Quatre bateaux réquisitionnés pour avoir pêché illégalement dans nos eaux sont actuellement en très mauvais état. L’un d’eux a même tangué et pourrait sombrer à tout moment. Les pêcheurs locaux estiment que les autorités auraient dû leur donner ces bateaux pour leur permettre de gagner leur vie. D’autant que de nombreux pêcheurs de bancs sont actuellement au chômage. Mais au niveau des autorités, on explique que les procédures sont beaucoup plus compliquées.
Le Ruanglap Charoencha 1 ressemble actuellement à un dépotoir. Non seulement ce navire de pêche thaïlandais tangue et pourrait couler, mais des ordures de toutes sortes s’y sont accumulées. De même, des pilleurs ont dérobé des outils de navigation et autres matériels à bord. Les pêcheurs locaux qui, depuis des années, demandent aux autorités de leur confier ces bateaux pour aller sur ces bancs, crient au scandale. « Au lieu de laisser pourrir ces bateaux, laissez-nous aller travailler. Nous avons les connaissances et les équipes techniques disponibles pour cela », dit l’un d’eux, assis aux côtés de Mustapha Mohamed (Gandhi), qui fait actuellement une grève de la faim pour réclamer de meilleures conditions pour les pêcheurs de banc. Judex Rampaul, président du Syndicat des Pêcheurs, abonde dans le même sens. « Cela fait des années que nous avons fait une demande officielle pour que les pêcheurs locaux puissent se servir de ces bateaux. Aujourd’hui, ceux-ci sont en très mauvais état. Préfère-t-on perdre ces navires que de laisser les pêcheurs gagner leur vie ? »
Au ministère de la Pêche, on laisse entendre que ces bateaux saisis sont actuellement « sous le “custody” » du DPP. « Il faut attendre le jugement afin de savoir si on peut les garder. » Selon les procédures en cours, les coopératives de pêche peuvent obtenir ces bateaux gratuitement. Elles doivent toutefois prouver qu’elles ont les moyens de les remettre à flot ainsi que les compétences nécessaires pour aller pêcher sur les bancs.
Ces procédures sont toutefois assez longues. « Une fois que les bateaux arrivent à Maurice, ils sont placés sous la responsabilité de la Cour, car ils sont des “exhibits” pour l’enquête. Il faudra par la suite attendre le jugement de la Cour. C’est le capitaine du bateau qui est poursuivi pour pêche illégale. S’il est trouvé coupable, généralement, il paye une amende et le bateau est saisi. Ce n’est qu’à partir de là que le ministère de la Pêche pourra lancer un “Expression of Interest” à l’intention des coopératives de pêche », explique un interlocuteur proche du dossier.
Il nous revient de même que, bien souvent, ces bateaux sont déjà en mauvais état lorsqu’ils arrivent à Maurice. « Ces bateaux viennent souvent de pays où il n’y a pas de règlements stricts en ce qui concerne les normes. On s’est même déjà retrouvé, dans le passé, avec des équipages forcés à embarquer. Certains marins n’avaient même pas de pièce d’identité et on a eu tout le mal du monde à les rapatrier. »
Ce qui implique que ceux qui « hériteront » de ces bateaux doivent souvent investir gros pour les remettre en état. Gilbert Sue, président du Fishermen Investment Trust (FIT), confirme : « Le Ruang Lap 1 nous avait été donné, mais les dépenses pour les réparations étaient trop onéreuses. On a préféré laisser tomber. »
Il profite, par la même occasion, pour rectifier l’information qui circule à l’effet que c’est le FIT qui a la responsabilité des bateaux saisis. « Nous ne sommes que le bras commercial du secteur. C’est l’État qui a la responsabilité, à la fois des bateaux et des gens qui y travaillent. » Par ailleurs, il nous revient que, depuis quelque temps, une société regroupant des “banians” en majorité, mais qui passe pour une coopérative de pêche, userait de ses connexions pour obtenir ces bateaux à la place des pêcheurs. Dans le passé, elle a pu ainsi s’octroyer un bateau saisi pour pêche illégale, qu’elle a aujourd’hui du mal à gérer.
Dans le milieu de la pêche, on décrit cette situation et on souhaite que les autorités se montrent plus strictes envers ces personnes, et ce afin de donner leurs chances aux premiers concernés.