“Serenity”. Tel est le nom d’un nouveau bateau destiné pour la pêche hors lagon. Ce projet, au coût de Rs 8 M – dont Rs 6 M ont été puisées du Food Security Fund –, mis au point par la Med Cooperative Society, s’inscrit dans une perspective de pêche semi-industrielle et permettra de multiplier les prises par neuf à dix fois.
Ce bateau, assemblé au Sri Lanka et avec une capacité de 72 tonnes, est également doté d’équipements nécessaires pour faire de la recherche. Le lancement a été effectué jeudi au port de pêche de Trou-Fanfaron lors d’une cérémonie conjointe du ministère de l’Agro-Industrie et de la Sécurité alimentaire, celui de la Pêche et du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire (MAA). Les intervenants à la cérémonie ont tous mis l’accent sur l’importance stratégique de l’industrie de la pêche pour la sécurité alimentaire. Le secteur emploie à ce jour environ 20 000 personnes et, chaque année, l’exportation des produits dérivés du poisson génère une somme de Rs 9,6 milliards.
En dépit du potentiel que représente le secteur de la pêche, la production de poissons à Maurice est en déclin depuis 2003. La production est en effet passée de 10 000 tonnes à 4 000 tonnes de 2003 à 2012, réduisant du coup le taux de l’autosuffisance pour atteindre environ 30 à 40% par an alors que Maurice importe de plus en plus de poissons. Selon les autorités, les causes principales de ce déclin sont les lagons surexploités, qui sont devenus de fait moins productifs, et le changement climatique. Par conséquent, le gouvernement a pris l’initiative de promouvoir la pêche hors lagon et la pêche hauturière. Compte tenu du fait que ces types de pêche ne peuvent être pratiquées dans des pirogues, la décision a donc été prise en 2009 d’inclure le projet de financer l’achat d’un bateau pour la pêche hors lagon et semi-industrielle au Food Security Fund.
Lors de son intervention, le ministre de la Pêche, Nicolas Von Mally, a félicité le MAA, qu’il considère comme la cheville ouvrière de ce projet, et la Med Cooperative Society, qui s’est engagée dans la pêche semi-industrielle. Il a précisé que ce projet a coûté Rs 8 M, dont Rs 6 M ont été puisées du Food Security Fund et les Rs 2 M restantes en termes d’emprunts. Laissant entendre que des pêcheurs seraient peu enclins à s’engager dans de tels projets, le ministre Von Mally a fait état des perspectives qui s’offrent désormais à eux, notamment dans l’aquaculture. « Notre zone de pêche en mer s’étend sur 2,3 km2. Mais nous n’avons pas autant de poissons. Que pouvons-nous faire ? L’aquaculture est la solution idéale. Nous devrons installer un nombre de cages nécessaires. Quelque 43 sociétés coopératives en ont fait la demande. Vingt sites ont été identifiés autour de l’île », a expliqué le ministre Von Mally. En sus des alevins qui sont relâchés en mer, le ministre s’est montré optimiste par rapport à l’aquaculture. « Ceux qui s’engagent dans l’aquaculture peuvent devenir riches. En dix mois, on peut recueillir dix tonnes de poissons. Outre des experts en concombres de mer, on pourrait avoir des éleveurs de crabes, d’huîtres, d’ourites, de kono kono… » Encourageant les pêcheurs à se lancer dans les activités d’aquaculture, le ministre dit souhaiter que les pêcheurs « sortent du gouffre de la misère ».
« Ayez confiance en vous-mêmes. Ne laissez pas le champ libre aux étrangers d’aller pêcher hors lagon », a exhorté M. Von Mally aux pêcheurs. Faisant état des perspectives qui s’offrent à l’aquaculture hors lagon, il devait préciser que l’État a reçu des demandes d’étrangers pour l’élevage de daurades, ou encore de thons de la part d’Américains, Russes et Français.
Eric Mangar, le responsable du MAA, a qualifié de son côté ce jour comme étant très « symbolique » pour les 2 500 pêcheurs mauriciens. « C’est la première fois que des pêcheurs engagés dans la pêche artisanale se regroupent en coopérative pour aller pêcher sur les bancs », a-t-il souligné. D’après les prévisions, la demande en poissons passera à 30 000 tonnes en 2020, ce qui, selon le responsable du MAA, constitue un enjeu clé pour le pays afin d’assurer la production locale.