Une marche de protestation est organisée dans les rues de Port-Louis aujourd’hui pour dire non à l’accord de pêche que Maurice s’apprête à signer avec l’Union européenne. Si un tel accord existe depuis 1990, c’est la première fois que la société civile manifeste son désaccord sur ce principe qui consiste à permettre aux bateaux étrangers de pêcher dans notre Zone économique exclusive (ZEE). Les répercussions négatives de ces pratiques enregistrées dans d’autres pays et la baisse du stock de poissons dans nos eaux sont les principales raisons de cette grogne.
Les Européens ne sont pas les seuls étrangers à pêcher dans notre ZEE. Ils seront toutefois plus nombreux car le nouveau Fisheries Partnership Agreement (FPA) fait provision pour 86 bateaux – 41 senneurs et 45 palangriers – dans nos eaux pour une période de six ans. Même si pour les autorités mauriciennes, ces bateaux ne restent pas longtemps dans nos eaux puisque le thon est un poisson migrateur, les protestataires crient au scandale. « Alors que la pêche à la senne est autorisée seulement pendant une certaine saison à Maurice, ces thoniers senneurs pourront eux pêcher pendant toute l’année sans être inquiétés », déplorent les pêcheurs locaux.
La décision de protester contre ce nouvel accord de pêche, selon Ashok Subron, porte-parole de la coalition mise en place à cet effet, est fondée sur une question de principe. « La mer relève du domaine public, elle appartient à tous les Mauriciens. Comment le ministère de la Pêche peut-il se permettre de vendre nos ressources sans tenir le peuple au courant ? »
Selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, les pays n’ayant pas la possibilité d’exploiter totalement leur stock de poissons doivent céder ce surplus à des pays tiers via des droits d’accès à leur ZEE en échange d’un soutien financier au développement de la pêche durable. Mais comment parler de surplus, quand les statistiques démontrent que la production est en baisse, se demande la coalition.
Selon Statistics Mauritius, en 2002, la production de poissons hors lagon, principalement le thon, était de 7 021 tonnes. En 2010, elle est passée à 2 822 tonnes. D’autre part, la production totale de poissons pour les premiers six mois de 2012 par rapport à la même période l’année dernière démontre une baisse de 28,8 %. La pêche côtière en particulier a connu une baisse de 15,7 %.
Qui plus est, des études réalisées dans d’autres pays où de tels accords existent, ont démontré des résultats très négatifs. À l’exemple de Madagascar où, selon une étude récente de l’université canadienne British Columbia, en partenariat avec la Banque mondiale et l’ONG Blue Ventures, « l’UE n’honorerait pas ses engagements » envers la Grande île.
Cette étude, publiée dans le magazine Marine Policy et repris par Le Monde explique : « Pour la flotte de pêche européenne, les eaux poissonneuses des pays du Sud représentent un véritable eldorado. Mais, selon certains, l’UE exploite ces ressources sans en payer le juste prix, notamment à Madagascar. »
Les chiffres démontrent que, même si la contribution financière est passée de 1,1 million d’euros en 1986 à 1,7 million d’euros en 2010, Madagascar est le grand perdant, en tenant compte de l’inflation. Ce qui mène Le Monde à conclure : « Au final, les tarifs payés à Madagascar s’avèrent très faibles par rapport au prix du marché : 130 euros la tonne de thon pour un poisson, qui se vend actuellement à 1 800 euros au premier prix de gros sur le marché. »
L’article précise également qu’une étude plus vaste, actuellement en préparation, démontre que « ce problème de tarifs inéquitables est le même pour l’ensemble des pays du Sud concernés par des accords de pêche avec l’Europe ». Pour ces mêmes raisons, des pays comme le Sénégal et le Maroc n’ont pas renouvelé leurs accords avec l’UE.
Mais Maurice ne peut se permettre ce luxe, pour le moment, n’a cessé de rappeler le ministère de la Pêche. Lors d’un point de presse organisé spécialement sur ce thème, le ministre Nicolas Von Mally a précisé que la présence de ces bateaux européens est essentielle pour approvisionner les usines dans le seafood hub et sauver environ 12 000 emplois dans ce secteur.
La coalition campe tout de même sur sa position. Elle réclame le gel de l’accord avec l’UE et la mise en place d’une Maritime Audit Commission pour faire un état des lieux de nos ressources marines. La manifestation contre l’accord de pêche avec l’UE se tiendra aujourd’hui à 13 h. La marche débutera devant le magasin Manilall à côté des Casernes centrales et se dirigera vers le Jardin de la Compagnie.