L’aide financière aux pêcheurs pour l’achat de bateaux semi-industriels, annoncée dans le dernier budget, peine à se concrétiser. Le ministère de tutelle a lancé un nouvel appel d’offres la semaine dernière, à la grande surprise des pêcheurs. C’est le troisième depuis le début de l’année alors qu’on s’approche du prochain budget. Pour protester contre cette « manière de faire du ministère », Judex Rampaul, président du Syndicat des Pêcheurs, n’a pas participé aux consultations prébudgétaires prévues hier.
Ce nouveau communiqué du ministère de la Pêche émis le 21 avril dernier provoque la colère des pêcheurs. Alors qu’ils attendaient une réponse après avoir soumis trois projets pour bénéficier de l’aide financière en vue d’acheter des bateaux de pêche semi-industriels, un nouvel appel d’offres a été lancé. Qui plus est, ils devront, pour la troisième fois, soumettre leurs projets. Cette aide financière, en partenariat avec l’Union européenne, est proposée sous le Fisheries Sectoral Programme. Elle découle d’une des conditions de l’accord de pêche entre Maurice et l’Union européenne.
Judex Rampaul dit avoir cherché des explications auprès du ministère concerné à ce sujet. « On nous a dit qu’il manquait des choses à nos dossiers, c’est pour cela qu’il faut soumettre une autre demande. Toutefois, on ne nous a pas dit quoi », déplore-t-il. Il craint que ces renvois successifs ne soient « une stratégie pour donner du temps à d’autres personnes de soumettre leurs projets ». Il insiste une nouvelle fois pour que cette aide soit réservée à des coopératives « constituées de pêcheurs en majorité ».
Au vu de la situation, ce dernier dit avoir préféré ne pas participer aux consultations prébudgétaires prévues pour le secteur hier. « À quoi bon si on n’arrive même pas à concrétiser un projet du dernier budget ? » se demande-t-il.
Eric Mangar, du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire, qui encadre les pêcheurs dans leurs démarches, modère, lui, la situation. Il affirme avoir présenté ce projet en se basant sur le succès du bateau Serenity, obtenu sous le Food Security Fund, en 2013, lors des consultations de l’année dernière. « Nous sommes reconnaissants que le gouvernement ait accédé à notre requête en venant avec cette mesure dans le budget 2016-2017. Je prépare actuellement un nouveau dossier pour les trois coopératives des pêcheurs. Lors des consultations d’hier, j’ai réitéré la nécessité d’avoir une flotte pour permettre aux pêcheurs locaux d’exploiter notre Zone économique exclusive. »
Revenant sur le modèle Serenity, Eric Mangar souligne que ce bateau de pêche semi-industriel, financé à 75 % par le Food Security Fund, regroupe 15 pêcheurs. « Non seulement ils ont des campagnes de pêche intéressantes, mais ils font aussi du poisson salé. C’est ce modèle que nous voulions étendre à d’autres coopératives. En revanche, j’ai suggéré, aux consultations d’hier, qu’on nous donne les facilités nécessaires au port pour respecter la chaîne du froid, faire de la transformation et vendre le produit directement à la population. Autrement, nous sommes à la merci des intermédiaires. Les pêcheurs souhaitent faire profiter des poissons à la population à des prix abordables. »
Eric Mangar réitère également la nécessité de former les pêcheurs pour la pêche hauturière. « Cela doit se faire sur une approche participative. Au lieu que ce soit lecture type, on aurait pu faire appel à ceux ayant de l’expérience dans ce type de pêche. »