Partnership Agreement 2012-2015 entre Maurice et l’Union européenne (UE) attend d’être avalisé par le parlement européen. Dès l’initialisation de l’accord en février de l’année dernière, les pêcheurs locaux ont crié leur mécontentement car ils estiment que celui-ci porte atteinte à leur activité. Cet accord prévoit que 86 bateaux des pays européens pêcheront dans notre zone économique exclusive (ZEE) pour une durée de trois ans. En contrepartie, l’UE versera à Maurice la 357 500 euros et 302 500 euros chaque année pour le permis de pêche et le développement de ce secteur, respectivement.
Pour les autorités mauriciennes, ces bateaux approvisionneront nos usines de thon en matières premières et permettront ainsi de contribuer au développement et de sauvegarder l’emploi dans ce secteur. Cependant, les pêcheurs locaux ne l’entendent pas de cette oreille. Ils font ressortir qu’en pêchant à 15 miles nautiques des côtes mauriciennes, ces bateaux auront un impact direct sur la pêche locale. De même, ils contestent les techniques de pêche, notamment l’utilisation du Dispositif de Concentration de Poissons (DCP), qui encourageraient la surpêche.
Après plusieurs manifestations, le Syndicat des pêcheurs et ses alliés — Rezistans ek Alternativ et des ONG engagées dans la préservation de l’environnement, entre autres — voulaient débattre de la question avec l’UE et le ministère de la Pêche. Mais ces derniers n’ont donné aucune réponse à cette invitation. Tout comme la Commission de l’Océan Indien et des dignitaires religieux.
Pour Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs : « Le but de ce forum-débat était de faire part de nos préoccupations. Nous voulions savoir, par exemple, s’il y a suffisamment de poissons dans notre ZEE pour autoriser ces 86 bateaux européens, sans compter ceux des autres pays, à y pêcher. Nous voulions que les responsables politiques et les dignitaires religieux apportent leur contribution à ce débat. C’est vraiment dommage que tous aient décliné notre invitation. »
Le leader de l’opposition, Alan Ganoo, qui avait fait le déplacement, affirme, être lui venu, pour écouter les pêcheurs. « Je me sens concerné par ce dossier. La pêche est un secteur prometteur, il faut un maximum d’effort pour le faire avancer. Il est urgent de repenser l’avenir ensemble. »
Alan Ganoo a rappelé aux pêcheurs que l’opposition avait déjà adressé une question au ministre de la Pêche, Nicolas Von Mally, sur cet accord avec l’UE. « Le ministre a déposé un dossier important à l’Assemblée. Je vous invite à le consulter pour être informés de tout ce qui se passe. »
Michel Chiffonne de Rezistans ek Alternativ, a fait ressortir que le gouvernement mauricien aurait dû mettre le peuple au courant au lieu de signer un tel accord dans son dos. Il a aussi mis l’accent sur l’importance de protéger l’environnement marin et de penser à la sécurité alimentaire.
Salim Muthy, a expliqué, lui, son engagement au sein de la coalition en tant que citoyen « interpellé » par cet accord. Il estime qu’il s’agit d’une grande « injustice » à l’égard des pêcheurs locaux. Il se demande pourquoi le gouvernement encourage les pêcheurs à faire « la culture de poissons artificiels » au lieu de leur donner les moyens d’exploiter notre ZEE.