Le secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI), Jean Claude de l’Estrac, a fait ressortir, hier, lors d’une conférence de presse, à Ebène, que bien que très éloigné de Maurice, le banc de Nazareth constitue une zone poissonneuse d’espèces auxquelles les Mauriciens sont très attachés. « Elle constitue une réserve pour la sécurité alimentaire de l’île et de toute la région », a-t-il déclaré, après l’arraisonnement d’un navire de pêche thaïlandais, le Ruanglap Charoench, surpris en flagrant délit de pêche illégale, dimanche, par le patrouilleur français Osiris sur ce banc de pêche. Le navire est actuellement escorté vers Port Louis.
Selon M. de l’Estrac, une surexploitation des stocks de poissons tels que le sacréchien ou la carangue aurait des effets irréversibles à très long terme par manque d’approvisionnement sur les étals à Maurice. « Les prix du poisson vont augmenter pour les Mauriciens, tout particulièrement pour les espèces qu’ils affectionnent le plus. Ces poissons sont aussi appréciés dans les autres pays de la COI », dit-il. Contrairement aux thonidés, ces poissons ne sont pas migrateurs et la surexploitation illégale aurait des conséquences irréversibles à long terme sur l’emploi des pêcheurs mauriciens qui sont plusieurs centaines à pêcher sur les bancs. Jean Claude de l’Estrac a plaidé en faveur de cette industrie semi-artisanale de pêche à la ligne qui doit donc être protégée. Les ressources halieutiques sur les bancs sont très importantes pour Maurice mais sont fragiles et très exposées à la pêche illégale, compte tenu de leur haute valeur et de la proximité immédiate des eaux internationales où les navires illégaux peuvent se réfugier.
Le banc de Nazareth, situé en zone exclusive mauricienne, à 800 km au nord, constitue un site exceptionnel, long de plus de 240 km et large de 150 km. Il est très exposé aux activités illégales car très proche des eaux internationales et très difficile d’accès. Il est aussi très riche en poissons à haute valeur ajoutée
M. de l’Estrac a souligné que la période d’hiver austral est la plus propice à la pêche illégale sur les bancs. « Au nord-ouest de l’océan Indien, le risque de piraterie est trop fort pour que les bateaux illégaux aillent s’y aventurer, et au sud, où se trouve actuellement la majeure partie de la flottille, les conditions de mer sont trop extrêmes pour les navires de moins de 30 mètres. Il leur reste donc la zone des bancs où malgré les alizés les conditions de mer restent acceptables. La tentation est d’autant plus forte qu’en hiver, la plupart des bateaux mauriciens se limitent à la zone de St Brandon à cause de l’état de la mer. Les bateaux illégaux peuvent donc opérer sans être vus », dit-il. D’autres opérations de la COI seront conduites tout au long de l’année avec le soutien financier de l’Union européenne. Les zones les plus éloignées et inaccessibles où les analyses font apparaître un fort risque de pêche illégale seront ciblées.